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	<title>Type à lister Archives - REGARD SUR L&#039;EST</title>
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	<description>Revue</description>
	<lastBuildDate>Sat, 15 Aug 2026 18:26:29 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Lituanie : un modèle à dupliquer en matière de réduction des déchets</title>
		<link>https://regard-est.com/lituanie-un-modele-a-dupliquer-en-matiere-de-reduction-des-dechets</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Aug 2026 00:25:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que la pression environnementale sur l’écosystème fragile de la mer Baltique s’intensifie et que les ressources se raréfient, les pays de la région cherchent [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/lituanie-un-modele-a-dupliquer-en-matiere-de-reduction-des-dechets">Read More</a></span></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="pl-19943"  class="panel-layout" ><div id="pg-19943-0"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19943-0-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19943-0-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="0" ><div
			
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	<p style="text-align: justify;"><strong><a id="h1"></a>Alors que la pression environnementale sur l’écosystème fragile de la mer Baltique s’intensifie et que les ressources se raréfient, les pays de la région cherchent des alternatives au modèle conventionnel « extraire-fabriquer-jeter ». Dans le cadre de cette transition régionale, la Lituanie s’est positionnée comme un leader, démontrant comment des politiques innovantes de gestion des déchets peuvent transformer les principes de l’économie circulaire en résultats tangibles et mesurables.</strong></p>
</div>
</div></div></div></div><div id="pg-19943-1"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19943-1-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19943-1-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="1" ><div
			
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<p style="text-align: justify;"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19944" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-06-LT-Dechets-Sebrith-photo-machine-recuperation-300x206.jpg" alt="Machine de récupération (Taromatas) utilisée dans le système de consigne et de remboursement des contenants de boissons en Lituanie (Copyright Wikimedia Commons/CC BY-SA)." width="300" height="206" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-06-LT-Dechets-Sebrith-photo-machine-recuperation-300x206.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-06-LT-Dechets-Sebrith-photo-machine-recuperation-768x526.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-06-LT-Dechets-Sebrith-photo-machine-recuperation.jpg 890w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" />Pendant de nombreuses années, la croissance économique en Europe a reposé sur un modèle de développement linéaire fondé sur l’extraction des ressources naturelles, la production de masse de biens et leur élimination à l’issue de leur courte durée de vie. Bien que cette approche ait entraîné une augmentation de la production de déchets et mis à rude épreuve les systèmes écologiques, elle a également favorisé une croissance industrielle rapide et une amélioration du niveau de vie. Dans la région de la mer Baltique, les effets de cette stratégie sont particulièrement visibles. En raison de la pollution, de l’accumulation des déchets plastiques et des fuites de matières, l’un des environnements marins les plus précieux au monde est désormais notablement dégradé, ce qui a conduit à des appels urgents en faveur de pratiques économiques plus durables.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Créer une économie circulaire régionale</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’économie circulaire occupe désormais une place importante dans les débats politiques européens. Elle encourage la prévention des déchets, la réutilisation, la réparation et l’allongement de la durée de vie des produits, plutôt que de se concentrer uniquement sur le recyclage à la fin de vie d’un produit. Son objectif est de minimiser l’extraction de nouvelles ressources tout en prolongeant la durée de vie utile des matériaux existants. Ce changement offre aux États baltes la possibilité d’améliorer la sécurité des ressources, de réduire leur dépendance aux importations et de favoriser une croissance axée sur l’innovation, en plus d’être une nécessité environnementale.</p>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs défis régionaux communs contribuent à ce changement de paradigme. En raison de leur forte dépendance aux ressources énergétiques et aux matières premières importées, de nombreux pays de la région sont exposés à des interruptions d’approvisionnement, à des fluctuations des prix de l’énergie, voire à des conflits géopolitiques. L’efficacité des ressources apparaît donc comme un impératif stratégique et économique majeur, compte tenu des défis actuels que constituent la sécurité des ressources, les crises énergétiques et les effets rebond du changement climatique. Dans le même temps, les nations sont confrontées au défi d’adapter leurs habitudes de production et de consommation en raison des objectifs stricts en matière de lutte contre le changement climatique adoptés par l’Union européenne. Selon la Commission européenne, la collaboration régionale est essentielle pour promouvoir le développement de l’économie circulaire en permettant aux différentes nations de partager leurs expériences, d’élaborer un cadre réglementaire universel ou de reproduire les meilleures pratiques à l’échelle mondiale, plutôt que de mettre en œuvre des projets individuels.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>De la décharge à la consigne</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce contexte régional, la Lituanie se distingue par la rapidité et l’ampleur de la transformation de sa gestion des déchets. Alors que la mise en décharge dominait dans ce pays jusqu’au début des années 2000 en raison d’un manque d’incitations au recyclage ou à la prévention des déchets et d’une faible sensibilisation du public aux impacts environnementaux, la Lituanie a fondamentalement remodelé son approche au cours des vingt dernières années, grâce à une combinaison fondée sur des données probantes de réformes réglementaires, d’incitations économiques et de campagnes de sensibilisation soutenues du public. Les investissements dans des infrastructures modernes de gestion des déchets ont été accompagnés de normes environnementales plus strictes et d’une répartition claire des responsabilités entre les municipalités et les entreprises. Selon <em>Eurostat</em>, la Lituanie a réussi à dissocier la production de déchets municipaux de la croissance économique, parvenant à stabiliser les niveaux de déchets municipaux alors même que l’économie continue de croître. Cette dissociation entre la croissance économique et la production de déchets est devenue un pilier central de la stratégie de durabilité de la Lituanie et une référence clé pour les autres pays de la région.</p>
<p style="text-align: justify;">L’un des principaux moteurs de cette progression est le système national de consigne et de remboursement des emballages de boissons mis en place en Lituanie en 2016. Dans le cadre de ce programme, les consommateurs paient une petite consigne lorsqu’ils achètent des boissons dans des emballages en plastique, en verre ou en aluminium, qui leur est remboursée lorsqu’ils rapportent les emballages vides dans des points de collecte automatisés situés dans les supermarchés et les espaces publics. Le système repose sur la commodité et les incitations financières plutôt que sur des sanctions, ce qui rend la participation facile et attrayante pour les consommateurs. Selon le ministère lituanien de l’Environnement, les taux de retour ont augmenté rapidement après l’introduction du système, dépassant 90 % en seulement quelques années et surpassant les objectifs de recyclage de l’Union européenne bien avant la date prévue. Au-delà de l’amélioration des performances en matière de recyclage, cette initiative a permis de réduire les déchets sauvages dans les espaces publics, d’améliorer la qualité des matériaux et de sensibiliser davantage le public à la responsabilité individuelle dans la gestion des déchets.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une gouvernance plus numérique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les outils de gouvernance numérique font également partie intégrante des efforts déployés par la Lituanie pour réduire les déchets, notamment en favorisant la transparence et la responsabilité dans l’ensemble du système de gestion des déchets. L’un des outils les plus importants est le Système mondial d’information sur les emballages et les déchets (GPAIS), un système électronique obligatoire qui enregistre les flux d’emballages et de déchets, de la production à l’élimination. Ce mécanisme impose aux entreprises l’obligation légale de déclarer les quantités et les types d’emballages qu’elles mettent sur le marché, ainsi que la manière dont la collecte, le traitement ou le recyclage des déchets sont effectués.</p>
<p style="text-align: justify;">Les agences nationales pour l’environnement indiquent que le GPAIS a renforcé la responsabilité des entreprises, amélioré l’application des lois environnementales et servi de source d’information pour les décideurs politiques qui élaborent des mesures plus efficaces de prévention des déchets. La numérisation joue donc un rôle essentiel dans l’économie circulaire en permettant une prise de décision fondée sur des données factuelles et une planification politique à long terme.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’inventivité de la Lituanie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Outre les mécanismes réglementaires et technologiques, la Lituanie encourage également les changements de comportement des consommateurs et des entreprises. Les offres de produits en tant que services, dans lesquelles les consommateurs louent plutôt qu’achètent toute une gamme de produits (par exemple, du matériel de bureau ou des appareils électroménagers), gagnent en popularité. Elles récompensent les fabricants qui conçoivent des produits durables, réparables et économes en énergie, en les rendant responsables de leur entretien et de leur fin de vie.</p>
<p style="text-align: justify;">De plus, les entreprises sociales et les centres municipaux de réutilisation encouragent le don, la réparation et la réutilisation d’objets qui, autrement, seraient jetés. Ces programmes renforcent l’aspect social de la durabilité en réduisant les volumes de déchets tout en favorisant l’inclusion sociale, le développement des compétences et la création d’emplois locaux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Encore quelques efforts</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Malgré ces succès, de nombreux obstacles restent à surmonter. Si la Lituanie excelle dans le recyclage des contenants de boissons, d’autres flux de déchets, tels que les textiles, les plastiques complexes et les déchets électroniques, posent encore des problèmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Certains de ces matériaux doivent être exportés ou éliminés dans des décharges, car le pays ne dispose pas d’une capacité de traitement suffisante. Les organisations environnementales soulignent que, pour combler ces lacunes, il sera nécessaire d’accroître le financement des installations de recyclage avancées et de mener des campagnes de sensibilisation du public. Les municipalités diffèrent dans leur niveau d’engagement citoyen, ce qui souligne l’importance d’une prise de décision locale inclusive et d’une plus grande implication de la communauté pour garantir le succès des politiques d’économie circulaire à l’échelle nationale.</p>
<p style="text-align: justify;">Quoi qu’il en soit, l’expérience de la Lituanie peut servir de modèle pour l’ensemble de la région baltique et d’autres États d’Europe de l’Est. Elle montre comment la combinaison d’outils numériques performants, d’incitations économiques soigneusement conçues et de cadres politiques clairs peut faire évoluer rapidement les systèmes de gestion des déchets, lorsqu’elle s’accompagne d’une forte implication du public. Plus généralement, elle montre que l’économie circulaire est une option opérationnelle et adaptable pour atteindre la durabilité, compatible avec différentes situations nationales.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec l’aggravation des défis environnementaux dans la mer Baltique et la raréfaction croissante des ressources à l’échelle mondiale, la question n’est plus simplement de savoir si des solutions circulaires sont nécessaires, mais plutôt à quelle vitesse elles peuvent être adoptées et adaptées ailleurs. La voie empruntée par la Lituanie en matière de déchets montre qu’avec une volonté politique constante et un large soutien de la société, le passage d’une économie linéaire à une économie circulaire est déjà en cours et réalisable pour d’autres régions confrontées à des problèmes de durabilité similaires.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Vignette</strong> : Machine de récupération (Taromatas) utilisée dans le système de consigne et de remboursement des contenants de boissons en Lituanie (Copyright Wikimedia Commons/CC BY-SA).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* James Martin Sebrith est titulaire du master en management durable de l’ESSCA School of Management (Paris).</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Pour citer cet article :</strong> James Martin Sebrith (2026), « Lituanie : un modèle à dupliquer en matière de réduction des déchets », <em>Regard sur l’Est</em>, 10 août 2026.</p>
<p><a href="https://doi.org/10.5281/zenodo.21955877"><img decoding="async" id="record-doi-badge" title="Get the DOI badge!" src="https://zenodo.org/badge/DOI/10.5281/zenodo.21955877.svg" alt="10.5281/zenodo.21955877" data-target="[data-modal='10.5281/zenodo.21955877']" /></a></p>
<p><a href="#h1"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-12741" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png" alt="244x78" width="244" height="78" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-768x246.png 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-1024x328.png 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1.png 1634w" sizes="(max-width: 244px) 100vw, 244px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
</div>
</div></div></div></div></div><div class="wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend pgfw-icon-display pgfw-icon-display--default" style="--pgfw-icon-justify:center;"><a href="https://regard-est.com/category/type-list/feed?action=genpdf&#038;id=19943" class="pgfw-single-pdf-download-button pgfw-single-pdf-download-button--default pgfw-single-pdf-download-button--image-only pgfw-single-pdf-download-button--icon-only" title="Générer un PDF" style="--pgfw-icon-width:26px;--pgfw-icon-height:50px;" aria-label="Générer un PDF"><span class="pgfw-single-pdf-download-button__media" aria-hidden="true"><img src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2023/10/pdf-icon.png" alt="" decoding="async"></span></a></div><p>L’article <a href="https://regard-est.com/lituanie-un-modele-a-dupliquer-en-matiere-de-reduction-des-dechets">Lituanie : un modèle à dupliquer en matière de réduction des déchets</a> est apparu en premier sur <a href="https://regard-est.com">REGARD SUR L&#039;EST</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Ukraine : reconstruire le système énergétique, défi pour une transition durable</title>
		<link>https://regard-est.com/ukraine-reconstruire-le-systeme-energetique-defi-pour-une-transition-durable</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Aug 2026 00:17:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="pl-19939"  class="panel-layout" ><div id="pg-19939-0"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19939-0-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19939-0-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="0" ><div
			
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	<p style="text-align: justify;"><strong><a id="h1"></a>Depuis 2022, le système énergétique ukrainien a subi d’importantes destructions du fait de l’invasion à grande échelle perpétrée par la Russie. Mais l’urgence de reconstruire les infrastructures critiques pourrait faire de cette crise une opportunité : celle de bâtir un avenir énergétique plus résilient, indépendant et durable.</strong></p>
</div>
</div></div></div></div><div id="pg-19939-1"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19939-1-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19939-1-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="1" ><div
			
