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	<title>Culture Archives - REGARD SUR L&#039;EST</title>
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		<title>Pologne : Grzegorz Motyka dans les rouages des politiques de mémoire</title>
		<link>https://regard-est.com/pologne-grzegorz-motyka-dans-les-rouages-des-politiques-de-memoire</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Sep 2026 00:12:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 2019, les présidents polonais Andrzej Duda et ukrainien Volodymyr Zelensky trouvent un terrain d'entente : Kyïv lèvera l'interdiction d'exhumer les victimes polonaises des massacres [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/pologne-grzegorz-motyka-dans-les-rouages-des-politiques-de-memoire">Read More</a></span></p>
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	<p style="text-align: justify;"><strong><a id="h1"></a>En 2019, les présidents polonais Andrzej Duda et ukrainien Volodymyr Zelensky trouvent un terrain d'entente : Kyïv lèvera l'interdiction d'exhumer les victimes polonaises des massacres de 1943-1945, Varsovie relèvera un monument dans un village des Basses-Carpates. Mais la lettre d'un responsable associatif et une note administrative vont suffire à enterrer le compromis pour cinq ans. Dans un livre-entretien, l'historien Grzegorz Motyka en raconte la mécanique de l'intérieur.</strong></p>
</div>
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<p style="text-align: justify;"><strong>Une plaque à Monasterz</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En 2017, après une vague de dégradations de monuments des deux côtés, Kyïv suspend les exhumations et subordonne leur reprise à la reconstruction de tous les mémoriaux détruits. Or, selon G. Motyka, tous sauf un avaient été érigés illégalement et portaient des inscriptions glorifiant l'UPA. Le seul en règle se trouve à Monasterz : un monument élevé en 1999 avec l'accord d'Andrzej Przewoźnik, alors secrétaire du Conseil de protection des lieux de mémoire, sur la tombe de soixante-deux partisans de l'UPA tués en mars 1945 par les gardes-frontières du NKVD.</p>
<p style="text-align: justify;">Un compromis est scellé fin août 2019 : Kyïv lèvera l'interdiction si Varsovie relève ce monument. Mais, trois semaines plus tard, le président d'une association de victimes écrit à l'IPN que les noms de la plaque seraient inexacts. En janvier 2020, un responsable de l'antenne de Rzeszów conclut dans une note qu'on ne pourra identifier les morts qu'après exhumation et que des criminels pourraient s'y trouver. Il faudrait donc exhumer soixante-deux squelettes, puis retrouver les familles des déplacés de 1945-1947 pour les tests ADN.</p>
<p style="text-align: justify;">L'auteur de la lettre, souligne G. Motyka, avait servi en 1944-1945 dans les bataillons de destruction, milice soviétique auxiliaire du NKVD. La tombe sera relevée, mais sans les noms et avec une inscription nouvelle. Kyïv maintient l'interdiction et produit sa copie de l'accord signé par A. Przewoźnik, dont Varsovie avait perdu l'exemplaire. G. Motyka convoque Louis-Vincent Thomas, pour qui le mort sans corps devient deux fois absent, ni chez les vivants ni chez les morts<a href="#n2"><sup>(2)</sup></a>. Tant que les tombes manqueront, les familles produiront des Antigones, estime-t-il. Quarante-deux dépouilles ont été inhumées à Puźniki le 6 septembre 2025.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les îles Lipari</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sous la querelle des plaques se dispute l'origine : les massacres ont-ils été programmés, ou ont-ils débordé ? En octobre 1934, à Marseille, des oustachis et des révolutionnaires macédoniens abattent le roi Alexandre I<sup>er</sup> de Yougoslavie. Mussolini, soupçonné de les soutenir, les interne aux îles Lipari avec la dizaine d'Ukrainiens qui les avaient entraînés avant l'attentat. Parmi eux, Mykhaïlo Kolodzinski, ancien responsable de la section militaire de l'OUN en Pologne, y rédige sa <em>Doctrine militaire ukrainienne</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Mykhaïlo Kolodzinski y programme une insurrection « depuis le premier village » : nettoyer des localités isolées, en faire des républiques insurgées, gagner des régions entières. Les tueries de Polonais et de Juifs devaient passer pour des jacqueries spontanées. Il voulait que « <em>la dixième génération encore ait peur de regarder vers l'Ukraine</em> ». Le calcul a fonctionné : le renseignement polonais tenait ces informations pour des fantaisies.</p>
