Russie : retour de la voie Sud pour l’acheminement de gaz vers l’Europe

Par Céline Bayou (sources : Vedomosti, Natural Gas Europe)

Le 24 février 2016, les responsables des entreprises Gazprom (Alexeï Miller, Russie), Edison (Marc Benayoun, Italie) et DEPA (Theodoros Kitsakos, Grèce) ont signé un protocole d’accord en vue de la livraison de gaz russe, via la mer Noire, jusqu’en Grèce et en Italie. Cet accord intervient après une rencontre entre le PDG de Gazprom, Alexeï Miller, et la ministre italienne du Développement économique, Federica Guidi.

Il s’agira d’utiliser les avancées des travaux menés jusque-là par Edison et DEPA dans le cadre du projet ITGI Poséidon (Interconnector Greece-Italy) et cela revient, pour Gazprom, à sa troisième tentative d’acheminer du gaz russe à destination de l’Europe.

Les projets précédents, South Stream (via la Bulgarie et certains pays balkaniques jusqu’en Italie et en Autriche, capacité prévue de 63 milliards de m3 par an) puis Turkish Stream (via la Turquie jusqu’à la frontière avec la Grèce, capacité prévue à la frontière de 47 milliards de m3 par an), ont en effet avorté successivement. La Russie avait pourtant bien avancé. L’infrastructure de ce corridor Sud est quasiment prête dans sa partie russe (capacité de 32 milliards de m3 par an déjà installée) et 680.000 tonnes de tubes devant être posés au fond de la mer Noire ont été achetés par le consortium South Stream (qui relève de Gazprom à 50%, de Eni à 20% et de Wintershall et EDF à 15% chacun), pour un coût de 1 milliard d’euros. Ces tubes sont entreposés depuis plus d’un an en Bulgarie, à proximité de la côte.

Autant dire que, techniquement, l’installation d’une première conduite pour ITGI Poséidon est envisageable très rapidement. Toutes les options sont ouvertes, certains évoquant deux tubes d’une capacité de 16 milliards de m3 chacun, l’un vers la Turquie, l’autre vers la Bulgarie. Compte tenu des tensions actuelles entre Russie et Turquie, la première option reste très hypothétique.

Il est intéressant de rappeler que l’interconnecteur Grèce-Italie, prévu depuis quelques années déjà, avait pour vocation initiale d’acheminer le gaz azerbaidjanais du gisement de Shah Deniz 2. Doté d’une capacité de transport de 12 milliards de m3 de gaz par an, il devait consister en deux sections de 800 kilomètres, l’une (600km) à travers la Grèce, l’autre (200km) via la mer Ionienne (section baptisée Poséidon). Mais le consortium qui gère l’exploitation du gisement caspien a finalement opté pour une autre voie, le TAP (Trans-Adriatic Pipeline).

L’ITGI Poséidon serait donc peut-être en passe de se trouver une nouvelle utilité, grâce au gaz russe cette fois. Sa capacité pourrait à cette occasion être augmentée à 20 milliards de m3 par an. M.Benayoun a précisé à l’occasion de la signature du protocole que le projet renforcera la sécurité énergétique de l’Italie et assurera son rôle en tant que hub gazier d’importance en Europe méridionale. Il sera conforme aux exigences de l’Union européenne, a précisé le PDG d’Edison. Reste à savoir ce qu’il adviendra de la faveur accordée précédemment par la Commission européenne au projet initial ITGI, qui devait être exempté de l’obligation d’accès aux tiers pendant 25 ans.

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