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<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19940" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-08-03-UKR-embleme-du-min-Energie-300x300.jpg" alt="Logo du ministère ukrainien de l'Energie" width="300" height="300" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-08-03-UKR-embleme-du-min-Energie-300x300.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-08-03-UKR-embleme-du-min-Energie-150x150.jpg 150w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-08-03-UKR-embleme-du-min-Energie-768x768.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-08-03-UKR-embleme-du-min-Energie.jpg 960w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" />Le système énergétique de l’Ukraine est marqué par l’héritage des infrastructures soviétiques, des liens anciens avec la Russie et une transition forcément désormais résolue vers l’indépendance énergétique. Après 1991, le pays est d’abord resté fortement dépendant du gaz, du charbon et du combustible nucléaire russes, tout en exploitant l’un des plus grands parcs nucléaires d’Europe<a href="#n1"><sup>(1)</sup></a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Héritage énergétique et quête d’indépendance </strong></p>
<p style="text-align: justify;">À la suite de l’annexion illégale de la Crimée par la Russie en 2014, l’Ukraine a amorcé une rupture stratégique en réduisant sa dépendance énergétique : en 2015, <a href="https://www.themoscowtimes.com/2015/07/01/ukraine-cuts-off-russian-gas-imports-over-pricing-dispute-a47806">elle a mis fin aux importations directes de gaz russe</a> et a diversifié ses sources d’approvisionnement en combustible nucléaire. Dans les années précédant l’invasion de 2022, le pays explorait activement des stratégies pour diversifier ses sources d’énergie et limiter sa vulnérabilité face aux importations russes.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès 2017, l’Ukraine a entamé un <a href="https://www.entsoe.eu/news/2023/12/14/ukrainian-transmission-system-operator-npc-ukrenergo-joins-entso-e-as-new-member/">processus d’intégration à l’ENTSO-E</a>, le réseau électrique européen, afin de renforcer son autonomie énergétique. Ce processus a rendue possible une synchronisation d’urgence le 16 mars 2022, soit quelques semaines après le début de l’invasion russe à grande échelle le 24 février. Cette synchronisation a permis à l’Ukraine de <a href="https://www.entsoe.eu/news/2024/03/15/two-years-since-ukraine-and-moldova-synchronised-electricity-grids-with-eu/">se déconnecter totalement du réseau électrique contrôlé par la Russie et de s’intégrer au système énergétique européen</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les impacts de la guerre sur les infrastructures énergétiques </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’invasion d’ampleur de l’Ukraine par la Russie en 2022 a provoqué des destructions massives dans le secteur énergétique du pays, perturbant gravement les capacités de production, de transport et de distribution d’électricité<a href="#n2"><sup>(2)</sup></a>. Un an après le début du conflit, environ deux tiers de la capacité de production électrique d’avant-guerre avaient été gravement endommagés, détruits ou rendus inopérants en raison de l’occupation temporaire de certaines zones par les forces russes<a href="#n3"><sup>(3)</sup></a>. Par ailleurs, en 2024, près de la moitié des postes de transformation du réseau de transport avaient subi des dégâts à la suite d’attaques par drones et missiles.</p>
<p style="text-align: justify;">A la fin de l’année 2024, les pertes subies par le secteur énergétique ukrainien étaient estimées à 20,5 milliards de dollars américains, tandis que le manque à gagner dû à la baisse de capacité et de demande dépassait 72 milliards de dollars<a href="#n4"><sup>(4)</sup></a>. Ces chiffres ont immanquablement été revus à la hausse depuis. Cela a été cas, notamment, après l’attaque massive lancée le 26 août 2024, lorsque la Russie a tiré plus de 200 missiles et drones dans l’une des plus vastes offensives aériennes réalisée depuis le début de la guerre, visant en priorité les infrastructures énergétiques du pays<a href="#n5"><sup>(5)</sup></a> : malgré l’interception partielle des frappes par la défense antiaérienne ukrainienne, l’ampleur de l’attaque a entraîné des perturbations généralisées, rappelant une fois de plus le caractère stratégique du secteur énergétique ukrainien et la vulnérabilité persistante de l’approvisionnement en électricité du pays.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une transition énergétique post-conflit porteuse d’avenir </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au cœur des destructions et de l’instabilité provoquées par la guerre qui la font, chaque hiver, s’interroger sur sa capacité à tenir encore, l’Ukraine entrevoit une opportunité de transformation radicale : non seulement rompre définitivement sa dépendance aux sources d’énergie extérieures, mais aussi s’imposer comme un acteur central de la transition énergétique mondiale vers un avenir plus vert et durable. Le pays dispose en effet de ressources renouvelables abondantes — solaire, éolien, nucléaire, biomasse — qui offrent un potentiel considérable de production d’énergie.</p>
<p style="text-align: justify;">Selon l’étude menée par Tim Tröndle <em>et al</em>. (2024, voir note 2), il est à la fois techniquement et financièrement possible pour l’Ukraine de basculer vers un système énergétique décarboné. <a href="https://gmk.center/en/news/ukraine-ranked-third-in-terms-of-electricity-price-on-the-dam-among-27-european-countries-in-2024/">Ce scénario permettrait de couvrir la production, le stockage et le transport de l’électricité</a> à un coût inférieur à 90 €/MWh alors que le prix moyen du marché de l’électricité en Ukraine en 2024 était de 103 €/MWh. L’étude, qui prend en compte la croissance démographique et économique ainsi que l’évolution de la demande énergétique, conclut que le potentiel de production d’énergies renouvelables dépasse largement les besoins prévus à l’horizon 2060.</p>
<p style="text-align: justify;">Mieux encore, dans l’hypothèse d’un développement adéquat des infrastructures, l’Ukraine pourrait exporter son excédent d’énergie propre. L’interconnexion récemment établie avec le réseau ENTSO-E renforce cette perspective en permettant à l’Ukraine de passer du statut d’importateur à celui d’exportateur stratégique, contribuant ainsi à la sécurité énergétique régionale tout en consolidant sa propre résilience économique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Risques et arbitrages </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Bien que l’Ukraine dispose d’un potentiel considérable pour développer son secteur des énergies renouvelables, cette transition s’accompagne de défis majeurs. L’un des plus préoccupants concerne l’impact environnemental d’un développement énergétique accéléré, susceptible de dégrader des habitats naturels fragiles. Par exemple, dans le sud de l’Ukraine, les zones naturelles restantes sont déjà rares et <a href="https://uwecworkgroup.info/distributed-electricity-generation-in-ukraine-the-risks-and-opportunities/">continuent de reculer face à l’expansion des activités agricoles</a>. Or, les restrictions d’usage des terres agricoles pour les projets énergétiques ou industriels, combinées à l’exiguïté des zones constructibles dans les régions densément peuplées, font de ces derniers espaces naturels les seuls emplacements viables pour des installations solaires de grande envergure. Cela pose un dilemme : faut-il étendre la capacité de production d’énergie renouvelable au prix de la préservation des écosystèmes critiques ?</p>
<p style="text-align: justify;">Outre la guerre évidemment, le manque de financement public pour la conservation de la nature, ajouté à une vision héritée de l’ère soviétique selon laquelle toute terre disponible doit être exploitée, continue de mettre en péril les milieux naturels, notamment dans les zones agricoles. Ce problème est aggravé par des lacunes dans la législation ukrainienne qui, par exemple, ne soumet pas les projets de centrales solaires à une évaluation d’impact environnemental. Il en résulte des conflits potentiels avec les zones protégées et des conséquences écologiques souvent ignorées, les projets étant autorisés sans garanties suffisantes pour la biodiversité. Pour limiter ces effets négatifs, il sera crucial d’établir des lignes directrices claires encadrant les projets énergétiques afin de protéger les écosystèmes vulnérables tout en poursuivant les objectifs de transition énergétique.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’Ukraine possède le potentiel pour devenir un acteur majeur des énergies renouvelables, la voie vers cet objectif reste semée d’embûches. Même les scénarios les plus optimistes de décarbonation doivent composer avec les choix de reconstruction post-guerre faits aujourd’hui. En mai 2024, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) a ainsi attribué un <a href="https://www.enr.com/articles/58656-usaid-awards-tetra-tech-439m-contract-for-ukraine-energy-grid-resilience">contrat de 439 millions de dollars à l’entreprise Tetra Tech Inc.</a> pour fournir un appui technique et logistique aux secteurs ukrainiens de l’électricité, du gaz naturel et du chauffage. Bien que cette initiative vise à renforcer la résilience et la fiabilité du système énergétique, elle témoigne aussi d’un maintien des investissements dans des infrastructures reposant sur les énergies fossiles. En l’absence d’un engagement clair et contraignant en faveur de la durabilité, les efforts consentis risquent, donc, de consolider les dépendances que l’Ukraine cherche précisément à dépasser.</p>
<p style="text-align: justify;">Une transition énergétique juste et véritablement transformatrice devra aller au-delà des seules considérations d’indépendance ou de sécurité. Elle devra reposer sur des principes forts : intégrité environnementale à long terme, gouvernance transparente et investissements audacieux dans les énergies renouvelables. C’est à ces conditions que l’Ukraine pourra tirer pleinement parti de la crise majeure qu’elle traverse, pour façonner un avenir énergétique plus vert, plus sûr et plus équitable.</p>
<p><strong>Notes</strong> :</p>
<p><a id="n1"></a>(1) D. G. Igor Piddubnyi, “Assessment of Damages and Losses to Ukraine’s Energy Sector Due to Russia's full-scale Invasion,” <em>Kyiv School of Economics</em>, Kyiv, 2024.</p>
<p><a id="n2"></a>(2) Tim Tröndle <em>et al.</em>, “Rebuilding Ukraine’s energy supply in a secure, economic, and decarbonised way,” <em>Environmental Research: Infrastructure and Sustainability, </em>0.31002, 2024.</p>
<p><a id="n3"></a>(3) “Ukraine: Energy Damage Assessment,” <em>UNDP and The World Bank</em>, 2023.</p>
<p><a id="n4"></a>(4) “OECD Economic Surveys: Ukraine 2025,” Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD), 2025.</p>
<p><a id="n5"></a>(5) “Ukraine’s Energy Security and the Coming Winter: And Energy Action Plan for Ukraine and its partners,” <em>International Energy Association</em>, 2024.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Vignette</strong> : Logo du ministère ukrainien de l’Énergie (Photo libre de droits)</p>
<p>* Hilary Evans est une spécialiste confirmée des questions environnementales et de durabilité. Elle est titulaire d’un master en management durable et impact social de l’ESSCA Paris.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Pour citer cet article :</strong> Hilary Evans (2026), « Ukraine : reconstruire le système énergétique, défi pour une transition durable », <em>Regard sur l'Est</em>, 3 août.</p>
<p><a href="https://doi.org/10.5281/zenodo.21777084"><img decoding="async" id="record-doi-badge" title="Get the DOI badge!" src="https://zenodo.org/badge/DOI/10.5281/zenodo.21777084.svg" alt="10.5281/zenodo.21777084" data-target="[data-modal='10.5281/zenodo.21777084']" /></a></p>
<div class="entry-meta"></div>
<p><a href="#h1"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-12741" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png" alt="244x78" width="244" height="78" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-768x246.png 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-1024x328.png 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1.png 1634w" sizes="auto, (max-width: 244px) 100vw, 244px" /></a></p>
</div>
</div></div></div></div></div><div class="wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend pgfw-icon-display pgfw-icon-display--default" style="--pgfw-icon-justify:center;"><a href="https://regard-est.com/category/type-list/feed?action=genpdf&#038;id=19939" class="pgfw-single-pdf-download-button pgfw-single-pdf-download-button--default pgfw-single-pdf-download-button--image-only pgfw-single-pdf-download-button--icon-only" title="Générer un PDF" style="--pgfw-icon-width:26px;--pgfw-icon-height:50px;" aria-label="Générer un PDF"><span class="pgfw-single-pdf-download-button__media" aria-hidden="true"><img src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2023/10/pdf-icon.png" alt="" decoding="async"></span></a></div><p>L’article <a href="https://regard-est.com/ukraine-reconstruire-le-systeme-energetique-defi-pour-une-transition-durable">Ukraine : reconstruire le système énergétique, défi pour une transition durable</a> est apparu en premier sur <a href="https://regard-est.com">REGARD SUR L&#039;EST</a>.</p>
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		<title>République tchèque : un réengagement cohérent en Afrique</title>
		<link>https://regard-est.com/republique-tcheque-un-reengagement-coherent-en-afrique</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Jul 2026 00:09:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malgré des liens anciens et étroits tissés avec le continent africain, notamment à l’époque socialiste, la République tchèque s’en est ensuite détournée au profit de [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/republique-tcheque-un-reengagement-coherent-en-afrique">Read More</a></span></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="pl-19928"  class="panel-layout" ><div id="pg-19928-0"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19928-0-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19928-0-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="0" ><div
			
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	<p style="text-align: justify;"><strong><a id="h1"></a>Malgré des liens anciens et étroits tissés avec le continent africain, notamment à l’époque socialiste, la République tchèque s’en est ensuite détournée au profit de l'axe euro-atlantique. Forte d’une image de pays non-colonial, elle y opère depuis une quinzaine d'années un retour de plus en plus affirmé, au service d'intérêts commerciaux, mais aussi stratégiques.</strong></p>
</div>
</div></div></div></div><div id="pg-19928-1"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19928-1-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19928-1-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="1" ><div
			
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<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19929" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/Lipavsky-Hichilema-juin-2023-300x168.jpg" alt="Le Premier ministre tchèque Jan Lipavský rencontre le Président zambien Hakainde Hichilema, en juin 2023 à Lusaka (copyright : site du ministère tchèque des Affaires étrangères)." width="300" height="168" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/Lipavsky-Hichilema-juin-2023-300x168.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/Lipavsky-Hichilema-juin-2023-768x430.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/Lipavsky-Hichilema-juin-2023.jpg 796w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" />C'est peu dire que l'Afrique a été jusqu’en 2023 pour la République tchèque un espace lointain et non-prioritaire. En 2006, Václav Klaus (en tant que président et que Premier ministre) a bien foulé le sol subsaharien lors d'une tournée unique en Afrique du Sud et au Nigéria. Mais, depuis la Révolution de velours et la scission d'avec la Slovaquie, les relations tchéco-africaines s’étaient recentrées sur quelques pôles seulement, notamment l’Afrique du Sud, l’Éthiopie et l’Égypte – cette dernière plus favorisée en termes de visites de haut niveau. Les relations avec l'Afrique du Sud et l'Égypte s’étaient rapidement densifiées, au niveau commercial comme politique. Le maintien de l’ambassade tchèque en Éthiopie, dont la fermeture avait été un temps envisagée (1992), a permis de continuer à disposer d’un poste auprès de l'Union africaine (UA). Les relations avec l'Égypte participent, elles, bien plus d'un tropisme pro-israélien que d'un véritable intérêt pour le continent, même si le pays est régulièrement défini par les décideurs tchèques comme un partenaire majeur au sein du monde arabe.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L'argument historique et mémoriel</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au cours des années 1990 et 2000, l'heure est au renforcement des relations euro-atlantiques et aux économies d'échelle. Nombreux sont alors les postes diplomatiques à fermer, en Angola, au Congo-Brazzaville, en Côte d'Ivoire, en Guinée, au Mozambique, en Tanzanie ou encore en Zambie. Contrairement à d'autres pays de l'ancien bloc de l'Est, la République tchèque ne tente pas, tout d'abord, de faire de sa transition démocratique un « article d'exportation ». Un intérêt pour des relations commerciales et économiques denses subsiste certes, mais il se limite aux plus grandes économies africaines. Encore ces timides efforts sont-ils parfois frustrés, là par un coup d'État (Nigéria), ici par une guerre civile (Angola). Ailleurs (Côte d'Ivoire, Kenya, Maroc), cette stratégie ne se traduit par aucune relation politique suivie.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré les <a href="https://francais.radio.cz/dans-ses-relations-avec-lafrique-la-tchequie-devrait-jouer-de-ne-pas-avoir-de-8159801">arguments d'ordre moral ou émotionnel désormais invoqués</a> pour promouvoir les relations bilatérales avec des partenaires en Afrique, il n'est pas tout à fait juste de prétendre que la République tchèque – ou plutôt la Tchécoslovaquie – n'y a jamais eu d'intérêt colonial. Dès l'indépendance en 1918, le nouvel État nourrit ainsi des visées sur le Togoland allemand (actuels Togo et ouest du Ghana). Les voyages d'Emil Holub en Afrique australe, par ailleurs célébrés aujourd’hui par la diplomatie tchèque, nourrissent un imaginaire colonial et une vision racialiste des populations locales. Des missionnaires tchèques dans les actuels Soudan et Soudan du Sud ont participé non seulement d'un projet colonial autrichien, mais aussi de ce qui a été nommé un « colonialisme alternatif ».</p>
<p style="text-align: justify;">La République tchèque peut néanmoins s'enorgueillir d'un réseau diplomatique ancien et actif, notamment en Égypte (dont l'indépendance est reconnue par Prague dès 1922) et en Éthiopie. La position difficile de la Tchécoslovaquie en Europe ne l'empêche pas, en effet, de soutenir cette dernière au travers de la politique d'Edvard Beneš, ministre des Affaires étrangères (1918-1935) puis président (1935-1938), tant avant qu'après l'invasion italienne (1935). Un traité commercial bilatéral est d'ailleurs signé en 1934.</p>
<p style="text-align: justify;">La diplomatie tchèque s'appuye aussi naturellement sur la <a href="https://francais.radio.cz/la-tchequie-a-lavantage-de-ne-pas-avoir-dhistoire-sombre-vis-a-vis-des-pays-8807544">mémoire de la République socialiste de Tchécolovaquie</a>, malgré une distanciation momentanée vis-à-vis des anciens partenaires. Il n'est ainsi pas anodin que l'aide au développement tchèque se concentre aujourd’hui sur l'Angola, l'Éthiopie et la Zambie, qui figurent parmi les anciens pays amis. Des investissements industriels majeurs, des coopérations dans les domaines agricole, médical et technique, s'ajoutent à des fournitures massives de matériel de guerre à travers le continent. Brillant second de l'URSS en Afrique, la Tchécoslovaquie y a assumé durant les années socialistes un rôle disproportionné au regard de sa taille, soutenant les mouvements indépendantistes et les gouvernements alignés, de la Guinée au Soudan et de l'Algérie au Congo. Ainsi la Tchécoslovaquie entretient-elle dans les années 1950 le plus large réseau diplomatique du bloc de l'Est en Afrique, devant l'URSS.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Combattre le terrorisme et prévenir l'immigration</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Désormais intégrée à l'UE et à l'OTAN, et pouvant se prévaloir d’un niveau de développement qui lui permet d'envisager une aide plus conséquente pour les pays du Sud, la République tchèque a peu à peu retrouvé un intérêt géostratégique pour les marges du continent européen. À la suite des Printemps arabes, elle a cherché à faire profiter la Libye et la Tunisie (2011) – nations aussi soutenues par la Pologne – de son expérience en matière de transition. La relation entamée avec la Tunisie a permis de créer un partenariat stable, axé sur le développement des relations économiques et de la coopération de défense. En revanche, la détérioration de la situation en Libye a conduit à un retrait, dès 2014.</p>
<p style="text-align: justify;">La rationalisation du réseau diplomatique tchèque, lancée en 2010, loin de servir uniquement une logique d'austérité, doit refléter des priorités réfléchies et assumées. Les relations avec l'Angola, difficiles jusqu'à la fin de la guerre civile (2002) puis relancées ensuite, n'obtiennent d'abord pas les résultats escomptés, notamment au point de vue commercial. L'ambassade, rouverte en 2002, est à nouveau fermée en 2015 ; le pays n'est plus un destinataire prioritaire de l'APD tchèque. La Zambie prend le chemin inverse: alors que l'ambassade à Harare (Zimbabwe), héritage socialiste, ferme en 2017, une autre ouvre dans sa capitale Lusaka.</p>
<p style="text-align: justify;">Surtout, à partir de 2013, Prague répond à l'<a href="https://francais.radio.cz/la-renaissance-des-relations-franco-tcheques-8284415">appel de la France</a>, qui cherche à européaniser son intervention au Mali. Étonnamment, cet engagement suscite peu de débats dans le pays alors qu’il se massifie rapidement : 50 militaires tchèques sont d'abord engagés dans EUTM Mali, la mission européenne de formation de l'armée malienne puis des armées du G5 Sahel, puis 118 en 2018, fournissant le deuxième contingent le plus important. La République tchèque assume même par deux fois le commandement de la mission (2020 et 2022), à laquelle elle participe jusqu'en 2022. La République tchèque a ensuite participé à la MINUSMA, mission de l'ONU au Mali, de 2015 à 2023, et a participé au financement du G5 Sahel.</p>
<p style="text-align: justify;">De même qu'en Libye et en Tunisie, cet engagement vise à contenir les flux migratoires et à combattre le terrorisme, perçus comme des menaces pour le continent européen tout entier. Cet engagement s'amenuise néanmoins à la mesure de celui de la France, et l'ambassade tchèque à Bamako, ouverte en 2019, ferme en 2022. Cette ouverture s'était accompagnée d'une stratégie pour la stabilisation du Sahel (2019) qui incluait un intérêt marqué pour la force Takuba, malgré un <a href="https://www.bruxelles2.eu/2020/10/takuba-le-oui-definitif-des-tcheques/">déploiement tardif imputable à la partie française </a>(2021-2022).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>S'engager en Afrique : développement d'une politique africaine souveraine</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette expérience en Afrique du Nord et au Sahel n’a pas été stérile. L'intérêt renouvelé pour le nord et l'ouest du continent a généré un renforcement des relations avec l'Algérie (signature d'un accord de coopération militaire en 2015), le Maroc (visite d'Andrej Babiš en 2018) ou encore le Sénégal (ouverture d'une ambassade à Dakar en 2017).</p>
<p style="text-align: justify;">L'expertise tchèque en matière d'industrie minière, de productions de machines-outils, de transports et de défense, ainsi que l'héritage socialiste, permettent au pays d'obtenir des contrats importants, qu'il s'agisse de la modernisation des aéroports sénégalais (2019) ou de la large flotte de jets Aero L-39 Albatros, toujours opérés par onze pays africains. <a href="https://www.aero.cz/wp-content/uploads/2025/08/Vyrocni-Zprava-AVA-EN-2024-AERO.pdf">Huit L-39 Skyfox, leur successeur, doivent être livrés en 2026-2027 à des pays africains</a> non-identifiés.</p>
<p style="text-align: justify;">En septembre 2022, le gouvernement tchèque a formulé pour la première fois une stratégie autonome. Intitulée « <a href="https://mzv.gov.cz/file/4922484/AFR_Engaging_in_Africa_Czechia_s_Strategy_FINAL.pdf">S'engager en Afrique </a>», elle consacre la place de l'Afrique comme théâtre prioritaire de la politique étrangère du pays. En dehors des traditionnelles préoccupations commerciales, y figurent désormais celles issues de l'engagement tchèque au Sahel (terrorisme et migration), mais aussi un volet plus récent, conséquence directe de l'invasion russe de l'Ukraine.</p>
<p style="text-align: justify;">Le dialogue avec l'Afrique – 54 États membres de l'ONU – est nécessaire à la bataille diplomatique qui s'est engagée et dont l'enjeu est la refonte de l'ordre international. Ainsi, la convocation d’arguments historiques et mémoriels sert à répondre aux préoccupations africaines, soulignant la volonté tchèque d'établir des partenariats mutuellement bénéfiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Les visites de haut niveau se multiplient. Lorsque A. Babiš se rend au Maroc en 2018, il s'agit de la première visite d'un Premier ministre tchèque sur le continent africain depuis douze ans. Suivent plusieurs déplacements du Petr Fiala et du président Petr Pavel à partir de 2022, notamment la première tournée africaine d'un chef de gouvernement tchèque en 2023, en Côte d'Ivoire, en Éthiopie, au Ghana et au Kenya.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré une politique toujours très ciblée – la République tchèque reste une puissance moyenne –, les relations sont réactivées avec plusieurs pays précédemment non-prioritaires hormis du point de vue commercial. C'est notamment le cas du Ghana, de la Mauritanie, du Mozambique, du Nigéria, de l'Ouganda, du Rwanda et du Sénégal. Les relations avec l'Angola reprennent de l'envergure. En 2023 et 2024, les présidents de l'Angola et du Mozambique ainsi que le Premier ministre éthiopien visitent la République tchèque. La dernière visite officielle d'un chef d'État ou de gouvernement africain à Prague datait de 1999.</p>
<p style="text-align: justify;">L'accent très appuyé du nouveau gouvernement Babiš (en place depuis décembre 2025) sur les sujets sécuritaires et migratoires ainsi que son approche transactionnelle des relations internationales ne devraient pas altérer sensiblement la politique africaine de la République tchèque, puisque ces considérations en sont le socle. S'il est probable qu'elle soit davantage axée sur la maximisation des exportations et moins sur la coopération en matière de gouvernance, et dirigée avant tout par les intérêts proprement tchèques, la dynamique initiée en 2022, servant d'ores et déjà cet agenda, est probablement vouée à se poursuivre et à s'amplifier.</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Vignette</strong> : Le Premier ministre tchèque Jan Lipavský rencontre le Président zambien Hakainde Hichilema, en juin 2023 à Lusaka (copyright : <a href="https://mzv.gov.cz/jnp/en/issues_and_press/press_releases/minister_of_foreign_affairs_jan_lipavsky_1.html">site du ministère tchèque des Affaires étrangères</a>).</p>
<p style="text-align: left;">* Mathieu Gotteland est docteur en histoire de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne et analyste pour les think tanks africains CRCA et CACD.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Pour citer cet article :</strong> Mathieu Gotteland (2026), « République tchèque : un réengagement cohérent en Afrique », <em>Regard sur l'Est</em>, 27 juillet.</p>
<p><a href="#h1"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone  wp-image-12741" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png" alt="244x78" width="244" height="78" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-768x246.png 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-1024x328.png 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1.png 1634w" sizes="auto, (max-width: 244px) 100vw, 244px" /></a></p>
</div>
</div></div></div></div></div><div class="wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend pgfw-icon-display pgfw-icon-display--default" style="--pgfw-icon-justify:center;"><a href="https://regard-est.com/category/type-list/feed?action=genpdf&#038;id=19928" class="pgfw-single-pdf-download-button pgfw-single-pdf-download-button--default pgfw-single-pdf-download-button--image-only pgfw-single-pdf-download-button--icon-only" title="Générer un PDF" style="--pgfw-icon-width:26px;--pgfw-icon-height:50px;" aria-label="Générer un PDF"><span class="pgfw-single-pdf-download-button__media" aria-hidden="true"><img src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2023/10/pdf-icon.png" alt="" decoding="async"></span></a></div><p>L’article <a href="https://regard-est.com/republique-tcheque-un-reengagement-coherent-en-afrique">République tchèque : un réengagement cohérent en Afrique</a> est apparu en premier sur <a href="https://regard-est.com">REGARD SUR L&#039;EST</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Effacer l’URSS ? La bataille de la mémoire urbaine en Asie centrale</title>
		<link>https://regard-est.com/effacer-lurss-la-bataille-de-la-memoire-urbaine-en-asie-centrale</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jul 2026 00:17:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À Tachkent, Douchanbé, Astana ou Bichkek, les bâtiments soviétiques disparaissent, survivent ou changent de sens au gré des projets immobiliers et des récits nationaux. Derrière [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/effacer-lurss-la-bataille-de-la-memoire-urbaine-en-asie-centrale">Read More</a></span></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="pl-19898"  class="panel-layout" ><div id="pg-19898-0"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19898-0-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19898-0-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="0" ><div
			