<p style="text-align: justify;">Dmytro Kliatchkivski, dit « Klym Savour », qui commande l'OUN et l'UPA en Volhynie, applique ce programme à partir de 1943. En novembre, Roman Choukhevytch, devenu en mai chef de l'OUN, inspecte la région et y trouve des zones entières tenues par les Ukrainiens, avec écoles et administration. Il étend la méthode à la Galicie orientale avec deux correctifs : avertir la population par des tracts, ne tuer que les hommes. Un ordre du commandement précise qu'il « <em>répète encore une fois</em> » que les tracts doivent précéder l'attaque et non la suivre, preuve, pour lui, que l'ordre restait lettre morte.</p>
<p style="text-align: justify;">La filiation entre Kolodzinski et Kliatchkivski reste hypothétique : Oleksandr Zaïtsev, historien ukrainien du nationalisme intégral qui a mis G. Motyka sur cette piste, n'y voit qu'une hypothèse parmi d'autres. Aucun massacre spontané d'un village polonais par des paysans n'est cependant documenté ; quand un village entier était tué, les organisateurs venaient de l'OUN et de l'UPA. Les paysans mobilisés de force recevaient des torches et des allumettes : d'une valeur militaire faible, ils donnaient l'apparence d'une révolte populaire. Sur cinq millions d'Ukrainiens dans les deux régions, G. Motyka estime à quarante ou cinquante mille les participants aux massacres<a href="#n3"><sup>(3)</sup></a> et refuse d'en accuser la paysannerie en bloc<a href="#n4"><sup>(4)</sup></a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le thermomètre cassé</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les deux historiographies ne comptent pas de la même manière. Depuis 2003, la politique mémorielle ukrainienne repose, selon G. Motyka, sur une équivalence entre l'UPA et l'Armée de l'intérieur (AK), bras armé de l'État clandestin polonais. L'historien ukrainien Volodymyr Viatrovytch parle d'une « <em>guerre polono-ukrainienne</em> », tandis que Bohdan Houd, dont les travaux inspirent les autorités ukrainiennes, reporte la responsabilité morale sur les propriétaires terriens polonais qui auraient fabriqué des paysans barbares. G. Motyka souligne que ce récit reprend le schéma russe sur l'Holodomor, la famine organisée de 1932-1933, une grande tragédie commune dont la mémoire devrait unir et où personne n'est désigné.</p>
<p style="text-align: justify;">L'historien polonais ne ménage pas pour autant les siens. Pour la chercheure Ewa Siemaszko, l'OUN et l'UPA contraignaient les conjoints ukrainiens des couples mixtes à tuer leur femme ou leur mari polonais, et le crime l'emportait presque toujours. G. Motyka lit ses données à rebours : dans un tiers des cas l'un tuait l'autre, souvent sous la contrainte ; dans le deuxième, les époux mouraient ensemble ; dans le dernier, ils fuyaient ensemble. En mars 1944, l'AK de la région de Lublin frappe préventivement des villages ukrainiens et tue plus d'un millier de personnes ; son commandement juge l'opération controversée et annonce une enquête, alors que le droit de l'État clandestin n'autorisait les exécutions qu'au cas par cas, après jugement.</p>
<p style="text-align: justify;">Fin 2025, il polémique avec son pair Igor Hałagida, à qui il reproche de n'avoir mobilisé que quinze publications polonaises et d'imputer à la police polonaise des pacifications où elle n'était qu'un élément d'un dispositif plus large. Sa formule (« <em>casser le thermomètre ne fait pas tomber la fièvre</em> ») lui vaut d'être accusé d'invective.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un hareng pour six</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le comptage a aussi un versant judiciaire. Le 28 mars 1947, l'UPA tue le général Karol Świerczewski. Le lendemain, le bureau politique du Parti ouvrier polonais décide, « <em>dans le cadre d'une action répressive</em> », de déporter les Ukrainiens encore présents en Pologne. Ils seront 140 000, Ukrainiens, Lemkos et Boïkos (populations ruthènes des Carpates), dispersés vers les territoires repris à l'Allemagne, à plus de cent kilomètres de la frontière, sans droit de déménager. Le critère initial, la moindre ascendance ukrainienne ou l'appartenance gréco-catholique ou orthodoxe, est abandonné en quinze jours : presque chaque famille comptant un mariage mixte, l'appliquer aurait vidé la région. Deux tiers des déportés sont des femmes et des enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">En avril, les autorités baptisent la déportation « Wisła », du nom de la Vistule. G. Motyka y voit un emprunt à la crue de mars 1947, dont les images, aux actualités filmées, voisinaient avec celles des obsèques de Świerczewski ; le nom d'un fleuve que l'armée venait de secourir masquait le caractère répressif de l'opération.</p>
