Des a priori

24 mars : les frappes de l'OTAN débutent en Serbie; elles concentrent toute l'attention et provoquent les convoitises des médias.


réfugiée serbeImages télévisées, photos, commentaires, analyses et témoignages se succèdent et délivrent quotidiennement aux interessés "longue distance" une vision concrète de la situation sur le terrain, de concert avec une approche plus globale des politiques intérieures et internationales. Pourtant, cette volonté, certes louable, d'un travail "complet" montrant du doigt chaque problème, aussi minime soit-il, guide inévitablement les mêmes spectateurs sur la voie de la désinformation. Par nature, notre esprit entrechoque toutes ces données accumulées pour n'en dégager finalement qu'une idée à la fois faussée et bâtarde. Au delà de toute manipulation journalistique, la surenchère de l'horreur et l'abondance d'informations ciblées nuisent à la compréhension de la réalité souvent bien différente.
Il serait faux de croire que toute l'Albanie est investie de militaires occidentaux; malgré les chiffres inlassablement répétés, censés refléter leur omniprésence, la situation en Albanie ne laisse pas transparaître un soi-disant état de guerre. Aucun militaire occidental n'est par exemple visible sur la route reliant Tirana à Kukës, villes distantes d'environ 230 km. La majorité d'entre eux sont regroupés à l'aéroport de Tirana ou à Kukës dans les camps de réfugiés.

Il convient également de lutter contre l'idée qu'en l'espace d'un mois, l'Albanie est devenue un pays dangereux. Ce pays l'était déjà bien avant le début des bombardements de l'OTAN. Depuis la tragédie des pyramides, en 1997, le pays vit dans un chaos total sans réellement posséder de structures efficaces qui pourraient garantir un minimum de sécurité à la population albanaise. Des mafias locales tiennent certaines régions du nord-est de l'Albanie; régulièrement, des journalistes occidentaux sont victimes de pillage. L'arrivée des troupes de l'OTAN a légèrement amélioré la sécurité dans le pays. Cette tendance ne s'explique pas tant par le déploiement de ces forces, pratiquement inexistant, mais plutôt par l'impact psychologique de leur présence. Soulignons aussi l'effort du gouvernement albanais. Ce dernier tente en effet de réprimer d'une façon plus appuyée ces mafias locales pour garantir la sécurité des journalistes et des observateurs internationaux. Même si des incidents ont encore lieu la notion de sécurité commence à prendre forme en Albanie.

 

Par François GREMY et François VILALDACH
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