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	<p style="text-align: justify;"><strong><a id="h1"></a>À Tachkent, Douchanbé, Astana ou Bichkek, les bâtiments soviétiques disparaissent, survivent ou changent de sens au gré des projets immobiliers et des récits nationaux. Derrière les démolitions se joue pourtant autre chose qu’un simple règlement de comptes avec le passé : une compétition entre plusieurs idées de la modernité, du patrimoine et de la ville habitable.</strong></p>
</div>
</div></div></div></div><div id="pg-19898-1"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19898-1-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19898-1-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="1" ><div
			
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<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19899" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chorsu_Market_Tachkent_Mathieu_Lemoine-225x300.jpg" alt="Bazar Chorsu, Tachent (© Mathieu Lemoine)" width="225" height="300" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chorsu_Market_Tachkent_Mathieu_Lemoine-225x300.jpg 225w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chorsu_Market_Tachkent_Mathieu_Lemoine-768x1024.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chorsu_Market_Tachkent_Mathieu_Lemoine-1152x1536.jpg 1152w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chorsu_Market_Tachkent_Mathieu_Lemoine.jpg 1500w" sizes="auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px" />Pendant des années, l’ancien hôtel Chorsu a dominé le vieux Tachkent comme une carcasse impossible à ignorer. Sa tour de béton, autrefois appelée hôtel Moskva, faisait face au grand dôme turquoise du bazar et aux quartiers anciens qui l’entourent. Abandonné, vendu, promis à plusieurs reconversions, il semblait suspendu entre deux époques. Sa démolition, achevée au printemps 2025, a finalement libéré l’un des sites les plus convoités de la capitale pour un nouvel ensemble associant hôtel, logements et activités commerciales.</p>
<p style="text-align: justify;">Le contraste est saisissant. Le bazar Chorsu, produit de la modernité soviétique tardive, figure aujourd’hui parmi les bâtiments modernistes proposés par l’Ouzbékistan à l’Unesco. L’hôtel voisin, lui, a disparu. Ce face-à-face résume les choix opérés dans les villes d’Asie centrale : les traces soviétiques ne sont ni rejetées ni protégées en bloc. Elles sont triées.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Tachkent, une ville plusieurs fois recommencée</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Tachkent n’a jamais été une ville figée. Le séisme de 1966 a servi de point de départ à une reconstruction massive, conduite par des architectes venus de toute l’Union soviétique. L’objectif était à la fois fonctionnel et politique : édifier une capitale moderne, vaste et verdoyante, capable d’incarner la réussite du socialisme en Asie.</p>
<p style="text-align: justify;">De cette période sont issus les larges avenues, le métro et une architecture associant techniques modernistes et références locales. Moucharabiehs de béton, céramiques et mosaïques formaient un langage hybride, soviétique dans ses ambitions mais soucieux d’afficher une identité ouzbèke.</p>
<p style="text-align: justify;">Après l’indépendance, cette ville a de nouveau changé de récit. Les statues ont été déplacées, les rues rebaptisées et la place centrale réorganisée autour d’Amir Temur, devenu l’une des principales figures de la souveraineté nationale. Mais la transformation la plus profonde ne passe plus seulement par les symboles. Elle prend la forme de grands projets immobiliers, d’élargissements routiers, de démolitions et de quartiers vitrines comme Tashkent City.</p>
<p style="text-align: justify;">La destruction en 2018 de l’ancienne Maison du cinéma, démolie dans le cadre de la réalisation de Tashkent City, a marqué un tournant. L’émotion suscitée a rappelé qu’un bâtiment compte aussi par les usages et les souvenirs qui lui sont attachés. On n’y défendait pas nécessairement l’URSS, mais un lieu de rencontres et de mémoire collective.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette tension traverse aussi les mahallas. Ces quartiers de maisons basses, de cours, de ruelles et d’arbres sont souvent présentés comme le cœur de la culture urbaine ouzbèke. Soumis à la pression foncière, ils cèdent parfois la place à des immeubles plus denses. Ceux-ci peuvent répondre à la croissance démographique, mais aussi faire disparaître des sociabilités et des équilibres environnementaux difficiles à recréer.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Construire la souveraineté dans la pierre</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ailleurs dans la région, la recomposition urbaine emprunte des voies différentes. Astana représente le cas le plus spectaculaire. Le Kazakhstan n’a pas seulement rebaptisé ou réaménagé une capitale héritée de l’époque soviétique : il a transféré sa capitale d’Almaty à Akmola en 1997, avant d’en faire une vitrine architecturale de l’État indépendant.</p>
<p style="text-align: justify;">Tours, ministères, monument Baïterek, Palais de la paix et Khan Chatyr composent un paysage destiné à projeter puissance, modernité et ouverture. Astana ne cherche pas tant à effacer le passé soviétique qu’à le rendre secondaire face à une nouvelle centralité politique édifiée dans la steppe.</p>
<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19901 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Astana_Khan_Shatyr_Mathieu_Lemoine-300x211.jpg" alt="Khan Chatyr, Astana (© Mathieu Lemoine)" width="756" height="532" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Astana_Khan_Shatyr_Mathieu_Lemoine-300x211.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Astana_Khan_Shatyr_Mathieu_Lemoine-1024x721.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Astana_Khan_Shatyr_Mathieu_Lemoine-768x541.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Astana_Khan_Shatyr_Mathieu_Lemoine-1536x1082.jpg 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Astana_Khan_Shatyr_Mathieu_Lemoine.jpg 1948w" sizes="auto, (max-width: 756px) 100vw, 756px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Khan Chatyr, Astana (© Mathieu Lemoine)</em></p>
<p style="text-align: justify;">À Douchanbé, le changement est plus brutal parce qu’il intervient au cœur d’une ville existante. Depuis plusieurs années, cinémas, théâtres, bâtiments administratifs et immeubles soviétiques ont cédé la place à de larges avenues et à des édifices monumentaux. La disparition en mars 2025 de la tchaïkhana Rohat en est devenue le symbole. Construite en 1958, elle mariait modernisme soviétique, plafonds peints, colonnades et arts décoratifs tadjiks. Une mobilisation avait un temps semblé la sauver. Elle n’a fait que retarder sa destruction.</p>
<p style="text-align: justify;">Le cas de Rohat montre les limites d’une lecture fondée uniquement sur la « décommunisation ». La tchaïkhana appartenait à la mémoire quotidienne de Douchanbé et incarnait le métissage entre formes soviétiques et traditions locales. Sa disparition révèle moins un rejet doctrinal du passé qu’une nouvelle hiérarchie entre patrimoine, prestige institutionnel et valeur foncière.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19902 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chaikhana_Rohat_Douchanbe_Mathieu_Lemoine-300x182.jpg" alt="Tchaïkhana Rohat, Douchanbé (© Mathieu Lemoine)" width="757" height="459" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chaikhana_Rohat_Douchanbe_Mathieu_Lemoine-300x182.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chaikhana_Rohat_Douchanbe_Mathieu_Lemoine-1024x621.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chaikhana_Rohat_Douchanbe_Mathieu_Lemoine-768x466.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chaikhana_Rohat_Douchanbe_Mathieu_Lemoine-1536x932.jpg 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chaikhana_Rohat_Douchanbe_Mathieu_Lemoine.jpg 1602w" sizes="auto, (max-width: 757px) 100vw, 757px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Tchaïkhana Rohat, Douchanbé (© Mathieu Lemoine)</em></p>
<p style="text-align: justify;">À Boukhara, la protection des monuments les plus célèbres peut masquer la fragilité des quartiers habités qui les entourent. Entre restauration, reconstruction et transformation touristique, la frontière est parfois mince. Sauver les coupoles et les médersas ne suffit pas si la ville perd ses habitants, ses cours et ses usages ordinaires.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Du vestige encombrant au patrimoine</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis quelques années, le regard porté sur le modernisme centrasiatique évolue. À Tachkent, chercheurs, photographes, architectes et institutions documentent les bâtiments, les mosaïques et les arts décoratifs de la seconde moitié du XXe siècle. Un ensemble d’édifices modernistes a été inscrit sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco. Cette reconnaissance marque un changement important : l’héritage soviétique peut désormais être présenté comme un patrimoine national, précisément parce qu’il a été adapté, décoré et réinterprété localement.</p>
<p style="text-align: justify;">Les mosaïques en offrent l’exemple le plus accessible. Longtemps vues comme de simples éléments de façade, elles apparaissent désormais comme des œuvres publiques racontant le travail, la science ou les traditions régionales. Les conserver ne revient pas à adhérer au projet politique qui les a produites, mais à reconnaître que l’histoire urbaine ne commence pas avec l’indépendance.</p>
<p style="text-align: justify;">Bichkek conserve une présence soviétique particulièrement visible : places ouvertes, boulevards arborés, microquartiers, reliefs et mosaïques. La densification et le manque d’entretien fragilisent cet ensemble. Mais la capitale kirghize rappelle qu’une ville peut transformer la signification de ses bâtiments sans nécessairement les remplacer.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19903 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Bishkek_Circus_Mathieu_Lemoine-300x206.jpg" alt="Le cirque de Bichkek (© Mathieu Lemoine)" width="757" height="520" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Bishkek_Circus_Mathieu_Lemoine-300x206.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Bishkek_Circus_Mathieu_Lemoine-1024x703.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Bishkek_Circus_Mathieu_Lemoine-768x527.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Bishkek_Circus_Mathieu_Lemoine-1536x1055.jpg 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Bishkek_Circus_Mathieu_Lemoine.jpg 1809w" sizes="auto, (max-width: 757px) 100vw, 757px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Le cirque de Bichkek (© Mathieu Lemoine)</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une bataille aussi écologique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La question patrimoniale rejoint désormais celle du climat. Les villes d’Asie centrale connaissent une urbanisation rapide, des chaleurs plus intenses, une forte pollution atmosphérique et une pression croissante sur l’eau et l’énergie. Dans ce contexte, détruire un quartier bas, mature et arboré pour construire un ensemble plus minéral n’est jamais une décision uniquement esthétique.</p>
<p style="text-align: justify;">Tachkent doit une partie de son identité à ses canaux, à ses cours et à ses arbres. Les grands ensembles soviétiques eux-mêmes étaient souvent conçus avec des espaces libres, de l’ombre et une circulation de l’air. Tous ne constituent pas des modèles à préserver intégralement : certains sont énergivores, dégradés ou mal adaptés aux besoins actuels. Mais leur remplacement devrait intégrer leur performance climatique réelle, et non seulement leur rentabilité ou leur apparence.</p>
<p style="text-align: justify;">Les recherches menées à Tachkent montrent notamment que les grands arbres et l’étendue de leur canopée jouent un rôle bien plus important dans le rafraîchissement des espaces publics que les pelouses décoratives ou les plantations basses. La modernité urbaine ne peut donc plus se mesurer uniquement à la hauteur des tours, à la largeur des avenues ou à l’éclat des façades neuves. Elle se mesure aussi à la possibilité de marcher, de respirer et de vivre dehors pendant les mois les plus chauds.</p>
<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19904 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Old_Bukhara_Mahalla_Mathieu_Lemoine-300x225.jpg" alt="Mahalla, Boukhara (© Mathieu Lemoine)" width="756" height="567" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Old_Bukhara_Mahalla_Mathieu_Lemoine-300x225.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Old_Bukhara_Mahalla_Mathieu_Lemoine-1024x768.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Old_Bukhara_Mahalla_Mathieu_Lemoine-768x576.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Old_Bukhara_Mahalla_Mathieu_Lemoine-1536x1152.jpg 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Old_Bukhara_Mahalla_Mathieu_Lemoine.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 756px) 100vw, 756px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Mahalla dans le vieux Boukhara (© Mathieu Lemoine)</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ni musée soviétique, ni ville sans mémoire</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les capitales centrasiatiques ne sont pas engagées dans un effacement uniforme de l’URSS. Elles sélectionnent des héritages, en réhabilitent certains et en sacrifient d’autres. Les critères se mêlent : récit national, prestige politique, développement immobilier, tourisme, état des bâtiments, mobilisation des habitants et, de plus en plus, contraintes environnementales.</p>
<p style="text-align: justify;">Le débat ne consiste donc pas à choisir entre la conservation intégrale de la ville soviétique et une modernisation sans limites. Il porte sur la capacité à reconnaître plusieurs couches d’histoire dans un même paysage. Une mosaïque, une tchaïkhana, un cinéma ou une mahalla peuvent survivre sans devenir des sanctuaires. Ces lieux et ces œuvres peuvent être restaurés, réaffectés et intégrés à une ville contemporaine.</p>
<p style="text-align: justify;">À Tachkent comme à Douchanbé, la vraie bataille n’oppose pas le passé à l’avenir. Elle oppose une ville conçue comme une succession de vitrines à une ville capable d’accumuler les époques. Or, lorsqu’une couche disparaît entièrement, ce ne sont pas seulement des murs qui s’effacent : ce sont aussi des usages, des souvenirs et parfois des solutions urbaines dont les cités de demain pourraient encore avoir besoin.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p><strong>Sources principales :</strong></p>
<p>« <a href="https://whc.unesco.org/en/tentativelists/6708/"><em>Tashkent Modernist Architecture. Modernity and Tradition in Central Asia</em></a> », liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco.</p>
<p>Oliver Wainwright, « <a href="https://www.theguardian.com/artanddesign/2025/apr/28/cosmic-metros-ufo-circus-tops-mesmerising-architecture-tashkent"><em>Cosmic Metros, UFO Circus Tops and a 3,000° Sun Gun</em></a> », <em>The Guardian</em>, 28 avril 2025.</p>
<p>« <a href="https://meduza.io/en/feature/2025/04/07/farewell-to-the-rohat"><em>Dushanbe Demolishes Iconic Rohat Teahouse</em></a> », <em>Meduza</em>, 7 avril 2025.</p>
<p>Banque mondiale, <a href="https://openknowledge.worldbank.org/entities/publication/f6568521-d5e8-5c08-b9eb-3c51313311b9"><em>Resilient Tashkent</em></a>, 2022.</p>
<p>Banque mondiale, <a href="https://thedocs.worldbank.org/en/doc/09a6e5c1e53c4d9be5739c02266cb4ba-0080012023/original/Fact-Sheet-CARL-Cities-2023-en.pdf"><em>Central Asia Resilient and Low-Carbon Cities</em></a>, 2023.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Vignette</strong> : Bazar Chorsu, Tachkent (© Mathieu Lemoine)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* Mathieu Lemoine a travaillé plusieurs années en Asie centrale pour l’OSCE, l’USAID et le PNUD. Il est président de Novastan France.</p>
<p><strong>Pour citer cet article :</strong> Mathieu LEMOINE (2026), « Effacer l’URSS ? La bataille de la mémoire urbaine en Asie centrale », <em>Regard sur l'Est</em>, 20 juillet.</p>
<p><a href="https://doi.org/10.5281/zenodo.21475048"><img decoding="async" id="record-doi-badge" title="Get the DOI badge!" src="https://zenodo.org/badge/DOI/10.5281/zenodo.21475048.svg" alt="10.5281/zenodo.21475048" data-target="[data-modal='10.5281/zenodo.21475048']" /></a></p>
<p><a href="#h1"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-12741" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png" alt="244x78" width="244" height="78" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-768x246.png 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-1024x328.png 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1.png 1634w" sizes="auto, (max-width: 244px) 100vw, 244px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
</div>
</div></div></div></div></div><div class="wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend pgfw-icon-display pgfw-icon-display--default" style="--pgfw-icon-justify:center;"><a href="https://regard-est.com/category/type-list/feed?action=genpdf&#038;id=19898" class="pgfw-single-pdf-download-button pgfw-single-pdf-download-button--default pgfw-single-pdf-download-button--image-only pgfw-single-pdf-download-button--icon-only" title="Générer un PDF" style="--pgfw-icon-width:26px;--pgfw-icon-height:50px;" aria-label="Générer un PDF"><span class="pgfw-single-pdf-download-button__media" aria-hidden="true"><img src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2023/10/pdf-icon.png" alt="" decoding="async"></span></a></div><p>L’article <a href="https://regard-est.com/effacer-lurss-la-bataille-de-la-memoire-urbaine-en-asie-centrale">Effacer l’URSS ? La bataille de la mémoire urbaine en Asie centrale</a> est apparu en premier sur <a href="https://regard-est.com">REGARD SUR L&#039;EST</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Lituanie : au cœur de l’Europe hier comme aujourd’hui</title>
		<link>https://regard-est.com/lituanie-au-coeur-de-leurope-hier-comme-aujourdhui</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Jul 2026 00:01:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Lituanie, réapparue sur la carte de l’Europe à l’issue de l’effondrement de l’Union Soviétique, se distingue des autre autres États « ressuscités » à cette occasion. [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/lituanie-au-coeur-de-leurope-hier-comme-aujourdhui">Read More</a></span></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="pl-19861"  class="panel-layout" ><div id="pg-19861-0"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19861-0-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19861-0-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="0" ><div
			