<p style="text-align: justify;">En novembre 2023, le parquet de l'IPN classe l'enquête en présentant l'opération comme une évacuation préventive, protectrice et humaine. G. Motyka oppose les rations distribuées à la gare d'embarquement de Łukawica (250 grammes de pain par personne et par jour, un hareng pour six), et plus de soixante morts dans les convois. Le tribunal régional de Varsovie a annulé le classement le 17 juillet 2024 et renvoyé le dossier à l'antenne de Rzeszów ; aucune décision n'a été rendue publique depuis.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les papiers du FSB</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un troisième acteur suit tous ces dossiers, sans y figurer. En septembre 2022, le FSB a rendu publics des documents sur les crimes de l'UPA, dont un rapport de février 1943 du NKGB de Pavel Soudoplatov sur l'anéantissement du village de Parośla, dont l'historiographie ukrainienne conteste l'attribution à l'UPA. G. Motyka écarte l'idée que Moscou ait voulu donner raison à Varsovie : l'objectif était d'attiser la dispute, et les Russes se sont découverts en montrant qu'ils maîtrisent le dossier dans le détail. Membre de la commission polonaise sur les influences russes, il se dit convaincu qu'à Moscou quelqu'un a été décoré pour avoir brouillé Varsovie et Kyïv au sujet des exhumations. L'hypothèse reste aussi logique qu'invérifiable.</p>
<p style="text-align: justify;">On regrettera que les contraintes pesant sur les historiens ukrainiens, pressions politiques et enjeu existentiel de l'unité nationale en temps de guerre, pourtant bien décrites, disparaissent souvent lorsque G. Motyka formule ses jugements les plus sévères à l'égard de Kyïv. Le livre suppose en outre acquise une chronologie des événements que le lecteur français devra chercher ailleurs. Mais il y trouvera un praticien d'envergure qui explique par quelles mains un dossier historique s'enlise.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p><strong>Notes :</strong></p>
<p><a id="n1"></a>(1) Grzegorz Motyka, Andrzej Brzeziecki, <em>Gry pamięcią. O polityce historycznej, Polsce, Ukrainie i Rosji</em> (Jeux avec la mémoire. De la politique historique, de la Pologne, de l'Ukraine et de la Russie), Cracovie, Wydawnictwo Literackie, 2026, 328 p. Les traductions du polonais sont de l'auteur.</p>
<p><a id="n2"></a>(2) Source non précisée par G. Motyka ; voir L.-V. Thomas, <em>Anthropologie de la mort</em>, Payot, 1975.</p>
<p><a id="n3"></a>(3) Il retient 80 000 à 100 000 victimes polonaises et 10 000 à 20 000 victimes ukrainiennes, 1943-1945.</p>
<p><a id="n4"></a>(4) G. Motyka s'écarte ici d'Antoine Prisset-Hugues, <a href="https://regard-est.com/ukraine-pologne-une-guerre-des-memoires-en-voie-de-resolution">« Ukraine-Pologne : une guerre des mémoires en voie de résolution ? »</a>, <em>Regard sur l'Est</em>, 23 mars 2026.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* Charles Garatynski est écrivain et critique littéraire, lauréat 2025 du prix de l'écrivain de la diaspora polonaise.</p>
<p><strong>Pour citer cet article :</strong> Charles Garatynski (2026), « Pologne : Grzegorz Motyka dans les rouages des politiques de mémoire », <em>Regard sur l'Est</em>, 21 septembre.</p>
<p><a href="#h1"><img decoding="async" class="alignnone  wp-image-12741" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png" alt="244x78" width="244" height="78" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-768x246.png 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-1024x328.png 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1.png 1634w" sizes="(max-width: 244px) 100vw, 244px" /></a></p>
</div>
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			</item>
		<item>
		<title>République tchèque : gratuité des musées le premier dimanche du mois pour élargir l’accès à la culture</title>
		<link>https://regard-est.com/republique-tcheque-gratuite-des-musees-le-premier-dimanche-du-mois-pour-elargir-lacces-a-la-culture</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Sep 2026 00:43:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Brève]]></category>
		<category><![CDATA[Type indépendant]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis le début du mois, les musées et galeries en République tchèque ouvrent gratuitement leurs portes au public chaque premier dimanche du mois. Cette initiative, [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/republique-tcheque-gratuite-des-musees-le-premier-dimanche-du-mois-pour-elargir-lacces-a-la-culture">Read More</a></span></p>
