Lettonie : manifestation contre la réforme des écoles russes

Par Céline Bayou (sources : Delfi.lv, lsm.lv, LETA, The Baltic Course)

Le 23 octobre 2017 à midi une manifestation a été organisée devant le ministère de l’Éducation à Riga par l’association pour la défense des écoles russes. Il s’agissait de protester contre la décision annoncée par le ministère de l’Éducations et de la Science de faire passer d’ici 2020/2021 les écoles des minorités à l’enseignement en letton. Ces écoles primaires et secondaires réalisent actuellement 40% de leur enseignement dans la langue de la minorité et 60% en letton.

La plupart des manifestants (environ 400 personnes selon diverses estimations) souhaitaient visiblement s’adresser au ministre de l’Éducation Kārlis Šadurskis, certaines pancartes lui prédisant une fin de carrière imminente. La plupart des manifestants, hormis les enfants, semblaient plutôt âgés.

Parmi les manifestants, on a pu identifier l’eurodéputée Tatiana Jdanoka, militante bien connue des droits des russophones de Lettonie. Pour elle, le principe de langue natale (le russe) et de deuxième langue (le letton) doit être respecté, et elle reproche aux autorités lettones de vouloir faire des russophones de Lettonie une population qui ne maîtriserait plus aucune des deux langues. Le militant et ex-député Vladimir Bouzaev a, quant à lui, déclaré qu’il était temps de «défendre de nouveau nos enfants». L’eurodéputé Andreï Mamykine a également pris la parole, jugeant que «la Lettonie, ce n’est pas seulement Šadurskis, c’est nous tous!» et incitant à rappeler ce fait au ministre. Il a annoncé qu’une pétition était lancée pour défendre l’enseignement bilingue et a menacé d’entamer une actions «à Bruxelles et à Strasbourg». Le politiste Ilia Kozyrev a, de son côté, reproché aux gouvernements lettons successifs de vouloir apprendre aux russophones du pays comment vivre. Et d’ajouter «vos enfants lettons finissent les écoles lettones puis partent en Grand-Bretagne faire la vaisselle et nettoyer les sols»; à ce titre, il a conseillé aux autorités de s’occuper de leurs écoles et de laisser les écoles russes en paix. Sans préciser que ces écoles sont publiques.

La vision du Ministère est évidemment tout autre: K.Šadurskis estime en particulier qu’il s’agit de créer une nation politique unifiée et rappelle que, constitutionnellement, la langue officielle de la Lettonie est le letton. Le projet prévoit qu’après trois ans d’enseignement partagé dans les deux langues, la totalité de l’enseignement se fera en letton, à l’exception des langues étrangères et des cours de littérature, d’histoire et de culture de la minorité. Le ministre constate que l’enseignement dans deux langues a été introduit en 2004 et rencontre un certain succès. Mais 22% des jeunes issus des minorités continuent d’avoir un niveau faible ou basique en letton. Le Président letton, Māris Kučinskis, est déjà intervenu dans le débat, estimant que cette réforme doit en effet se faire, mais de manière graduelle.

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