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	<p style="text-align: justify;"><strong><a id="h1"></a>La Lituanie, réapparue sur la carte de l’Europe à l’issue de l’effondrement de l’Union Soviétique, se distingue des autre autres États « ressuscités » à cette occasion. Ce pays d’Europe médiane revendique en effet une existence multiséculaire et l’héritage, plus ou moins conscient, de celle-ci.</strong></p>
</div>
</div></div></div></div><div id="pg-19861-1"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19861-1-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19861-1-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="1" ><div
			
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<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19862" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-13-LT-C-Bayou-300x255.jpg" alt="Statue du roi Mindaugas, devant le Musée national de Lituanie à Vilnius (copyright : Céline Bayou)." width="300" height="255" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-13-LT-C-Bayou-300x255.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-13-LT-C-Bayou-1024x869.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-13-LT-C-Bayou-768x652.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-13-LT-C-Bayou-1536x1304.jpg 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-13-LT-C-Bayou-2048x1738.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" />Dans le contexte de la menace existentielle russe, la position de la « petite » Lituanie (60 000km<sup>2</sup>, 3 millions d’habitants) est à la fois originale et intéressante. L’européanité pluriséculaire de la Lituanie n’est plus à prouver, de même que sa situation d’avant-poste vis-à-vis du monde russe, ses spécificités en matière de vulnérabilité et les dispositifs de défense que Vilnius met aujourd’hui en place.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La Lituanie dans l’histoire de l’Europe </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au Moyen-Age déjà, la Lituanie, apparue au XIIIe s., s’est révélée une composante essentielle de l’Europe. Pendant plusieurs siècles, c’est elle qui a protégé l’Occident des invasions tatares et russes. Née en 1569 de l’Union de Lublin entre le Grand-Duché de Lituanie et le Royaume de Pologne, la <em>Respublica</em> (ou République des deux-nations) demeura pendant plusieurs siècles une puissance importante en Europe. Ses relations avec ses partenaires occidentaux étaient à la fois diversifiées et intenses.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le voisin russe menaçait toujours. Entre 1772 et 1795, la Lituanie a basculé dans l’Empire russe. L’ensemble de la région est demeuré sous ce joug jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. Cette occupation fut cruelle et inhiba profondément le développement du pays. La renaissance nationale, à partir de 1860, intervint selon un modèle occidental de nationalisme ethnique inspiré de Herder.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1918, au moment du retour à l’indépendance, c’est l’Allemagne qui a porté le nouvel État sur les fonts baptismaux et, en 1920, les nouvelles Républiques baltiques ont été reconnues par les autres pays européens et par Moscou. Pendant les vingt années qui suivent, les Lituaniens vivent une indépendance précaire, coincés entre les impérialismes allemand et russe. Leurs progrès n’en sont pas moins saisissants et, en 1939, ils étaient, économiquement et socialement, plus avancés que la Finlande. Après la signature, le 23 août 1939, du Pacte Molotov-von Ribbentrop, le second protocole secret de celui-ci (28 septembre) attribue la Lituanie à l’URSS. En 1940, c’est l’annexion, confirmée en 1944 après l’intermède dramatique de l’occupation nazie. Lituaniens, Lettons et Estoniens demeureront soviétiques et largement coupés du monde pendant un demi-siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">La libération des pays baltiques intervient en 1990, avec l’effondrement de l’URSS. Les premières années de retour à l’indépendance sont difficiles. Néanmoins, un objectif fait pratiquement l’unanimité : cap à l’Ouest. Le redémarrage économique, porté par une conjoncture favorable, redonne de l’espoir. Simultanément, après un début encourageant sous Boris Eltsine, les relations avec Moscou se détériorent rapidement (vers 1997), le Kremlin ne cessant de tenter de déstabiliser l’Europe à partir de son « étranger proche »<sup>(1)</sup>. En 2004, Vilnius, comme Riga et Tallinn, adhère à l’OTAN et à l’UE. Ces deux événements, ressentis comme complémentaires, revêtent pour les Baltes une importance primordiale.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis au moins 2008, les Lituaniens comme les Polonais et les autres États baltiques, pleinement conscients de la situation géopolitique, ont tenté d’abord sans succès d’alerter l’Occident sur la gravité et l’urgence de la menace russe. Les multiples manœuvres russes, de son intense réarmement militaire à l’organisation planifiée de la dépendance énergétique de l’Europe occidentale (notamment de l’Allemagne avec le gazoduc Nord Stream), sautaient pourtant aux yeux : l’ultimatum russe à l’Occident du 17 décembre 2021<sup>(2)</sup> vint, parmi d’autres épisodes, confirmer l’aveuglement de l’Europe occidentale. De n’avoir pas été écoutés pendant si longtemps, les Baltes ont nourri un sentiment d’injustice et d’isolement, teinté d’amertume, vis-à-vis de l’Europe occidentale et notamment d’une « France-Allemagne » perçue comme arrogante.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vulnérabilités lituaniennes dans un nouveau contexte</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’adhésion de la Finlande (2023) et de la Suède (2024) à l’OTAN ont pratiquement fait de la « Méditerranée du Nord » un « lac de l’Alliance atlantique », accroissant le sentiment de sécurité des pays baltiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Vilnius reste conscient de ses vulnérabilités. Parmi elles, on peut citer la présence de l’enclave russe de Kaliningrad, désormais encerclée par l’OTAN et par l’UE, ce qui contribue à la montée de l’agressivité de Moscou à l’égard de l’Occident. La question du transit ferroviaire (<em>via</em> le Bélarus et la Lituanie) entre la « Russie continentale » et son « exclave » est, tout particulièrement, un sujet de tensions entre Vilnius, Minsk et Moscou en cette époque de sanctions européennes. Le corridor de Suwałki<sup>(3)</sup> est un autre point d’attention pour Vilnius, bien conscient que, si les Russes parvenaient à contrôler cette zone, ils supprimeraient tout accès terrestre entre les pays baltes et leurs alliés de l’OTAN. Ce fameux corridor est aujourd’hui considéré comme le talon d’Achille de l’OTAN sur son flanc oriental.</p>
<p style="text-align: justify;">En revanche, et à la différence de la Lettonie et de l’Estonie voisines, la communauté russophone de Lituanie est peu nombreuse (5 % de la population) et composée majoritairement de Vieux-Croyants assez peu attachés à la Russie. Enfin, la vie démocratique dans les pays baltiques est vigoureuse, ce qui apparaît d’ailleurs comme une insupportable provocation aux yeux du maître du Kremlin. Il n’en reste pas moins que les Lituaniens, comme leurs voisins lettons et estoniens, estiment que, si le Kremlin venait à considérer qu’il a terminé son « opération militaire spéciale » en Ukraine, ils pourraient être les prochains sur la liste des cibles russes. Cette analyse est fondée sur la conviction que la Russie n’a renoncé à aucun territoire européen ayant appartenu à ce qu’elle nomme depuis 2001, le <em>Rousskiï mir</em> (Monde russe).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vilnius et la défense européenne</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En dépit du caractère limité de leurs moyens, les Lituaniens se sont tôt préoccupés d’organiser leur sécurité vis-à-vis de l’ennemi de toujours. Cette défense prend deux formes, l’une militaire, l’autre civile.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis l’agression russe de 2022, conscients de leur absence de profondeur stratégique, les Baltes ont réalisé un impressionnant saut capacitaire et doctrinal. Dans une approche cumulative (certains parlent de « briques »), ils voient comme complémentaires leur défense nationale et plusieurs formats de coopération, balte, baltique (on peut citer le NB8 ou Nordic-Baltic 8), <a href="https://regard-est.com/pologne-lituanie-une-cooperation-bilaterale-de-defense-renforcee">avec la Pologne</a>, avec les Etats-Unis, avec l’OTAN et, désormais plus sérieusement, avec le reste de l’Europe. Une poupée gigogne de « réassurances stratégiques » en quelque sorte.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le parapluie otanien et américain leur est longtemps apparu comme le seul qui vaille. Depuis 2004, une mission de Police de l’air (<em>Baltic Air Policing</em>) est assurée par les pays membres de l’OTAN dans la région balte. Elle a été renforcée à partir de 2014 (<em>enhanced Air Policing</em>). Par ailleurs, depuis 2017, une présence alliée s’est déployée dans la région balte et polonaise (<em>enhanced Forward Presence, eFP</em>) sur une base rotationnelle. Elle aussi a été renforcée après 2022, confortée par ailleurs par la mission otanienne Eastern Sentry qui vise à renforcer le flanc Est de l’Alliance.</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant longtemps, l’insistance française pour instaurer une défense commune européenne (concept d’autonomie stratégique lancé en 2017 par le Président de la République) a été ressentie par les Baltes comme de nature à affaiblir l’OTAN, à inviter les Etats-Unis à se retirer du continent européen et, par conséquent, à les vulnérabiliser. Désormais, la confiance dans les États-Unis, traditionnellement considérée comme centrale, a radicalement perdu de ses couleurs, profitant aux initiatives européennes.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la Lituanie ne se contente pas de compter sur ses alliés : elle a considérablement rehaussé son budget de défense (qui doit passer à 5,25 % du PIB d’ici la fin 2026), s’est dotée d’une cyber défense avancée et de forces de réaction rapide (2014), a rétabli le service militaire et publié un manuel pour faire face à une invasion en 2015, a mis en place des structures paramilitaires d’entraînement à la guérilla. Tout est ainsi mis en œuvre pour assurer la plus grande résilience possible et pour être pris au sérieux par partenaires et adversaires potentiels.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la mesure où, selon les principes de la métapolitique, toute lutte politique est d’abord culturelle, la société est le premier terrain d’action. Ainsi, l’accès aux media russes officiels (ex : <em>Rossiya, RTR</em>) est limité par des interdictions et des brouillages, des structures de lutte contre les <em>Fake news</em> et autres <em>Hoax </em>ont été mises en place, la cohésion nationale est promue notamment <em>via</em> l’enseignement et la culture, et la lutte contre les cyber-attaques est une priorité des autorités.</p>
<p style="text-align: justify;">Les sociétés baltes, en proie à un consumérisme croissant jusqu’en 2022, se sont subitement réveillées, galvanisées et ressoudées. Le patriotisme et le sens de la solidarité nationale sont de retour. Au plan externe, les trois pays sont désormais des acteurs majeurs de la scène européenne, ils sont respectés et leur avis pris en considération. Autant comme centre de réflexion, conservatoire d’une certaine Europe médiane et, plus encore, instance morale, la Lituanie représente désormais pour l’Europe un atout réel. Il est urgent dans ces conditions que ses dirigeants prennent la mesure de ce que nombre d’intellectuels de l’Europe centrale et orientale n’ont jamais cessé de répéter : nous sommes la moitié de l’Europe et notre voix doit avoir un poids égal à celle des puissances européennes occidentales.</p>
<p><strong>Notes</strong> :</p>
<p><a id="n1"></a>(1) Ainsi, en 2025, <a href="https://regard-est.com/lituanie-un-livre-revisionniste-sur-lhistoire-du-pays-publie-a-moscou-et-preface-par-s-lavrov">les autorités russes ont publié en ligne un ouvrage révisionniste</a> (Giedrius Grabauskas et al., <em>Histoire de la Lituanie</em>), préfacé par le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, tendant à démontrer que la Lituanie est une création russe !</p>
<p><a id="n2"></a>(2) Moscou a alors publié deux projets de textes – un <em>Traité entre les Etats-Unis et la Fédération de Russie sur les garanties de sécurité</em> et un <em>Accord sur les mesures pour assurer la sécurité de la Fédération de Russie et des états membres de l’OTAN,</em> dans lesquels la Russie a mis en demeure les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN de satisfaire sans tarder à ses revendications, et notamment de retirer des pays devenus membres de l’Alliance après 1997 de toutes les forces armées et infrastructures militaires étrangères déployées depuis sur leurs territoires.</p>
<p><a id="n3"></a>(3) Il s’agit de la bande de terre qui, sur 85km (65km à vol d’oiseau), fait frontière entre la Lituanie et la Pologne, avec à l’extrémité Nord l’enclave de Kaliningrad et à l’extrémité Sud le Bélarus.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Vignette</strong> : Statue du roi Mindaugas, devant le Musée national de Lituanie à Vilnius (copyright : Céline Bayou).</p>
<p>* Yves Plasseraud est l’auteur de nombre d’ouvrages sur les pays baltiques.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Pour citer cet article :</strong> Yves Plasseraud (2026), « Lituanie : au cœur de l’Europe hier comme aujourd’hui », <em>Regard sur l'Est</em>, 13 juillet.</p>
<p><a href="https://doi.org/10.5281/zenodo.21475358"><img decoding="async" id="record-doi-badge" title="Get the DOI badge!" src="https://zenodo.org/badge/DOI/10.5281/zenodo.21475358.svg" alt="10.5281/zenodo.21475358" data-target="[data-modal='10.5281/zenodo.21475358']" /></a></p>
<p><a href="#h1"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-12741" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png" alt="244x78" width="244" height="78" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-768x246.png 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-1024x328.png 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1.png 1634w" sizes="auto, (max-width: 244px) 100vw, 244px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Tourisme dans les Balkans : entre essor économique et menaces environnementales</title>
		<link>https://regard-est.com/tourisme-dans-les-balkans-entre-essor-economique-et-menaces-environnementales</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Jul 2026 00:02:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les Balkans s’imposent aujourd’hui comme l’une des destinations touristiques les plus attractives d’Europe, drainant chaque année des millions de visiteurs. Si cette croissance constitue un [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/tourisme-dans-les-balkans-entre-essor-economique-et-menaces-environnementales">Read More</a></span></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="pl-19846"  class="panel-layout" ><div id="pg-19846-0"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19846-0-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19846-0-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="0" ><div
			