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	<p style="text-align: justify;">Depuis le début du mois, les musées et galeries en République tchèque ouvrent gratuitement leurs portes au public chaque premier dimanche du mois. Cette initiative, portée par le ministère de la Culture, concerne d’abord les institutions publiques, mais les établissements privés sont eux aussi encouragés à rejoindre ce dispositif.</p>
<p style="text-align: justify;">Lancée à titre expérimental en avril dernier, la mesure a rencontré un vif succès, entraînant une hausse de la fréquentation dans les institutions participantes. Parmi elles figuraient plusieurs sites de la Galerie nationale de Prague, de la Galerie morave de Brno et le Musée d’art d’Olomouc. Etendue désormais à l’ensemble du pays, la gratuité est garantie jusqu’à la fin de l’année 2026. Le ministère de la Culture souhaite la pérenniser, à condition que les institutions concernées puissent garantir un accueil de qualité, malgré l’afflux de visiteurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Le ministère de la Culture s’appuie sur l’expérience de plusieurs pays européens où ce système est déjà bien établi. En France et en Italie, il fonctionne depuis de nombreuses années, tandis que l’Allemagne, l’Espagne ou la Pologne proposent des entrées gratuites à des moments précis de la semaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Selon le ministre de la Culture Oto Klempíř, ce projet vise à encourager les gens à fréquenter davantage les institutions culturelles, en particulier les familles avec enfants, et à accueillir un nouveau public. La mesure s’inscrit dans la politique culturelle du gouvernement d’Andrej Babiš, au pouvoir depuis décembre 2025, qui souhaite démocratiser l’accès à la culture. Le gouvernement souhaite également améliorer l’offre des institutions culturelles, qu’il s’agisse de leur accessibilité ou de leurs programmes éducatifs.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Sources</strong> : <em>vlada.gov.cz, ct24.ceskatelevize.cz, m.echo24.cz.</em></p>
<p style="text-align: justify;">
</div>
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		<item>
		<title>Bulgarie : l’écrivain Guéorgui Gospodinov couronné par le prix Parco Majella 2026</title>
		<link>https://regard-est.com/bulgarie-lecrivain-gueorgui-gospodinov-couronne-par-le-prix-parco-majella-2026</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Jul 2026 00:24:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Brève]]></category>
		<category><![CDATA[Type indépendant]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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	<p style="text-align: justify;">Le romancier bulgare Guéorgui Gospodinov a remporté, le 18 juillet 2026, le prix national italien de littérature naturaliste Parco Majella dans la catégorie « Prose » pour <em>Il giardiniere e la morte</em> (<em>Le Jardinier et la mort</em>). Paru chez Voland dans une traduction de Giuseppe Dell’Agata, le livre s’est imposé au terme de la 29<sup>ème</sup> édition du prix, organisée à Abbateggio, village médiéval des Abruzzes situé aux portes du parc national de la Maiella.</p>
<p style="text-align: justify;">Créée il y a près de trente ans, cette distinction récompense des œuvres qui interrogent les liens entre l’être humain, la nature et les transformations contemporaines. Sa singularité tient aussi à la place accordée aux lecteurs : après une rencontre publique avec les finalistes, ceux-ci désignent les lauréats par un vote dont les bulletins sont conservés dans des urnes scellées jusqu’au dépouillement. Plus de 120 ouvrages concouraient cette année, quinze ayant atteint la sélection finale dans les catégories Prose, Essai et Poésie.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce récit très personnel, G. Gospodinov revient sur la maladie et la mort de son père, jardinier discret dont le potager devient à la fois lieu de mémoire, langage de l’affection et rempart fragile contre la disparition. Le prix paraît ainsi particulièrement accordé à un texte où les gestes du jardinage, le rythme des saisons et la transmission familiale donnent forme au deuil. L’ouvrage a été publié en France en août 2025 chez Gallimard, dans une traduction de Marie Vrinat-Nikolov.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette nouvelle récompense confirme la forte reconnaissance internationale de l’écrivain bulgare, déjà lauréat du prix Strega européen en 2021 et de l’International Booker Prize en 2023 pour <em>Le Pays du passé</em>, traduit en anglais par Angela Rodel.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Sources</strong> : <em>Offnews.bg, </em><em>BTA - Bulgarian News Agency, Farodiroma</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">
