Moscou, ville cinq étoiles

En 2005, près de 50 millions de touristes russes et 5,4 millions de touristes étrangers ont choisi de passer leurs vacances en Russie*. Selon le Conseil Mondial du Tourisme (WTTC), le pays pourrait devenir une destination leader d’ici dix ans. Toutefois, l’organisme précise que le pays doit pour cela améliorer ses infrastructures d’accueil, notamment à Moscou.


Ils étaient un peu, à leur façon, l’âme de Moscou : l’Intourist, le Rossia, le Moskva, ces hôtels deux et trois étoiles de la capitale, offraient des repères aux étrangers dans cette ville gigantesque. Gratte-ciel ou bâtiments dignes de l’architecture soviétique, souvent décriés pour leur manque d’esthétisme, ils étaient connus à travers le monde sous la guerre froide. Illustres personnages et gens plus modestes y logeaient alors pendant leurs séjours dans la capitale soviétique.

Dans les années 1990, après la chute du bloc soviétique, l’attrait pour ces hôtels ne s’est pas démenti. Ils étaient en effet quasiment les seuls qui offraient des conditions d’hébergement acceptables pour les touristes étrangers. Mais depuis quelques années, la Russie connaît une croissance économique fulgurante, qui contribue à améliorer les standards immobiliers et, par extension, hôteliers.

Redorer le blason de la capitale

De fait, en quelques années, les bulldozers ont eu raison de ces établissements. En 2002, l’Intourist était rasé. Le Sport, l’Oural et le Moskva ont suivi. A la place, les autorités de la capitale ont décidé d’édifier des palaces cinq étoiles. En décembre dernier, Alexandre Kouzmine, architecte en chef de la mairie de Moscou, annonçait que l’hôtel Rossia, situé à deux pas du Kremlin, devait être remplacé par une série de petits hôtels de luxe de deux à cinq étages dans le style du Vieux-Moscou, afin de s’harmoniser avec le reste du quartier. Le Moskva, qui faisait face à la Douma, devrait de son côté laisser place à un hôtel cinq étoiles, un centre de commerce et des appartements de luxe. Une manière de redorer un peu plus encore le blason de la capitale et d’offrir une vitrine plus avantageuse aux étrangers.

Pourtant, ces décisions inquiètent les professionnels du tourisme. A Moscou, les hôtels accueillent chaque année près de 3 millions de personnes, dont deux tiers d’hommes d’affaires. Ils se partagent en trois segments, selon une étude du cabinet de consulting Colliers International : tout d’abord, les hôtels de luxe, de 4-5 étoiles, minoritaires ; vient ensuite un segment intermédiaire, avec des hôtels 3-4 étoiles selon les standards russes, qui constitue actuellement 40% du marché ; suivent enfin des hôtels plus modestes, d’une ou deux étoiles, anciens foyers transformés en établissements d’accueil, beaucoup plus abordables mais au confort nettement plus aléatoire. Ces derniers constituent toutefois 35% du marché hôtelier, car ils hébergent de nombreuses personnes, venant essentiellement de Russie et des anciennes républiques soviétiques et incapables de s’offrir des chambres à plus de 100 dollars la nuit. A la différence de Saint-Pétersbourg, à Moscou l’hébergement chez l’habitant, selon le système anglais du «bed and breakfast», n’est pas répandu.

Une pénurie de chambres abordables

Ainsi, il devient aujourd’hui de plus en plus difficile de trouver une chambre à un prix abordable dans le centre-ville. Selon Colliers International, quelque 2.600 chambres de la capitale ont été supprimées en 2004-2005. «Actuellement, une nuitée dans un hôtel moscovite peut coûter aussi cher qu’un séjour d’une semaine à Chypre», déclarait récemment Irina Tiourina, attachée de presse de l’Union russe de l’industrie touristique. La raison de ces prix est en partie liée à la flambée de l’immobilier. Moscou vient en effet d’être classée à la première place des mégapoles les plus chères au monde, selon la compagnie américaine Mercer Human Resource Consulting. Une hausse sensible des prix qui n’est pas sans effrayer les visiteurs étrangers.

Les autorités moscovites semblent avoir pris conscience du problème. Elles ont promis en avril dernier la construction, d’ici trois ans, d’une centaine de nouveaux établissements de milieu de gamme. Les sociétés privées s’y sont mises aussi : l’entreprise«Stabilnaïa Linia» a annoncé l’ouverture d’un hôtel de 29 chambres sur la «Bolchaïa Nikitskaïa», une grande rue proche de la Place Rouge, et la construction prochaine d’une série d’autres petits hôtels trois étoiles. Pourtant, cela ne sera pas suffisant, d’autant plus que la société privée a en effet déjà prévenu que le prix d’une chambre single s’élèverait à 140 euros la nuit.

 

Par Adèle CORBIN
* Chiffres de l’Agence fédérale du tourisme russe.

 

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