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	<p style="text-align: justify;"><strong><a id="h1"></a>Les Balkans s’imposent aujourd’hui comme l’une des destinations touristiques les plus attractives d’Europe, drainant chaque année des millions de visiteurs. Si cette croissance constitue un levier de développement économique pour la région, elle soulève également des inquiétudes quant à la dégradation de l’environnement, la marchandisation du patrimoine culturel et l’urbanisation excessive.</strong></p>
</div>
</div></div></div></div><div id="pg-19846-1"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19846-1-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19846-1-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="1" ><div
			
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<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19847" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-06-Walls_of_Dubrovnik-13-261x300.jpg" alt=": Croatie – Dubrovnik (Copyrigth : Wikimedia Commons / László Szalai (Beyond silence))" width="261" height="300" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-06-Walls_of_Dubrovnik-13-261x300.jpg 261w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-06-Walls_of_Dubrovnik-13-890x1024.jpg 890w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-06-Walls_of_Dubrovnik-13-768x884.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-06-Walls_of_Dubrovnik-13.jpg 960w" sizes="auto, (max-width: 261px) 100vw, 261px" />Dans la région des Balkans, une interrogation taraude la plupart des acteurs du secteur : le tourisme durable peut-il constituer une alternative ou la région est-elle condamnée à subir les effets délétères du tourisme de masse ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Balkans : une croissance touristique à double tranchant</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Après la chute du bloc socialiste, les « pays de l’Est » ont amorcé une transition vers l’économie de marché, réalisée à des rythmes très inégaux. Alors que les nations d’Europe centrale – comme la Slovénie, la Hongrie, la Pologne ou la République tchèque – se sont adaptées rapidement, notamment grâce à leur intégration dans l’Union européenne, ce qui a favorisé à la fois leur croissance économique et le développement du tourisme<sup><a href="#n1">(1</a>)</sup>, en revanche, la plupart des pays d’Europe du Sud-Est – comme la Bulgarie, le Monténégro, le Kosovo, la Croatie ou l’Albanie – ont rencontré davantage d’obstacles en raison de leur instabilité politique et de leur incertitude économique. Ces pays se sont d’abord tournés vers un tourisme de niche, domestique ou rural, ce qui a freiné l’expansion du secteur. Pourtant, ces dernières années, les Balkans se sont imposés comme une destination de premier plan<a href="#n2"><sup>(2)</sup></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette croissance rapide du tourisme ouvre des perspectives économiques, mais elle s’accompagne aussi de défis environnementaux et sociaux. Dans de nombreux cas, des cadres réglementaires trop faibles ont favorisé une urbanisation excessive, en particulier dans les zones littorales ou historiques, alimentant la spéculation immobilière et la privatisation des espaces naturels. La flambée des prix de l’immobilier dans les grands centres touristiques, la dégradation de l’environnement et la mauvaise gestion des déchets exercent une pression croissante sur les communautés locales et les écosystèmes<a href="#n3"><sup>(3)</sup></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Si plusieurs pays des Balkans cherchent aujourd’hui à concilier développement économique et protection de l’environnement, la Slovénie se distingue par son rôle de pionnier en matière de tourisme durable. Bien qu’elle soit géographiquement classée comme pays d’Europe centrale, son héritage post-yougoslave en fait un modèle pertinent pour la région. Sa transition rapide vers l’économie de marché, son adhésion à l’UE et ses politiques ambitieuses en matière de durabilité ont fait d’elle une référence en matière de tourisme responsable.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Du repli à l’explosion du tourisme : les Balkans après le socialisme</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Après l’effondrement du régime socialiste et les conflits des années 1990, les Balkans sont passés d’économies étatisées à des systèmes libéralisés, où le tourisme s’est imposé comme un levier central de la reprise économique. Des pays comme la Croatie, le Monténégro ou l’Albanie ont mis à profit leurs paysages naturels et leur patrimoine culturel pour attirer les visiteurs, tandis que les investissements étrangers ont accéléré l’essor du secteur.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais cette transition vers l’économie de marché, menée sans véritable encadrement, a accentué les inégalités socio-économiques. Les capitaux privés ont largement favorisé les projets de grande envergure au détriment des initiatives locales, communautaires ou durables. Le développement incontrôlé dans les zones littorales ou historiques s’est souvent traduit par la privatisation d’espaces essentiels, rendant leur accès de plus en plus difficile pour les habitants. La flambée des prix de l’immobilier, la destruction des habitats naturels et la gestion défaillante des déchets ont encore aggravé les obstacles à un développement durable. L’absence de régulations et d’infrastructures adaptées a renforcé la pression environnementale et sociale, rendant urgente une réforme en profondeur pour garantir la viabilité du secteur à long terme.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les dérives du tourisme de masse : un péril pour les sites emblématiques et la biodiversité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La croissance rapide du tourisme dans les Balkans a engendré de lourds déséquilibres dans des destinations comme Dubrovnik, Kotor ou le lac d’Ohrid, où les effets du surtourisme deviennent de plus en plus visibles. Ces sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO subissent une pression croissante — environnementale, sociale et économique — du fait de <a href="https://balkaninsight.com/2017/04/17/uncontrolled-tourism-threatens-balkan-unesco-sites-04-13-2017/">l’afflux massif de visiteurs</a> et d’un <a href="https://www.reuters.com/world/europe/north-macedonias-unesco-world-heritage-site-lake-ohrid-risk-pollution-2024-10-30/">encadrement réglementaire insuffisant</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Le tourisme de croisière est l’un des principaux vecteurs de cette fréquentation excessive : il sature les infrastructures locales et dégrade la qualité de vie des habitants. Parallèlement, l’implantation de commerces destinés exclusivement aux touristes entraîne la disparition des commerces de proximité, altérant l’identité des quartiers et sacrifiant le long terme au profit immédiat.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le plan environnemental, la mauvaise gestion des déchets et l’exploitation excessive des ressources naturelles mettent en péril des écosystèmes déjà fragiles. Ainsi, dans le lac d’Ohrid, la pollution générée par un tourisme non réglementé a dégradé la qualité de l’eau et menacé la biodiversité. En réaction, <a href="https://cadenaser.com/andalucia/2024/09/26/mato-frankovic-alcalde-de-dubrovnik-decidimos-tomar-decisiones-duras-ante-el-turismo-masivo-para-proteger-la-ciudad-y-a-sus-habitantes-radio-cordoba/">Dubrovnik</a> a mis en place des quotas de visiteurs pour préserver son patrimoine et protéger ses habitants.</p>
<p style="text-align: justify;">Les effets du tourisme de masse se font également sentir dans les espaces naturels. Sur les littoraux de la mer Adriatique (Croatie, Monténégro) ou de la mer Noire (Bulgarie), les projets immobiliers non encadrés ont bouleversé les habitats naturels, provoquant une perte importante de biodiversité. Dans les parcs nationaux de <a href="https://whc.unesco.org/en/soc/">Rila</a> (Bulgarie) et de <a href="https://whc.unesco.org/en/decisions/8244">Durmitor</a> (Monténégro), les extensions de stations de ski et les constructions hôtelières empiètent sur des écosystèmes sensibles, menaçant des espèces rares et suscitant l’alerte des <a href="https://wwf.panda.org/wwf_news/?193338">organisations de protection de la nature</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">La pollution reste un problème central. À Dubrovnik ou Kotor, les déchets liés à l’activité touristique dépassent souvent les capacités de traitement des villes. La pollution plastique et les eaux usées non traitées nuisent à la fois à la santé publique et aux écosystèmes. Sans régulation environnementale renforcée, la croissance incontrôlée du tourisme risque de compromettre irrémédiablement les atouts naturels et culturels les plus précieux de la région.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Slovénie : le pari gagnant du tourisme durable</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Face aux dérives du tourisme de masse, l’écotourisme apparaît comme une alternative prometteuse, capable de concilier développement économique et préservation de l’environnement. Dans ce domaine, la Slovénie s’impose comme un leader, tant à l’échelle régionale que mondiale. Ce succès repose sur une planification précoce, des politiques environnementales ambitieuses et une gouvernance intégrée du secteur touristique<a href="#n4"><sup>(4)</sup></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cœur de cette stratégie figure le programme <a href="https://www.slovenia.info/en/business/green-scheme-of-slovenian-tourism"><em>Slovenia Green</em></a>, un cadre national qui encourage les pratiques durables auprès des destinations et des professionnels du tourisme. Cette initiative joue un rôle central en veillant à ce que le développement touristique ne se fasse pas au détriment des écosystèmes naturels.</p>
<p style="text-align: justify;">La capitale, Ljubljana, a été désignée « <a href="https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip_14_719">Capitale verte de l’Europe </a>» en 2016, une reconnaissance de sa transformation en ville durable. L’élargissement des zones piétonnes, l’amélioration des transports en commun et l’adoption du premier programme « Zéro déchet » de l’UE ont permis de réduire la pollution tout en améliorant la qualité de vie des habitants et des visiteurs.</p>
<p style="text-align: justify;">À l’échelle nationale, la protection de la nature constitue une priorité affirmée. Dans le parc national du Triglav – le seul du pays – la fréquentation est limitée et les activités proposées sont peu impactantes, afin de préserver la biodiversité. Des initiatives locales telles que « Adopte un banc » à Bohinj ou « On tondra quand les abeilles auront fini » à Ljubljana mobilisent les citoyens autour de la préservation de l’environnement. La Slovénie mise également sur l’éducation et la sensibilisation : les destinations labellisées vertes associent écoles et communautés locales à des programmes de durabilité, contribuant ainsi à ancrer une véritable culture de la responsabilité écologique.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce modèle prouve que le tourisme durable n’est pas une utopie : il est à la fois réalisable et économiquement viable. L’exemple slovène montre qu’une réglementation claire, une coopération efficace et l’implication des acteurs locaux peuvent tracer la voie vers un avenir touristique plus responsable pour les autres pays des Balkans.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Du profit à la préservation : choisir un autre modèle</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Même si la prise de conscience autour des enjeux de durabilité progresse, la région des Balkans continue de faire face à d’importants défis pour concilier croissance économique tirée par le tourisme et préservation de son patrimoine naturel et culturel. L’un des principaux obstacles réside dans l’absence de cadres réglementaires solides dans de nombreux pays, ce qui rend difficile la lutte contre la sur-urbanisation et la protection des écosystèmes fragiles. Tout aussi essentielle est une plus grande implication des communautés locales dans la planification touristique : cela permettrait une répartition plus équitable des bénéfices économiques, tout en veillant au respect et à la valorisation des identités locales.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, l’alignement des stratégies nationales sur les <a href="https://transport.ec.europa.eu/tourism/transition-eu-tourism/green-transition-tourism_en">objectifs de durabilité de l’Union européenne</a> pourrait ouvrir l’accès à des financements et à des soutiens politiques importants, en faveur d’infrastructures vertes et d’un développement touristique plus responsable.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, les Balkans se trouvent à un tournant. Si le tourisme de masse a permis de stimuler l’économie, il fait peser de graves menaces sur l’équilibre environnemental et l’intégrité culturelle de la région. Dans ce contexte, le succès de la Slovénie constitue un exemple éclairant : il montre que les pays postsocialistes peuvent adopter un modèle touristique à la fois rentable et durable. Pour un avenir plus équilibré, les pays balkaniques doivent désormais faire de l’écotourisme une priorité, investir dans des infrastructures respectueuses de l’environnement et mettre en place des politiques plus strictes pour encadrer les effets du tourisme. La question reste posée : la région poursuivra-t-elle la voie déjà bien tracée du développement incontrôlé, ou choisira-t-elle un modèle touristique plus responsable et soutenable ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Notes</strong> :</p>
<p><a id="n1"></a>(1) Hall, D. R., “Tourism development and sustainability in Central and South-eastern Europe”, <em>Tourism Management</em>, 19(5), 1998, pp. 423–431.</p>
<p><a id="n2"></a>(2) El País. (2024). Qué ver en los Balcanes. <a href="https://elpais.com/elviajero/viajes/2024-10-01/que-ver-en-los-balcanes-una-ruta-por-sus-principales-joyas-historicas-y-patrimonio-de-la-humanidad.html">https://elpais.com/elviajero/viajes/2024-10-01/que-ver-en-los-balcanes-una-ruta-por-sus-principales-joyas-historicas-y-patrimonio-de-la-humanidad.html</a></p>
<p><a id="n3"></a>(3) Ibrahimova, G., <em>Tourism development challenges in Central and Eastern Europe</em>, Lambert Academic Publishing, 2012.</p>
<p><a id="n4"></a>(4) Kuščer, K., &amp; Mihalič, T., Residents’ attitudes towards overtourism: The case of Ljubljana. <em>Sustainability</em>, 11(6), 2019, p. 1823.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Vignette</strong> : Croatie – Dubrovnik (Copyrigth : Wikimedia Commons / <a href="https://commons.wikimedia.org/wiki/User:Beyond_silence">László Szalai (Beyond silence)</a>)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* Julieth Melissa Alvarez est diplômée du Master en management durable et Impact social de l’ESSCA School of Management à Paris.</p>
<p><strong>Pour citer cet article :</strong> Julieth Melissa Alvarez (2026), « Tourisme dans les Balkans : entre essor économique et menaces environnementales », <em>Regard sur l'Est</em>, 6 juillet.</p>
<p><a href="https://doi.org/10.5281/zenodo.21227826"><img decoding="async" id="record-doi-badge" title="Get the DOI badge!" src="https://zenodo.org/badge/DOI/10.5281/zenodo.21227826.svg" alt="10.5281/zenodo.21227826" data-target="[data-modal='10.5281/zenodo.21227826']" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#h1"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-12741" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png" alt="244x78" width="244" height="78" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-768x246.png 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-1024x328.png 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1.png 1634w" sizes="auto, (max-width: 244px) 100vw, 244px" /></a></p>
</div>
</div></div></div></div></div><div class="wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend pgfw-icon-display pgfw-icon-display--default" style="--pgfw-icon-justify:center;"><a href="https://regard-est.com/category/type-list/feed?action=genpdf&#038;id=19846" class="pgfw-single-pdf-download-button pgfw-single-pdf-download-button--default pgfw-single-pdf-download-button--image-only pgfw-single-pdf-download-button--icon-only" title="Générer un PDF" style="--pgfw-icon-width:26px;--pgfw-icon-height:50px;" aria-label="Générer un PDF"><span class="pgfw-single-pdf-download-button__media" aria-hidden="true"><img src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2023/10/pdf-icon.png" alt="" decoding="async"></span></a></div><p>L’article <a href="https://regard-est.com/tourisme-dans-les-balkans-entre-essor-economique-et-menaces-environnementales">Tourisme dans les Balkans : entre essor économique et menaces environnementales</a> est apparu en premier sur <a href="https://regard-est.com">REGARD SUR L&#039;EST</a>.</p>
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		<title>Albanie : Diella, une ministre de l’IA légitime ou un raccourci démocratique?</title>
		<link>https://regard-est.com/albanie-diella-une-ministre-de-lia-legitime-ou-un-raccourci-democratique</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Jun 2026 00:27:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En septembre 2025, l'Albanie a surpris la scène politique internationale en intégrant Diella, une entité générée par l'intelligence artificielle, au Cabinet du Premier ministre. Présentée comme [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/albanie-diella-une-ministre-de-lia-legitime-ou-un-raccourci-democratique">Read More</a></span></p>
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	<p style="text-align: justify;"><strong><a id="h1"></a>En septembre 2025, l'Albanie a surpris la scène politique internationale en intégrant Diella, une entité générée par l'intelligence artificielle, au Cabinet du Premier ministre. Présentée comme une ministre chargée de superviser les marchés publics, cette innovation incarne une promesse radicale de transparence absolue : un État libéré de la corruption, des conflits d'intérêts et des préjugés humains.</strong></p>
</div>
</div></div></div></div><div id="pg-19828-1"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19828-1-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19828-1-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="1" ><div
			