</div>
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		<title>Effacer l’URSS ? La bataille de la mémoire urbaine en Asie centrale</title>
		<link>https://regard-est.com/effacer-lurss-la-bataille-de-la-memoire-urbaine-en-asie-centrale</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jul 2026 00:17:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À Tachkent, Douchanbé, Astana ou Bichkek, les bâtiments soviétiques disparaissent, survivent ou changent de sens au gré des projets immobiliers et des récits nationaux. Derrière [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/effacer-lurss-la-bataille-de-la-memoire-urbaine-en-asie-centrale">Read More</a></span></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="pl-19898"  class="panel-layout" ><div id="pg-19898-0"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19898-0-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19898-0-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="0" ><div
			
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	<p style="text-align: justify;"><strong><a id="h1"></a>À Tachkent, Douchanbé, Astana ou Bichkek, les bâtiments soviétiques disparaissent, survivent ou changent de sens au gré des projets immobiliers et des récits nationaux. Derrière les démolitions se joue pourtant autre chose qu’un simple règlement de comptes avec le passé : une compétition entre plusieurs idées de la modernité, du patrimoine et de la ville habitable.</strong></p>
</div>
</div></div></div></div><div id="pg-19898-1"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19898-1-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19898-1-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="1" ><div
			
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<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19899" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chorsu_Market_Tachkent_Mathieu_Lemoine-225x300.jpg" alt="Bazar Chorsu, Tachent (© Mathieu Lemoine)" width="225" height="300" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chorsu_Market_Tachkent_Mathieu_Lemoine-225x300.jpg 225w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chorsu_Market_Tachkent_Mathieu_Lemoine-768x1024.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chorsu_Market_Tachkent_Mathieu_Lemoine-1152x1536.jpg 1152w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chorsu_Market_Tachkent_Mathieu_Lemoine.jpg 1500w" sizes="auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px" />Pendant des années, l’ancien hôtel Chorsu a dominé le vieux Tachkent comme une carcasse impossible à ignorer. Sa tour de béton, autrefois appelée hôtel Moskva, faisait face au grand dôme turquoise du bazar et aux quartiers anciens qui l’entourent. Abandonné, vendu, promis à plusieurs reconversions, il semblait suspendu entre deux époques. Sa démolition, achevée au printemps 2025, a finalement libéré l’un des sites les plus convoités de la capitale pour un nouvel ensemble associant hôtel, logements et activités commerciales.</p>
<p style="text-align: justify;">Le contraste est saisissant. Le bazar Chorsu, produit de la modernité soviétique tardive, figure aujourd’hui parmi les bâtiments modernistes proposés par l’Ouzbékistan à l’Unesco. L’hôtel voisin, lui, a disparu. Ce face-à-face résume les choix opérés dans les villes d’Asie centrale : les traces soviétiques ne sont ni rejetées ni protégées en bloc. Elles sont triées.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Tachkent, une ville plusieurs fois recommencée</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Tachkent n’a jamais été une ville figée. Le séisme de 1966 a servi de point de départ à une reconstruction massive, conduite par des architectes venus de toute l’Union soviétique. L’objectif était à la fois fonctionnel et politique : édifier une capitale moderne, vaste et verdoyante, capable d’incarner la réussite du socialisme en Asie.</p>
<p style="text-align: justify;">De cette période sont issus les larges avenues, le métro et une architecture associant techniques modernistes et références locales. Moucharabiehs de béton, céramiques et mosaïques formaient un langage hybride, soviétique dans ses ambitions mais soucieux d’afficher une identité ouzbèke.</p>
<p style="text-align: justify;">Après l’indépendance, cette ville a de nouveau changé de récit. Les statues ont été déplacées, les rues rebaptisées et la place centrale réorganisée autour d’Amir Temur, devenu l’une des principales figures de la souveraineté nationale. Mais la transformation la plus profonde ne passe plus seulement par les symboles. Elle prend la forme de grands projets immobiliers, d’élargissements routiers, de démolitions et de quartiers vitrines comme Tashkent City.</p>
