Et si, demain, la Russie envahissait la Lettonie (ou la 3e Guerre mondiale selon la BBC)

Par Céline Bayou (sources : Daily Mail, BBC Two, Mixnews.lv, Baltkom)

La BBC a diffusé, le 3 février 2016, un docu-fiction, intitulé World War Three: Inside the War Room, dont le scénario part de l’hypothèse d’une invasion de la Lettonie par l’armée russe et s’achève par une guerre nucléaire.

Selon l’intrigue retenue, le Kremlin décide de faire traverser la frontière de la Lettonie à ses troupes afin de soutenir des séparatistes pro-Kremlin qui détiennent pas moins d’une vingtaine de villes en Latgale, cette région orientale de la Lettonie frontalière de la Russie où se concentre une part importante de population russophone. L’Otan tardant à intervenir, ce sont les États-Unis et le Royaume-Uni qui prennent les choses en main et viennent en aide à la Lettonie afin de pousser les forces russes à se retirer. Mal leur en prend, puisque la Russie réplique par une attaque nucléaire maritime, provoquant notamment la mort de 1.200 militaires britanniques. Londres refuse de recourir également aux armes nucléaires, tandis que Washington y est prêt. La Troisième Guerre mondiale vient sans doute de commencer.

C’est dans ce cadre que se déroule le jeu de guerre: dans la salle d’opérations du bunker de Whitehall, d’anciens hauts responsables militaires et diplomatiques -réels- doivent prendre une série de décisions.

Le choix de ce scénario provoque quelques remous: au Royaume-Uni, où certains médias s’interrogent sur cette fiction à un moment où la question des dépenses militaires du pays fait débat. En Lettonie aussi, évidemment, où le politiste Mārcis Bendiks par exemple refuse de voir un hasard de calendrier: il a rappelé qu’en 2003, une chaîne de télévision l’avait invité à commenter un nouveau jeu vidéo qui développait un scénario similaire (et figurait d’ailleurs les pourtours de la Lettonie sous forme de paysages montagneux, ce qui l’avait plutôt amusé). Or l’adhésion de la Lettonie était imminente (elle a eu lieu au printemps 2004) et, pour M.Bendiks, les concepteurs du jeu étaient forcément en contact alors avec des militaires qui envisageaient de telles options et réfléchissaient à la réaction possible des États-Unis. Pour M.Bendiks, la BBC est suffisamment au fait des situations géopolitiques et, de toute évidence, en contact direct avec des cercles bien avertis. C’est pour cela qu’elle se permet de se lancer dans un tel script: il est évident que certains, et pas des moindres, le jugent vraisemblable…

L’argument retenu par la BBC ne laisse évidemment pas la Russie indifférente: son ambassadeur à Riga, Alexandre Vechniakov, a commenté le phénomène sur la page Facebook de son institution. Et il n’est pas content: pour lui, qui travaille depuis 8 ans en Lettonie, il s’agit d’une provocation. «Je ne vois aucune organisation séparatiste ici, et encore moins qui serait capable de ‘prendre le pouvoir’ ne serait-ce que dans une seule ville frontalière (qui plus est, le scénario évoque une vingtaine de villes). N’importe quel expert indépendant qui connaît la situation réelle en Lettonie pourra vous le confirmer», note-t-il.

Partant, lui aussi analyse le phénomène comme tout à fait pensé: le but est politique, selon l’ambassadeur. Il s’agit de diaboliser la Russie, de donner raison aux lobbies politico-militaires qui militent en faveur d’un accroissement de la présence de l’Otan en Europe, voire de discréditer les forces politiques lettones et, plus largement, européennes qui défendent une posture pragmatique à l’égard de la Russie.

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