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<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19829" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/25-12-30-AL-diella-300x200.png" alt="Diella (copyright Site du gouvernement albanais)." width="300" height="200" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/25-12-30-AL-diella-300x200.png 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/25-12-30-AL-diella-1024x683.png 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/25-12-30-AL-diella-768x512.png 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/25-12-30-AL-diella-1536x1024.png 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/25-12-30-AL-diella-272x182.png 272w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/25-12-30-AL-diella.png 1699w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" />Contrairement à ce que suggère son titre, Diella n'a pas le statut constitutionnel de ministre mais fonctionne davantage comme une interface algorithmique conçue pour analyser les appels d'offres et orienter les décisions d'attribution. Son rôle est avant tout symbolique : elle représente un État aspirant à la modernité et à la numérisation, désireux de rompre avec les pratiques opaques du passé. Quelques semaines après son lancement, le Premier ministre Edi Rama a annoncé que Diella allait « <em>donner naissance</em> » à 83 assistants numériques pour les parlementaires, une métaphore délibérément provocante qui illustre le mélange de communication politique et de fascination technologique qui caractérise ce projet.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Entre symbole numérique et réalité politique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le choix de l'Albanie n'est pas fortuit. Depuis plusieurs années, le pays accélère la numérisation de ses services publics grâce à <a href="https://e-albania.al">la plateforme <em>e-Albania</em></a>, un effort de modernisation étroitement lié à ses ambitions d'adhésion à l'Union européenne : Diella est présenté comme un outil de lutte contre la corruption capable de supprimer la subjectivité humaine des marchés publics, un secteur traditionnellement vulnérable aux pratiques illicites. Cette stratégie suscite toutefois des controverses. L'opposition politique la dénonce comme un coup de pub, arguant que la désignation de « ministre » est à la fois inconstitutionnelle et purement cosmétique, et mettant en jeu la légitimité du projet.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Marchés publics, État de droit et responsabilité : la permanence de zones grises</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la pratique, Diella procède à l'analyse des candidatures à l'appel d'offres selon des critères prédéfinis, afin d'assurer une attribution rapide et incorruptible. Cependant, les détails techniques du mécanisme restent flous. De nombreux experts soulignent une dépendance probable aux infrastructures développées par les géants technologiques américains, hébergées sur des clouds commerciaux. Cette architecture soulève des questions cruciales relatives à la souveraineté numérique, à l'opacité algorithmique et à la dépendance technologique. À ce jour, aucune documentation technique complète n'a été rendue publique et les mécanismes de contrôle manquent. Ironiquement, la transparence promise est loin d'être démontrée.</p>
<p style="text-align: justify;">L'introduction de l'intelligence artificielle dans la prise de décision publique soulève en outre une question fondamentale : en cas d'erreur ou d'exclusion injustifiée, qui est responsable ? Si le système Diella est officiellement supervisé par des fonctionnaires, il repose néanmoins sur des mécanismes de notation automatisés. En vertu de la loi européenne sur l'IA, en vigueur depuis août 2024, les systèmes à haut risque utilisés par les autorités publiques doivent respecter des obligations strictes en matière de gestion des risques, de transparence, de contrôle humain et de traçabilité. Bien que l'Albanie ne soit pas encore membre de l'UE, elle cherche à s'aligner sur ces normes dans le cadre de son processus d'adhésion. Cependant, en l'absence d'un cadre juridique clair, la responsabilité demeure diffuse, répartie entre le fournisseur de technologie, l'administrateur humain et les dirigeants politiques.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Diella dans la matrice de gouvernance européenne : s'aligner sur les normes émergentes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L'entrée en vigueur officielle de la loi européenne sur l'IA, le 1<sup>er</sup> août 2024, a marqué une nouvelle étape dans la réglementation des systèmes algorithmiques au sein de l'administration publique. Cependant, les règles strictes de la législation ne constituent qu'une partie du tableau en constante évolution. L'application pratique est actuellement en cours d'élaboration au moyen de consultations et d'interprétations administratives, notamment concernant le déploiement de l'IA à haut risque dans le secteur public (Commission européenne, 2024).</p>
<p style="text-align: justify;">Selon le calendrier d'application progressive, les interdictions initiales et les obligations en matière d'alphabétisation sont entrées en vigueur en février 2025, suivies en août 2025 des obligations relatives à l'IA à usage général (GPAI). D'ici août 2026, l'ensemble des exigences de conformité entrera en vigueur. Pour les systèmes tels que Diella, l'interprétation dominante de la loi sur l'IA impose déjà des obligations claires. Celles-ci comprennent la publication préalable des évaluations des risques, la transparence de la documentation du système, la supervision humaine explicite et les pistes d'audit vérifiables. Dans le cadre des meilleures pratiques de l'UE, la transparence avant le déploiement (et non rétroactive) est désormais une condition de base de la légitimité. L'adoption de Diella par l'Albanie sera évaluée à l'aune de cette norme normative en constante évolution.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le coût environnemental de l'automatisation : décrypter l'empreinte numérique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le déploiement de l'IA par les gouvernements est souvent présenté sous l'angle de l'efficacité et de la modernisation, un discours qui occulte les coûts environnementaux considérables liés aux infrastructures numériques. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) prévoit que la consommation mondiale d'électricité des seuls centres de données va plus que doubler d'ici 2030, pour atteindre environ 945 térawattheures, soit l'équivalent de la consommation totale actuelle du Japon (AIE, 2025). L'IA est identifiée comme le principal moteur de cette croissance exponentielle.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces chiffres excluent souvent la consommation d'eau des systèmes de refroidissement et les coûts environnementaux en amont de la production de semi-conducteurs. De plus, la localisation des modèles d'IA n’est pas anodine. Des facteurs tels que l'intensité carbone du réseau électrique local, l'efficacité du refroidissement et l'optimisation des puces peuvent modifier considérablement les émissions tout au long du cycle de vie d'un système.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mesurer les avantages : aller au-delà des apparences en matière de performance</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Si Diella est présentée comme un outil permettant de rationaliser les marchés publics et de réduire la corruption, ses implications systémiques vont au-delà de l'efficacité administrative. Une analyse coûts-avantages nuancée révèle trois grands domaines préoccupants : le risque de dépendance, l'exposition des droits et les externalités en matière de durabilité.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, le recours à des modèles d'IA et à des infrastructures cloud propriétaires peut nuire à l'autonomie des pouvoirs publics, augmenter les coûts de transition et limiter le pouvoir de négociation.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, un système de notation algorithmique opaque peut involontairement désavantager les PME locales, en particulier si les biais intégrés dans les données d'apprentissage ne sont pas corrigés. Il est donc indispensable de garantir la transparence en matière de données d'entrée, de pondération des décisions et de contrôle humain.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, les externalités environnementales doivent être prises au sérieux. Si les outils numériques permettent de gagner en efficacité, le coût en ressources lié à la maintenance et à la mise à l'échelle de ces systèmes reste largement ignoré dans le débat public. Pour faire face à ces risques, les déploiements de l'IA doivent s'appuyer sur des indicateurs rigoureux et accessibles au public : durée moyenne des appels d'offres, taux d'appel, taux de réussite des PME et consommation d'énergie par appel d'offres. Des audits indépendants basés sur ces indicateurs fourniraient une base factuelle pour évaluer si les systèmes d'IA améliorent la gouvernance ou se contentent de transférer ses coûts vers des domaines plus difficiles à mesurer.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Garanties nécessaires pour un usage responsable de Diella</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour que Diella puisse être utilisée de manière crédible et conforme aux exigences européennes en matière de transparence, de contrôle humain et de durabilité, plusieurs garanties devraient être mises en débat en Albanie. Avant toute utilisation dans le cadre d’une décision publique, les autorités devraient expliquer clairement le fonctionnement du système. Il ne s’agit pas de rendre public l’intégralité du code informatique, mais de préciser les données utilisées, les critères d’évaluation, les limites connues de l’outil et les personnes responsables de son contrôle. Toute modification importante du système devrait également être documentée.</p>
<p style="text-align: justify;">Aucune décision ayant des conséquences juridiques ou économiques, par exemple l’attribution ou le rejet d’un marché public, ne devrait être prise par l’IA seule. Un responsable humain clairement identifié devrait valider la décision finale et en être le garant. Les entreprises concernées devraient également disposer d’un droit de contestation, assorti d’une explication compréhensible des raisons ayant conduit à la décision.</p>
<p style="text-align: justify;">Un bilan régulier devrait être réalisé pour vérifier les effets de Diella sur les droits des citoyens, l’égalité de traitement des entreprises et l’accès des PME aux marchés publics. Ce bilan devrait également inclure l’impact environnemental du système, notamment sa consommation d’énergie, son éventuel usage d’eau pour le refroidissement des serveurs et l’origine de l’électricité utilisée.</p>
<p style="text-align: justify;">Les principales données de fonctionnement devraient être conservées afin de permettre des contrôles indépendants. Il ne s’agit pas de rendre publiques des informations sensibles ou confidentielles, mais de publier des indicateurs agrégés, par exemple le nombre de décisions prises avec l’aide de Diella, les délais moyens de traitement, les recours déposés ou la part des PME retenues.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, l’État albanais devrait éviter de s’enfermer dans une dépendance durable à un seul fournisseur technologique. Les contrats devraient garantir la possibilité de changer de prestataire, de récupérer les données et de faire fonctionner Diella avec d’autres outils publics. L’hébergement des données devrait, autant que possible, privilégier des infrastructures sobres en énergie et alimentées par des sources renouvelables.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>De l'innovation à la légitimité institutionnelle</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Diella incarne une tension fondamentale dans la transformation de la gouvernance sous l'impulsion de l'IA : comment concilier l'attrait de l'innovation et les exigences fondamentales de légitimité, de transparence et de durabilité ? Le gouvernement albanais a positionné Diella comme un symbole avant-gardiste d'un approvisionnement plus propre. Que ce symbole devienne un modèle ou un avertissement ne dépendra pas de son image de marque, mais de sa fidélité opérationnelle aux normes démocratiques et à l'intégrité environnementale.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors que l'IA continue de s'imposer dans les fonctions étatiques à travers l'Europe, les premières expériences telles que Diella constituent des cas tests essentiels. Si elles sont gérées de manière responsable, avec transparence, une supervision rigoureuse et une infrastructure durable, elles pourraient tracer une voie viable pour les nations qui naviguent vers une numérisation rapide. Si elles sont mal gérées, elles risquent de devenir les symboles d'une gouvernance technologique échappant au contrôle démocratique. À ce stade critique, la légitimité ne doit pas être présumée ; elle doit être construite, vérifiée et méritée.</p>
<p><strong>Vignette :</strong> Diella (copyright <a href="https://kryeministria.al/en/ministrat/diella/">Site du gouvernement albanais</a>).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* Manon BROQUA termine actuellement un master à l'ESSCA School of Management.</p>
<p>** Lou SALAÜN termine actuellement un master à l'ESSCA School of Management.</p>
<p><strong>Pour citer cet article :</strong> Manon Broqua et Lou Salaün (2026), « Albanie : Diella, une ministre de l’IA légitime ou un raccourci démocratique? », <em>Regard sur l'Est</em>, 29 juin.</p>
<p><a href="https://doi.org/10.5281/zenodo.21227674"><img decoding="async" id="record-doi-badge" title="Get the DOI badge!" src="https://zenodo.org/badge/DOI/10.5281/zenodo.21227674.svg" alt="10.5281/zenodo.21227674" data-target="[data-modal='10.5281/zenodo.21227674']" /></a></p>
<p><a href="#h1"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-12741" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png" alt="244x78" width="244" height="78" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-768x246.png 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-1024x328.png 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1.png 1634w" sizes="auto, (max-width: 244px) 100vw, 244px" /></a></p>
</div>
</div></div></div></div></div><div class="wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend pgfw-icon-display pgfw-icon-display--default" style="--pgfw-icon-justify:center;"><a href="https://regard-est.com/category/type-list/feed?action=genpdf&#038;id=19828" class="pgfw-single-pdf-download-button pgfw-single-pdf-download-button--default pgfw-single-pdf-download-button--image-only pgfw-single-pdf-download-button--icon-only" title="Générer un PDF" style="--pgfw-icon-width:26px;--pgfw-icon-height:50px;" aria-label="Générer un PDF"><span class="pgfw-single-pdf-download-button__media" aria-hidden="true"><img src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2023/10/pdf-icon.png" alt="" decoding="async"></span></a></div><p>L’article <a href="https://regard-est.com/albanie-diella-une-ministre-de-lia-legitime-ou-un-raccourci-democratique">Albanie : Diella, une ministre de l’IA légitime ou un raccourci démocratique?</a> est apparu en premier sur <a href="https://regard-est.com">REGARD SUR L&#039;EST</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;économie circulaire à Budapest : entre ambitions locales et contraintes structurelles</title>
		<link>https://regard-est.com/leconomie-circulaire-a-budapest-entre-ambitions-locales-et-contraintes-structurelles</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Jun 2026 00:25:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://regard-est.com/?p=19805</guid>

					<description><![CDATA[<p>À Budapest, la transition vers une économie circulaire émerge progressivement. Malgré le poids de son passé socialiste industriel et d'un modèle économique principalement linéaire, une [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/leconomie-circulaire-a-budapest-entre-ambitions-locales-et-contraintes-structurelles">Read More</a></span></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="pl-19805"  class="panel-layout" ><div id="pg-19805-0"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19805-0-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19805-0-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="0" ><div
			
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	<p style="text-align: justify;"><strong><a id="h1"></a>À Budapest, la transition vers une économie circulaire émerge progressivement. Malgré le poids de son passé socialiste industriel et d'un modèle économique principalement linéaire, une variété d'initiatives locales et de projets pionniers façonne une voie alternative. Toutefois, une gouvernance fragmentée et un engagement politique limité continuent d'entraver les ambitions de la ville.</strong></p>
</div>
</div></div></div></div><div id="pg-19805-1"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19805-1-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19805-1-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="1" ><div
			