<p style="text-align: justify;">La destruction en 2018 de l’ancienne Maison du cinéma, démolie dans le cadre de la réalisation de Tashkent City, a marqué un tournant. L’émotion suscitée a rappelé qu’un bâtiment compte aussi par les usages et les souvenirs qui lui sont attachés. On n’y défendait pas nécessairement l’URSS, mais un lieu de rencontres et de mémoire collective.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette tension traverse aussi les mahallas. Ces quartiers de maisons basses, de cours, de ruelles et d’arbres sont souvent présentés comme le cœur de la culture urbaine ouzbèke. Soumis à la pression foncière, ils cèdent parfois la place à des immeubles plus denses. Ceux-ci peuvent répondre à la croissance démographique, mais aussi faire disparaître des sociabilités et des équilibres environnementaux difficiles à recréer.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Construire la souveraineté dans la pierre</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ailleurs dans la région, la recomposition urbaine emprunte des voies différentes. Astana représente le cas le plus spectaculaire. Le Kazakhstan n’a pas seulement rebaptisé ou réaménagé une capitale héritée de l’époque soviétique : il a transféré sa capitale d’Almaty à Akmola en 1997, avant d’en faire une vitrine architecturale de l’État indépendant.</p>
<p style="text-align: justify;">Tours, ministères, monument Baïterek, Palais de la paix et Khan Chatyr composent un paysage destiné à projeter puissance, modernité et ouverture. Astana ne cherche pas tant à effacer le passé soviétique qu’à le rendre secondaire face à une nouvelle centralité politique édifiée dans la steppe.</p>
<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19901 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Astana_Khan_Shatyr_Mathieu_Lemoine-300x211.jpg" alt="Khan Chatyr, Astana (© Mathieu Lemoine)" width="756" height="532" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Astana_Khan_Shatyr_Mathieu_Lemoine-300x211.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Astana_Khan_Shatyr_Mathieu_Lemoine-1024x721.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Astana_Khan_Shatyr_Mathieu_Lemoine-768x541.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Astana_Khan_Shatyr_Mathieu_Lemoine-1536x1082.jpg 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Astana_Khan_Shatyr_Mathieu_Lemoine.jpg 1948w" sizes="auto, (max-width: 756px) 100vw, 756px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Khan Chatyr, Astana (© Mathieu Lemoine)</em></p>
<p style="text-align: justify;">À Douchanbé, le changement est plus brutal parce qu’il intervient au cœur d’une ville existante. Depuis plusieurs années, cinémas, théâtres, bâtiments administratifs et immeubles soviétiques ont cédé la place à de larges avenues et à des édifices monumentaux. La disparition en mars 2025 de la tchaïkhana Rohat en est devenue le symbole. Construite en 1958, elle mariait modernisme soviétique, plafonds peints, colonnades et arts décoratifs tadjiks. Une mobilisation avait un temps semblé la sauver. Elle n’a fait que retarder sa destruction.</p>
<p style="text-align: justify;">Le cas de Rohat montre les limites d’une lecture fondée uniquement sur la « décommunisation ». La tchaïkhana appartenait à la mémoire quotidienne de Douchanbé et incarnait le métissage entre formes soviétiques et traditions locales. Sa disparition révèle moins un rejet doctrinal du passé qu’une nouvelle hiérarchie entre patrimoine, prestige institutionnel et valeur foncière.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19902 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chaikhana_Rohat_Douchanbe_Mathieu_Lemoine-300x182.jpg" alt="Tchaïkhana Rohat, Douchanbé (© Mathieu Lemoine)" width="757" height="459" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chaikhana_Rohat_Douchanbe_Mathieu_Lemoine-300x182.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chaikhana_Rohat_Douchanbe_Mathieu_Lemoine-1024x621.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chaikhana_Rohat_Douchanbe_Mathieu_Lemoine-768x466.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chaikhana_Rohat_Douchanbe_Mathieu_Lemoine-1536x932.jpg 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Chaikhana_Rohat_Douchanbe_Mathieu_Lemoine.jpg 1602w" sizes="auto, (max-width: 757px) 100vw, 757px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Tchaïkhana Rohat, Douchanbé (© Mathieu Lemoine)</em></p>