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<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19810" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-vignette-1-220x300.jpg" alt="Budapest - récupérateur de bouteilles usagées" width="220" height="300" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-vignette-1-220x300.jpg 220w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-vignette-1-750x1024.jpg 750w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-vignette-1-768x1048.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-vignette-1-1126x1536.jpg 1126w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-vignette-1-1501x2048.jpg 1501w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-vignette-1.jpg 1876w" sizes="auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px" />Dans toute l'Europe, la transition vers une économie circulaire est devenue un élément central de l'agenda écologique, soutenu par le Green Deal européen et le Plan d'action pour l'économie circulaire<a href="#n1"><sup>(1)</sup></a>. Pourtant, dans les pays post-socialistes, la transformation se heurte à des obstacles spécifiques. Budapest, la capitale hongroise, incarne ces tensions : marquée par des décennies de surproduction industrielle et par le boom consumériste de la période post-1990, la ville fonctionne encore largement selon un modèle économique linéaire, centré sur la production, la consommation et l'élimination des déchets.</p>
<p style="text-align: justify;">Néanmoins, cette image statique est aujourd’hui remise en question. Budapest assiste à l'essor de projets communautaires et d'expériences entrepreneuriales prônant la circularité des ressources, la réutilisation et la réduction des déchets. Ces initiatives, souvent invisibles pour le grand public, sont en train de remodeler discrètement la relation de la ville avec la consommation. Le défi consiste désormais à dépasser les projets isolés et à s'orienter vers un changement systémique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L'héritage d'une économie linéaire à Budapest</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les paysages industriels et urbains de Budapest portent encore l'empreinte de l'ère socialiste hongroise. Des années 1950 à la fin des années 1980, l'industrialisation planifiée par l'État a privilégié le volume de production à l'efficacité des ressources. De grands complexes industriels, souvent très polluants, ont dominé la périphérie de la ville, générant des déchets massifs sans se soucier de leur récupération ou de leur réutilisation.</p>
<p style="text-align: justify;">La transition post-socialiste, tout en libéralisant l'économie, n'a pas amélioré la situation de manière substantielle. Les années 1990 et le début des années 2000 ont vu une augmentation rapide des importations de biens de consommation, des emballages plastiques bon marché et des produits de consommation à rotation rapide, ce qui a conduit à une culture du « jetable » encore plus prononcée. Selon l'Office central des statistiques hongrois (KSH, 2023), la production de déchets municipaux en Hongrie s'élève à environ 379 kg par habitant et par an, avec un taux de recyclage de seulement 32,3 %, bien en deçà de l'objectif de 50 % fixé par l'Union européenne.</p>
<p style="text-align: justify;">L'infrastructure urbaine de Budapest peine à s'adapter. Les décharges restent la principale destination des déchets et les services de collecte sélective varient considérablement d'un quartier à l'autre<a href="#n2"><sup>(2)</sup></a>. Certains quartiers bénéficient de projets pilotes et d'installations de recyclage améliorées, tandis que d'autres ne disposent toujours pas de points de collecte accessibles, ce qui reflète des inégalités spatiales persistantes.</p>
<p style="text-align: justify;">De plus, l’absence d’un système de collecte séparée robuste pour les déchets biologiques, malgré les recommandations de l’UE, limite la capacité de Budapest à récupérer les déchets organiques et à produire du composte ou du biogaz. Ce manque est d’autant plus problématique que les déchets biologiques représentent jusqu’à 35 % des flux de déchets municipaux en Hongrie (KHS, 2023).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19811" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-Poubelles-300x219.jpg" alt="Budapest - Poubelles" width="300" height="219" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-Poubelles-300x219.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-Poubelles-1024x749.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-Poubelles-768x562.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-Poubelles-1536x1124.jpg 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-Poubelles-2048x1498.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L'essor des initiatives d'économie circulaire au niveau local</strong></p>
<p style="text-align: justify;">À rebours de cette situation, un réseau croissant d’initiatives citoyennes et d’entreprises à vocation sociale remet en question le <em>statu quo</em>. Medence Csoport, une entreprise artistique et sociale, récupère par exemple des bâches publicitaires en PVC usagées pour les transformer en sacs, portefeuilles ou meubles. L’entreprise organise régulièrement des ateliers, encourageant le réemploi créatif et valorisant le design durable. Le projet a également gagné en visibilité grâce à des collaborations avec des institutions publiques et des festivals culturels.</p>
<p style="text-align: justify;">Parallèlement, les <em>Repair Cafés</em> et <em>Fixit Clinics</em> se sont multipliés dans plusieurs quartiers, permettant aux habitants de réparer leurs appareils, vêtements ou vélos avec l’aide de bénévoles et de techniciens. Des événements comme le <em>Közösségi Piac</em> (marché communautaire) ou les foires zéro déchet organisées par la coopérative <em>Gólya</em> sont devenus des lieux de rencontre pour celles et ceux qui s’engagent en faveur du réemploi et de la consommation circulaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Des start-ups comme <em>Ruhaforgó</em> encouragent les événements d’échange de vêtements et la culture de la seconde main, tandis que GreenGo, entreprise de covoiturage basée à Budapest, contribue à réduire la possession individuelle de voitures et à promouvoir la mobilité partagée. D’autres initiatives, telles que les jardins communautaires ou les dispositifs de compostage local, voient peu à peu le jour, favorisant une approche plus locale et circulaire des systèmes alimentaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces initiatives jouent un rôle important en sensibilisant le public, en proposant des alternatives et en renforçant le lien social. Elles témoignent d’un intérêt croissant, en particulier chez les jeunes générations, pour d’autres manières de consommer et de produire. Toutefois, elles restent pour l’essentiel cantonnées à certains quartiers et demeurent insuffisantes pour transformer en profondeur le métabolisme urbain.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Des défis structurels persistants</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Malgré ces avancées prometteuses, des obstacles structurels freinent la transition de Budapest. La fragmentation de la gouvernance constitue un problème majeur. Les responsabilités en matière de gestion des déchets sont partagées entre la ville, le gouvernement métropolitain et l’Agence nationale hongroise de gestion des déchets (NHKV), ce qui entraîne des dysfonctionnements en termes de coordination<a href="#n3"><sup>(3)</sup></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">De plus, la capacité de la ville à investir dans des infrastructures circulaires – centres de recyclage, plateformes de réemploi, projets de symbiose industrielle – dépend fortement des financements de l’Union européenne. La mise en œuvre du Plan d’action pour l’économie circulaire reste lente, et les politiques nationales ne soutiennent pas pleinement les ambitions de Budapest.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, la sensibilisation et l'engagement de la population restent inégaux. Selon les enquêtes, la conscience environnementale progresse mais reste secondaire par rapport aux préoccupations économiques, notamment dans les quartiers populaires. De nombreux citoyens considèrent le recyclage et les pratiques circulaires comme trop contraignants en raison d'infrastructures limitées et d'informations peu claires sur la collecte sélective des déchets.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, la stratégie nationale hongroise de gestion des déchets, bien que formellement alignée sur les directives de l'UE, manque de mécanismes concrets d'application et de flux de financement dédiés, ce qui réduit son impact pratique.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19808 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-1-192x300.jpg" alt="Budapest - récupérateur de bouteilles usagées" width="430" height="672" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-1-192x300.jpg 192w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-22-HG-Circulaire-1-985x1536.jpg 985w" sizes="auto, (max-width: 430px) 100vw, 430px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vers une Budapest circulaire ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La transition de Budapest vers une économie circulaire n'est toutefois pas sans espoir. La <em>Stratégie climatique 2030</em> de Budapest intègre officiellement les principes de l'économie circulaire et fixe des objectifs pour améliorer la gestion des déchets, favoriser la réutilisation et promouvoir la consommation durable<a href="#n4"><sup>(4)</sup></a>. La stratégie souligne également la nécessité de renforcer la coopération entre les autorités locales, les ONG et les entreprises pour intégrer les pratiques circulaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Certains projets pilotes, tels que l'initiative « Circular District », visent à faire de certains quartiers des modèles de pratiques circulaires. En outre, la municipalité a récemment lancé des campagnes de sensibilisation et des programmes éducatifs pour promouvoir la réduction des déchets et la collecte sélective.</p>
<p style="text-align: justify;">La combinaison de l'engagement populaire, du soutien des institutions européennes et de la prise de conscience écologique pourrait permettre à Budapest de surmonter ses obstacles structurels.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n'est pas certain que ces graines de changement mènent à une transformation systémique. Cependant, Budapest a le potentiel pour devenir, parmi les villes post-socialistes, une référence en matière de transition vers l'économie circulaire, à condition que la volonté politique, les ressources financières et la participation des citoyens soient au rendez-vous.</p>
<p><strong>Notes :</strong></p>
<p><a id="n1"></a>(1) European Commission, <a href="https://environment.ec.europa.eu/strategy/circular-economy-action-plan_en"><em>Circular Economy Action Plan</em></a>, 2020.</p>
<p><a id="n2"></a>(2) European Environment Agency, <a href="https://www.eea.europa.eu/en/countries/eea-member-countries/hungary"><em>Hungary — Waste Management</em></a>, 2022.</p>
<p><a id="n3"></a>(3) OCDE, <a href="https://www.oecd.org/en/publications/hungary-2018_9789264298613-en.html"><em>Hungary Environmental Performance Review</em></a>, 2018.</p>
<p><a id="n4"></a>(4) Budapest Municipality,<em> Budapest Climate Strategy 2030, 2021. </em></p>
<p><a href="https://archiv.budapest.hu/sites/english/Documents/BP_klimastrategia_SECAP_EN_final.pdf"><em>https://archiv.budapest.hu/sites/english/Documents/BP_klimastrategia_SECAP_EN_final.pdf</em></a></p>
<p><em> </em></p>
<p>* Camille Delmas est diplômée du master de Management durable et Impact social à l’ESSCA Paris.</p>
<p><strong>Vignette et photos</strong> : Budapest (© Assen Slim).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Pour citer cet article :</strong> Camille DELMAS (2026), « L’économie circulaire à Budapest : entre ambitions locales et contraintes structurelles », <em>Regard sur l'Est</em>, 22 juin.</p>
<p><a href="https://doi.org/10.5281/zenodo.21478202"><img decoding="async" id="record-doi-badge" title="Get the DOI badge!" src="https://zenodo.org/badge/DOI/10.5281/zenodo.21478202.svg" alt="10.5281/zenodo.21478202" data-target="[data-modal='10.5281/zenodo.21478202']" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#h1"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-12741" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png" alt="244x78" width="244" height="78" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-768x246.png 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-1024x328.png 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1.png 1634w" sizes="auto, (max-width: 244px) 100vw, 244px" /></a></p>
</div>
</div></div></div></div></div><div class="wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend pgfw-icon-display pgfw-icon-display--default" style="--pgfw-icon-justify:center;"><a href="https://regard-est.com/category/type-list/feed?action=genpdf&#038;id=19805" class="pgfw-single-pdf-download-button pgfw-single-pdf-download-button--default pgfw-single-pdf-download-button--image-only pgfw-single-pdf-download-button--icon-only" title="Générer un PDF" style="--pgfw-icon-width:26px;--pgfw-icon-height:50px;" aria-label="Générer un PDF"><span class="pgfw-single-pdf-download-button__media" aria-hidden="true"><img src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2023/10/pdf-icon.png" alt="" decoding="async"></span></a></div><p>L’article <a href="https://regard-est.com/leconomie-circulaire-a-budapest-entre-ambitions-locales-et-contraintes-structurelles">L&rsquo;économie circulaire à Budapest : entre ambitions locales et contraintes structurelles</a> est apparu en premier sur <a href="https://regard-est.com">REGARD SUR L&#039;EST</a>.</p>
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		<title>Bosnie-Herzégovine : un dépeuplement rapide et alarmant</title>
		<link>https://regard-est.com/bosnie-herzegovine-un-depeuplement-rapide-et-alarmant</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 00:57:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Affectée par un exode massif de ses jeunes actifs et faisant face à une croissance naturelle négative, la Bosnie-Herzégovine se dépeuple progressivement, mais sûrement ; un [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/bosnie-herzegovine-un-depeuplement-rapide-et-alarmant">Read More</a></span></p>
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	<p style="text-align: justify;">Affectée par un exode massif de ses jeunes actifs et faisant face à une croissance naturelle négative, la Bosnie-Herzégovine se dépeuple progressivement, mais sûrement ; un phénomène inquiétant pour ce petit pays d’Europe du Sud-Est.</p>
</div>
</div></div></div></div><div id="pg-19784-1"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19784-1-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19784-1-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="1" ><div
			
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<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19785" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-15-BiH-Demographie-300x260.jpg" alt="composition de S. Altasserre" width="300" height="260" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-15-BiH-Demographie-300x260.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/06/26-06-15-BiH-Demographie.jpg 719w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" />Pays des Balkans occidentaux, la Bosnie-Herzégovine subit, comme la plupart des pays européens, une forte diminution de sa population depuis plusieurs décennies. En 2024, ce territoire comptait encore 3 164 253 habitants, mais il perd chaque année plus de 35 000 d’entre eux, selon le ministère de l’Intérieur, soit la population d’une ville de taille moyenne<sup>(1)</sup>. Cette situation est la conséquence d’une baisse constante de la natalité et d’une émigration massive, favorisée les faibles perspectives économiques pour les jeunes générations dans leur pays d’origine.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’évolution générale de la population bosnienne de 1960 aux années 2020</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale a été fondée la République fédérative socialiste de Yougoslavie, comprenant plusieurs républiques fédérées dont celle de Bosnie-Herzégovine. En 1960, 3 281 381 habitants ont été recensés sur ce territoire<sup>(</sup><sup>2)</sup>. La stabilité du régime et une économie développée sur la base d’un socialisme autogestionnaire lui ont permis de prospérer et la population de la République de Bosnie-Herzégovine s’est accrue dans ce contexte favorable jusqu’à atteindre 4 448 652 en 1990.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle a ensuite diminué avec le retour des mobilités Est-Ouest lié à la chute des régimes socialistes mais aussi avec la guerre de Bosnie (1992-1995), au cours de laquelle plus de 100 000 personnes ont trouvé la mort. Il s’en est suivi une période de reconstruction avec une reprise de la croissance économique au cours de laquelle la population bosnienne a augmenté jusqu’en 2002 pour atteindre 4 188 002 habitants. Puis elle a diminué après cette date, en raison de l’émigration massive d’une partie des actifs de 2008 à 2013, l’économie étant alors affectée par la crise financière mondiale. La population bosnienne comptait seulement 3 185 073 individus en 2023.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une émigration massive encouragée par le manque de perspectives locales</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Malgré la reconstruction du pays et la transition économique amorcée après la guerre de Bosnie-Herzégovine, la société bosnienne doit faire face à plusieurs difficultés. Elles affectent principalement les jeunes : le système éducatif n’a pas été modernisé et n’est plus adapté aux besoins du marché du travail ; le chômage a considérablement augmenté (près de 40 % pour les jeunes en âge de travailler au début des années 2020) ; les revenus du travail comme le niveau de vie demeurent modestes et ne sont pas attractifs ; certains employeurs, pour faire face aux charges, cherchent à faire travailler « gratuitement » des employés en leur imposant des heures non rémunérées, sans autre forme de compensation et en les menaçant de licenciement en cas de refus ; quant aux progrès sociaux, ils sont jugés insuffisants comparativement au reste de l’Europe<sup>(3)</sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette conjoncture défavorable a incité des centaines de milliers d’actifs, notamment les jeunes adultes, les élites intellectuelles, médicales et techniques, à quitter la Bosnie-Herzégovine pour chercher un emploi à l’étranger. Les intéressés ont vu un ou plusieurs membres de leur famille quitter leur patrie au cours des dernières années. Ainsi, plus de la moitié des Bosniens âgés entre 15 et 30 ans envisagent à leur tour de tenter leur chance hors des frontières.</p>
<p style="text-align: justify;">Le démographe Stevo Pašalić estime qu’« <em>entre 2014 et 2022, 283 734 habitants ont quitté la Bosnie-Herzégovine</em> », soit « <em>31 526 personnes en moyenne par an</em> »<sup>(4)</sup>. Depuis, une partie est retournée dans son pays d’origine. Ainsi, l’exode annuel net (l’exode annuel moyen moins les personnes rentrées en Bosnie-Herzégovine) était évalué à 18 200 personnes en 2023.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, l’actuelle Bosnie-Herzégovine, dans l’ensemble des entités la composant (Fédération de Bosnie-Herzégovine, République serbe de Bosnie, district de Brčko), souffre d’un dépeuplement lié à la réduction non seulement du nombre d’actifs, mais également de ces jeunes, les départs n’affectant pas seulement les citoyens en âge de travailler mais les familles dans leur ensemble. Ainsi, des milliers d’enfants d’origine bosnienne naissent et grandissent à l’étranger. Ce mouvement de population n’a été freiné ni par la pandémie de Covid 19, ni par la guerre d’invasion de l’Ukraine.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les pays d’émigration économique privilégiés</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le plus grand nombre des départs sont des mobilités intra-européennes. En dehors des mouvements de population vers la Croatie, liés à l’ascendance croate d’une partie des ressortissants bosniens, trois pays ont exercé une très forte attractivité pour leur marché de l’emploi et la qualité de vie qu’ils apportent aux expatriés : en 2023, l’Allemagne (333 000 personnes) était le principal pays d’émigration, suivi par l’Autriche (172 373) et par la Slovénie (132 579)<sup>(5)</sup>. Par comparaison, 15 944 personnes seulement avaient élu domicile en France à la même période. En 2018, l’offre de travail étant forte dans certains secteurs de son économie (services, construction, génie chimique, mécanique, civil et santé), l’Allemagne avait délivré à elle seule 29 % des permis de séjour accordés à des Bosniens au sein de l’Union européenne.</p>
<p style="text-align: justify;">La majorité des émigrants organisent eux-mêmes leur mobilité. Cependant, l’Agence du travail et de l’emploi de Bosnie-Herzégovine contribue également à cette exportation de main-d’œuvre vers l’Allemagne et la Slovénie (12 466 actifs en 2023) à la suite d’accords signés avec ces deux pays. Le succès des expériences migratoires dans ces trois pays peut expliquer pour partie pourquoi, en 2023, sur les 2 777 radiations des registres de résidence de Bosnie-Herzégovine, 1 627 étaient le fait de Bosniens installés en Allemagne (533), Autriche (618) et Slovénie (476).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un pays face à la conjonction d’une baisse de la natalité et d’une hausse de la mortalité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La Bosnie-Herzégovine ne fait pas exception au phénomène général de baisse des natalités en Europe. La diminution des naissances se poursuit sans discontinuer depuis les années 1960 (31 759 naissances pour mille habitants), même si on a pu percevoir un ralentissement de ce mouvement entre 2004 et 2013, pour atteindre le taux de 7 412 naissances pour mille habitants en 2024. Cette chute s’explique par le vieillissement du contingent de femmes fertiles, mais également par la diminution du nombre de mariages (15 804 en 2024, contre 16 451 en 2023) et le niveau élevé des divorces (2 238 la même année)<sup>(6)</sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">À ce taux de natalité relativement bas s’ajoute un taux de mortalité supérieur à 10 pour mille habitants, qui s’est aggravé pendant la période de la pandémie de la Covid-19. Il est également la conséquence du vieillissement de la population.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le contexte où les naissances (24 938 en 2024) sont inférieures aux décès (34 434), ce pays fait face à une croissance naturelle négative qui inquiète les dirigeants autant que ses habitants.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelques solutions pour faire face à ce dépeuplement</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La population du pays était estimée à 3 164 253 habitants en 2024. Les prévisions pour les décennies futures sont alarmantes. Selon S. Pašalić, si on ajoute l’émigration massive à cette croissance naturelle négative, « <em>dans 45 à 50 ans, la Bosnie-Herzégovine comptera environ 1,5 million d’habitants et la République serbe de Bosnie environ 500 000</em> »<sup>(7)</sup>. Cette situation invite les dirigeants et la société civile à chercher des solutions, notamment pour enrayer l’exode et inciter les jeunes gens à rester dans leur pays.</p>
<p style="text-align: justify;">Améliorer les conditions sur le marché de l’emploi fut la première des propositions : les entrepreneurs n’arrivant pas à attirer les actifs, le gouvernement de la Fédération de Bosnie-Herzégovine a décidé d’augmenter le salaire minimum à 1 000 km (soit 511€) à partir du 1<sup>er</sup> janvier 2025, une décision favorable aux actifs les moins bien rémunérés, mais que regrettent les petits patrons qui ont mis en garde contre les conséquences de cette politique (fermeture d’entreprises et licenciements massifs)<sup>(8)</sup>. Des voix s’élèvent en République serbe de Bosnie pour mettre en place une mesure favorisant aussi la hausse des salaires des actifs pour les inciter à rester vivre sur leur territoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Réformer l’éducation pour permettre au système éducatif d’être davantage en corrélation avec les besoins du marché du travail est une des options choisies. Le projet <em>The EU4Education and Employment project</em> vise à subventionner à l’aide de fonds européens ces changements nécessaires en adaptant les programmes et en renforçant notamment l’apprentissage en entreprise.</p>
<p style="text-align: justify;">Les dirigeants ont aussi opté pour une politique de migration favorisant l’arrivée d’une main-d’œuvre immigrée palliant les carences du marché. Entre janvier et novembre 2023, 3 000 permis de travail ont ainsi été accordés à des ressortissants étrangers<sup>(9)</sup>. Les offres d’emploi sont nombreuses, en particulier dans les secteurs du bâtiment et de la restauration. Les immigrés qui occupent les emplois vacants sont le plus souvent originaires du Bangladesh, d’Inde, de Turquie, des Philippines et du Népal.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p><strong>Notes</strong> :</p>
<p>(1) Ministère de la Sécurité de Bosnie-Herzégovine, <em>Migracioni profil Bosne i Herzgovine za 2023</em> (Profil de migration en Bosnie-Herzégovine pour 2023), Sarajevo, mars 2024. <em>Slobodna Bosna</em>, « <a href="https://www.slobodna-bosna.ba/vijest/406019/na_rubu_katastrofe_bosna_i_hercegovina_bi_uskoro_mogla_ostati_bez_pola_stanovnistva_gradjani_upiru_prstom_u_politichare.html">NA RUBU KATASTROFE: Bosna i Hercegovina bi uskoro mogla ostati bez pola stanovništva, građani upiru prstom u političare... </a>» (AU BORD DE LA CATASTROPHE : La Bosnie-Herzégovine pourrait bientôt perdre la moitié de sa population, les citoyens pointent du doigt les politiciens...), 29 mars 2025.</p>
<p>(2) <a href="https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&amp;codePays=BIH&amp;codeStat=EIU.DEMO.GLOBAL&amp;codeTheme=9"><em>Bosnie-Herzégovine, Perspective Monde au 1<sup>er</sup> avril 2025</em></a>, École de politique appliquée de l’Université Sherbrooke.</p>
<p>(3) « <a href="http://www.slobodna-bosna.ba/vijest/285612/dok_se_politichari_bore_za_fotelje_za_odlazak_iz_bosne_i_hercegovine_zainteresirano_chak.html">Dok se političari bore za fotelje : za odlazak iz Bosne i Hercegovine zainteresirano čak… </a>» (pendant que les politiques se battent pour des fauteuils : les personnes intéressées sont prêtes à quitter la Bosnie-Herzégovine…), <em>Slobodna Bosna</em>, 22 janvier 2023. « <a href="https://www.slobodna-bosna.ba/vijest/281857/otislo_pola_miliona_ljudi_iz_bih_trend_nastavljen_i_u_2022_radnu_snagu__moramo_uvoziti.html">OTIŠLO POLA MILIONA LJUDI IZ BIH : Trend nastavljen i u 2022. Radnu snagu moramo uvoziti </a>» (Un demi-million de personnes ont quitté la Bosnie-Herzégovine : la tendance s’est poursuivie en 2022. Nous devons importer de la main-d’œuvre), <em>Slobodna Bosna</em>, 24 décembre 2022. « <a href="https://n1info.ba/vijest/za-odlazak-iz-bih-zainteresirano-513-posto-mladih-ljudi/)">Za odlazak iz BiH zainteresirano 51,3 posto mladih ljudi </a>» (51,3 % des jeunes souhaitent quitter la Bosnie-Herzégovine), <em>N1 televizije</em>, 22 janvier 2023.</p>
<p>(4) « <a href="https://mondo.ba/Info/Drustvo/a1254358/Broj-rodjene-djece-u-BiH-1991.-godine.html">Pašalić: U BiH je 1991. godine rođeno 67 000 djece, a lani tek 26000 </a>» (67 000 enfants sont nés en Bosnie-Herzégovine en 1991, et seulement 26 000 l’année dernière), <em>Mondo</em>, 25 octobre 2023. « <a href="https://avaz.ba/vijesti/bih/536118/bih-za-pet-godina-ostala-bez-113-000-radnika?fb_comment_id=3947278055298057_3950082931684236">BiH za pet godina ostala bez 113 000 radnika </a>» (La Bosnie-Herzégovine a perdu 113 000 travailleurs en cinq ans), <em>Dnevni Avaz</em>, 20 décembre 2019.</p>
<p>(5) <em>Op. Cit, </em>note 1<em>.</em></p>
<p>(6) <em>Op. Cit</em>, note 2.</p>
<p>(7) <em>Op. Cit</em>, note 4.</p>
<p>(8) « <a href="https://crna-hronika.info/zbog-cega-uvozimo-radnu-snagu-a-imamo-dosta-nezaposlenih/706285">Zbog čega uvozimo radnu snagu, a imamo dosta nezaposlenih ? </a>» (Pourquoi importons-nous de la main d’œuvre, alors que nous avons beaucoup de chômeurs ?), <em>Crna Hronika</em>, 19 mars 2025.</p>
<p>(9) « <a href="https://www.slobodna-bosna.ba/vijest/336145/egzodus_nezapamcenih_razmjera_bosnu_i_hercegovinu_za_deset_godina_napustilo_660_000_osoba_danas_uvozimo_radnu_snagu_iz.html">EGZODUS NEZAPAMĆENIH RAZMJERA: Bosnu i Hercegovinu za deset godina napustilo 660 000 osoba, danas uvozimo radnu snagu iz... </a>» (EXODE AUX PROPORTIONS INOUBLIABLES : 660 000 personnes ont quitté la Bosnie-Herzégovine en dix ans, aujourd’hui nous importons de la main-d'œuvre...), <em>Slobodna Bosna</em>, 15 janvier 2024.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Vignette</strong> : © S. Altasserre.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* Stéphan Altasserre est docteur en Études slaves, spécialiste des Balkans.</p>
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		<title>Italie : pionnière en Asie centrale</title>
		<link>https://regard-est.com/italie-pionniere-en-asie-centrale</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Jun 2026 00:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« L’Asie centrale a toujours été un pont. Les transformations et les changements que cette partie de la planète a connus au fil des siècles en [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/italie-pionniere-en-asie-centrale">Read More</a></span></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="pl-19740"  class="panel-layout" ><div id="pg-19740-0"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19740-0-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19740-0-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="0" ><div
			
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	<p style="text-align: justify;"><strong><a id="h1"></a>« <em>L’Asie centrale a toujours été un pont. Les transformations et les changements que cette partie de la planète a connus au fil des siècles en ont fait ce qu’elle est aujourd’hui, une charnière entre deux continents, un point de contact entre l’Europe et l’Asie, un lieu de jonction entre des mondes autrefois très éloignés, mais désormais plus interconnectés que jamais</em>. » C’est ainsi que la Première ministre italienne Giorgia Meloni a décrit l’Asie centrale lors du Forum international d’Astana, en mai 2025, affichant ainsi la volonté de Rome d’ouvrir un nouveau chapitre dans la région.</strong></p>
</div>
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<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19741" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-05-IT-AC-300x200.jpeg" alt="Giorgia Meloni lors du Forum international d’Astana, 31 mai 2025 (Copyright : Blog de Giorgia Meloni)." width="300" height="200" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-05-IT-AC-300x200.jpeg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-05-IT-AC-1024x683.jpeg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-05-IT-AC-768x512.jpeg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-05-IT-AC-1536x1024.jpeg 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-05-IT-AC-2048x1366.jpeg 2048w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-05-IT-AC-272x182.jpeg 272w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" />Les journées des 28, 29 et 30 mai 2025 ont marqué un tournant majeur dans les relations entre l’Italie et l’Asie centrale. Giorgia Meloni s’est d’abord rendue en Ouzbékistan, avant de  prendre la parole au Forum d’Astana 2025 puis au premier sommet Italie-Asie centrale. Cet événement historique s’est tenu dans un contexte diplomatique régional complexe, déjà structuré par de multiples dynamiques et acteurs, dont l’Union européenne, la Russie et la  Chine.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’Asie centrale au cœur d’une Eurasie en recomposition</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Après l’invasion d’ampleur de l’Ukraine par la Russie en 2022, plusieurs pays européens ont senti la nécessité urgente de diversifier leurs partenaires commerciaux et de sécuriser leurs  chaînes d’approvisionnement. Dans ce contexte, l’Asie centrale apparaît comme une alternative stratégique, riche en ressources naturelles et située sur un corridor essentiel du transport international, entre Europe et Asie. L’espace eurasiatique se redessine donc progressivement autour de la Russie qui, malgré sa puissance traditionnelle, a favorisé par sa politique l’émergence d’un vide géopolitique et commercial susceptible d’être exploité par d’autres acteurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, la Route internationale transcaspienne de transport, ou Middle Corridor, pensée dès 2014 et l’annexion illégale de la Crimée comme une solution pour contourner la Russie, gagne aujourd’hui en importance. Ce corridor, qui relie l’Europe à l’Asie en passant par le Caucase du Sud et l’Asie centrale, a été conçu comme une alternative stratégique au Corridor Nord. Cette évolution n’est toutefois pas neutre. La Chine, point d’ancrage oriental du corridor, s’est naturellement intégrée à ces échanges au sein des Nouvelles routes de la soie. Elle s’impose en Asie centrale non seulement comme un partenaire commercial majeur, mais aussi comme investisseur et maître d’œuvre de projets d’infrastructures, notamment au Kirghizistan et en Ouzbékistan, avec le projet de chemin de fer  Chine-Kirghizistan-Ouzbékistan, évalué à 6 milliards de dollars et destiné à renforcer la connectivité régionale.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à ces recompositions, les États d’Asie centrale cherchent à se positionner sur le marché mondial comme des fournisseurs fiables d’énergie, de gaz naturel et de terres rares,  avec pour objectif de diversifier leurs alliances et de réduire leur dépendance historique à l’égard de Moscou. Les chefs d’État du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan, du Kirghizistan, du Tadjikistan et du Turkménistan renforcent ainsi le format C5+1, plateforme diplomatique protéiforme destinée à consolider le dialogue entre les cinq pays et un partenaire extérieur,  notamment les États-Unis, la Turquie ou d’autres acteurs internationaux stratégiques.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’Italie, interlocuteur européen privilégié dans la région</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En avril 2025, environ un mois avant le Forum d’Astana, l’Union européenne a franchi une étape importante dans ses relations avec l’Asie centrale en organisant à Samarcande son tout premier sommet avec les cinq États de la région. L’événement a permis de passer en revue l’ensemble des domaines de coopération actuels et futurs, qu’il s’agisse de l’économie, du commerce, de la transition énergétique, de la sécurité ou de l’innovation technologique.</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi les initiatives phares, le Corridor médian a occupé une place centrale dans les discussions. L’UE a confirmé son engagement en annonçant un investissement de 10 millions d’euros destiné à renforcer cet axe vital, consolidant ainsi son implication commerciale, diplomatique et géopolitique dans cette route d’échanges. Ces engagements s’inscrivent dans le cadre du <em>Global Gateway</em>, la stratégie européenne visant à promouvoir des connexions intelligentes, propres et sûres dans les secteurs du numérique, de l’énergie et des transports, tout en renforçant les systèmes de santé, d’éducation et de recherche à l’échelle mondiale. Dans le domaine énergétique en particulier, cette stratégie oriente naturellement l’attention européenne vers l’Asie centrale, dont les États figurent parmi les plus riches fournisseurs de ressources naturelles.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Italie a reconnu la souveraineté des pays d’Asie centrale dès 1992. La même année, le géant industriel ENI est devenu l’une des premières entreprises énergétiques étrangères à s’implanter au Kazakhstan, où il opère encore aujourd’hui sur des sites stratégiques tels que Karachaganak et Kashagan. L’Italie a investi environ 8 milliards de dollars dans le secteur énergétique kazakhstanais au cours des vingt dernières années. Aujourd’hui, grâce à une confiance mutuelle dans ce secteur stratégique, l’Italie est le troisième partenaire commercial du Kazakhstan, derrière la Russie et la Chine.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le plan diplomatique, l’Italie a également été pionnière en Europe, en organisant dès 2019 un dialogue en format 5+1 : le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Luigi Di Maio, a alors réuni à Rome ses homologues d’Asie centrale. Cette initiative a témoigné de l’intérêt de Rome pour la consolidation de partenariats non seulement avec le Kazakhstan, mais aussi avec les autres pays d’Asie centrale.</p>
<p style="text-align: justify;">La visite dans la région de Giorgia Meloni en mai 2025 a illustré la volonté italienne de transformer ces partenariats en projets concrets et durables. Si les relations avec Tachkent sont moins étroites qu’avec Astana, l’Italie et l’Ouzbékistan ont établi depuis 2023 un partenariat stratégique visant à élargir les domaines de coopération, aussi bien dans un cadre bilatéral que multilatéral. Le Turkménistan et l’Italie entretiennent, pour leur part, des liens solides dans le domaine de la sécurité. En 2021, l’Italie a fourni l’équivalent de 35 % des importations d’armes d’Achgabat, y compris des armements lourds, et le PDG de Leonardo, l’un des plus grands groupes d’armement au monde, a été reçu par le Président turkmène. Bien que les relations avec le Tadjikistan et le Kirghizistan soient moins avancées, l’Italie entretient d’excellents rapports avec ces deux États et entend les approfondir, notamment par sa participation à des projets d’infrastructure comme le barrage de Rogun, au Tadjikistan.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un tel contexte, la présence de l’Italie à Astana au printemps 2025 n’avait rien de surprenant. A cette occasion, huit accords ont été signés avec l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, pour un montant total de 7 milliards de dollars, dans les secteurs du pétrole et du gaz, des énergies renouvelables et de la gestion de l’eau, un enjeu majeur dans une région confrontée à de graves pénuries. C’est par cette approche que l’Italie s’impose comme un interlocuteur privilégié, au sein de l’Europe, pour les pays d’Asie centrale. En restant cohérente avec l’initiative <em>Global Gateway</em>, elle ouvre non seulement la voie à une action européenne coordonnée, mais se place aussi en première ligne dans plusieurs secteurs tactiques.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le pari centrasiatique de Rome</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’Italie entend donc se positionner comme un maillon essentiel entre l’Europe et l’Asie, en capitalisant sur son partenariat historique avec le Kazakhstan et sur la volonté clairement affichée par Giorgia Meloni de faire de son pays un pionnier européen dans les dynamiques stratégiques du commerce et des échanges de ressources naturelles.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette ambition se heurte néanmoins à plusieurs réalités qu’il est impossible d’ignorer. D’abord, les capacités économiques et diplomatiques de l’Italie demeurent modestes. Si Rome peut s’appuyer sur une relation solide et de confiance avec Astana, cela ne suffit pas à en faire un acteur de premier plan capable de rivaliser avec la Chine ou les États-Unis dans la région.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, l’engagement italien en Asie centrale intervient à un moment diplomatique délicat. Depuis 2022, Rome demeure un membre résolu du front européen opposé au Kremlin, et ses initiatives diplomatiques actuelles en Asie centrale reflètent cet engagement.</p>
<p style="text-align: justify;">Toutefois, certaines composantes de la classe politique italienne ont historiquement entretenu des liens étroits avec Moscou. Cette ambivalence, héritée notamment de l’ère Berlusconi et maintenue par certains segments de la droite actuelle, ne remet pas en cause l’alignement de l’Italie sur Bruxelles, mais elle ajoute une dimension de complexité à sa crédibilité dans une région qui entretient encore des liens étroits avec la Russie.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, la question des droits humains reste sensible. Plusieurs États d’Asie centrale comptent parmi les régimes les plus autoritaires de l’espace eurasiatique, exposant Rome au risque de contradictions entre ses intérêts stratégiques et les principes démocratiques qu’il affirme défendre. L’Italie évolue donc dans un paysage diplomatique exigeant, où les opportunités économiques et les impératifs politiques se croisent sans toujours converger.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors que le partenariat avec le Kazakhstan, fondé sur l’énergie et les combustibles fossiles, a été patiemment tissé et renforcé au fil du temps, l’Italie doit surmonter plusieurs défis internes et externes pour assumer le rôle moteur qu’elle souhaite jouer dans la région. Il est toutefois permis d’affirmer qu’elle a acquis une position privilégiée au sein de l’UE. En accordant l’attention nécessaire aux équilibres stratégiques, en misant sur des partenariats transversaux et en s’engageant dans un dialogue multilatéral et ouvert avec les cinq pays d’Asie centrale et avec ses autres partenaires européens, l’Italie peut jouer un rôle plus significatif dans cette recomposition. Si l’Asie centrale a longtemps été un pont entre les mondes, l’Italie espère désormais en devenir l’un des piliers essentiels.</p>
<p style="text-align: justify;">Une chose est certaine, l’Asie centrale n’a jamais occupé une place aussi <em>centrale </em>dans la politique étrangère de Rome qu’aujourd’hui.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Bibliographie :</strong></p>
<p>Filippo Costa Buranelli, “L’Italia e l’Asia centrale intensificano le loro relazioni”, <em>ISPI</em>, 29 mai 2025.</p>
<p>Francesco De Palo, “La visione dell’Italia per l’Asia Centrale. Il viaggio strategico di</p>
<p>Meloni”, <em>Formiche.net</em>, 28 mai 2025.</p>
<p>“The Astana Summit: Analyzing Italy’s growing engagement with Central Asia”, <em>FutureUAE</em>, 23 juin 2025.</p>
<p>Chiara Battaglini, “<a href="https://ilcaffegeopolitico.net/999142/la-diplomazia-del-governo-meloni-in-asia-centrale">La diplomazia del governo Meloni in Asia centrale</a>”, <em>Il Caffè Geopolitico</em>, 20 juin 2025.</p>
<p>Francesco Iovine, “L’Italia in Asia Centrale”, <em>Opinio Juris</em>, 3 juillet 2025.</p>
<p>Davide Cancarini, “Italy raises the bar in Central Asia — What to expect from Giorgia Meloni’s visit”, <em>The Times of Central Asia</em>, 20 mai 2025</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Vignette</strong> : Giorgia Meloni lors du Forum international d’Astana, 31 mai 2025 (Copyright : Blog de Giorgia Meloni).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* Valentina Trevisan est étudiante italienne en master à l’INALCO. Spécialisée sur l’Asie orientale, elle consacre ses travaux aux affaires internationales, à la géopolitique et aux droits humains.</p>
<p><strong>Pour citer cet article :</strong> Valentina TREVISAN (2026), « Italie : pionnière en Asie centrale », <em>Regard sur l'Est</em>, 8 juin.</p>
<p><a href="https://doi.org/10.5281/zenodo.21478478"><img decoding="async" id="record-doi-badge" title="Get the DOI badge!" src="https://zenodo.org/badge/DOI/10.5281/zenodo.21478478.svg" alt="10.5281/zenodo.21478478" data-target="[data-modal='10.5281/zenodo.21478478']" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#h1"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-12741" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png" alt="244x78" width="244" height="78" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-768x246.png 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-1024x328.png 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1.png 1634w" sizes="auto, (max-width: 244px) 100vw, 244px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
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</div></div></div></div></div><div class="wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend pgfw-icon-display pgfw-icon-display--default" style="--pgfw-icon-justify:center;"><a href="https://regard-est.com/category/type-list/feed?action=genpdf&#038;id=19740" class="pgfw-single-pdf-download-button pgfw-single-pdf-download-button--default pgfw-single-pdf-download-button--image-only pgfw-single-pdf-download-button--icon-only" title="Générer un PDF" style="--pgfw-icon-width:26px;--pgfw-icon-height:50px;" aria-label="Générer un PDF"><span class="pgfw-single-pdf-download-button__media" aria-hidden="true"><img src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2023/10/pdf-icon.png" alt="" decoding="async"></span></a></div><p>L’article <a href="https://regard-est.com/italie-pionniere-en-asie-centrale">Italie : pionnière en Asie centrale</a> est apparu en premier sur <a href="https://regard-est.com">REGARD SUR L&#039;EST</a>.</p>
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