<p style="text-align: justify;">À Boukhara, la protection des monuments les plus célèbres peut masquer la fragilité des quartiers habités qui les entourent. Entre restauration, reconstruction et transformation touristique, la frontière est parfois mince. Sauver les coupoles et les médersas ne suffit pas si la ville perd ses habitants, ses cours et ses usages ordinaires.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Du vestige encombrant au patrimoine</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis quelques années, le regard porté sur le modernisme centrasiatique évolue. À Tachkent, chercheurs, photographes, architectes et institutions documentent les bâtiments, les mosaïques et les arts décoratifs de la seconde moitié du XXe siècle. Un ensemble d’édifices modernistes a été inscrit sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco. Cette reconnaissance marque un changement important : l’héritage soviétique peut désormais être présenté comme un patrimoine national, précisément parce qu’il a été adapté, décoré et réinterprété localement.</p>
<p style="text-align: justify;">Les mosaïques en offrent l’exemple le plus accessible. Longtemps vues comme de simples éléments de façade, elles apparaissent désormais comme des œuvres publiques racontant le travail, la science ou les traditions régionales. Les conserver ne revient pas à adhérer au projet politique qui les a produites, mais à reconnaître que l’histoire urbaine ne commence pas avec l’indépendance.</p>
<p style="text-align: justify;">Bichkek conserve une présence soviétique particulièrement visible : places ouvertes, boulevards arborés, microquartiers, reliefs et mosaïques. La densification et le manque d’entretien fragilisent cet ensemble. Mais la capitale kirghize rappelle qu’une ville peut transformer la signification de ses bâtiments sans nécessairement les remplacer.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19903 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Bishkek_Circus_Mathieu_Lemoine-300x206.jpg" alt="Le cirque de Bichkek (© Mathieu Lemoine)" width="757" height="520" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Bishkek_Circus_Mathieu_Lemoine-300x206.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Bishkek_Circus_Mathieu_Lemoine-1024x703.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Bishkek_Circus_Mathieu_Lemoine-768x527.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Bishkek_Circus_Mathieu_Lemoine-1536x1055.jpg 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Bishkek_Circus_Mathieu_Lemoine.jpg 1809w" sizes="auto, (max-width: 757px) 100vw, 757px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Le cirque de Bichkek (© Mathieu Lemoine)</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une bataille aussi écologique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La question patrimoniale rejoint désormais celle du climat. Les villes d’Asie centrale connaissent une urbanisation rapide, des chaleurs plus intenses, une forte pollution atmosphérique et une pression croissante sur l’eau et l’énergie. Dans ce contexte, détruire un quartier bas, mature et arboré pour construire un ensemble plus minéral n’est jamais une décision uniquement esthétique.</p>
<p style="text-align: justify;">Tachkent doit une partie de son identité à ses canaux, à ses cours et à ses arbres. Les grands ensembles soviétiques eux-mêmes étaient souvent conçus avec des espaces libres, de l’ombre et une circulation de l’air. Tous ne constituent pas des modèles à préserver intégralement : certains sont énergivores, dégradés ou mal adaptés aux besoins actuels. Mais leur remplacement devrait intégrer leur performance climatique réelle, et non seulement leur rentabilité ou leur apparence.</p>
<p style="text-align: justify;">Les recherches menées à Tachkent montrent notamment que les grands arbres et l’étendue de leur canopée jouent un rôle bien plus important dans le rafraîchissement des espaces publics que les pelouses décoratives ou les plantations basses. La modernité urbaine ne peut donc plus se mesurer uniquement à la hauteur des tours, à la largeur des avenues ou à l’éclat des façades neuves. Elle se mesure aussi à la possibilité de marcher, de respirer et de vivre dehors pendant les mois les plus chauds.</p>
<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19904 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Old_Bukhara_Mahalla_Mathieu_Lemoine-300x225.jpg" alt="Mahalla, Boukhara (© Mathieu Lemoine)" width="756" height="567" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Old_Bukhara_Mahalla_Mathieu_Lemoine-300x225.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Old_Bukhara_Mahalla_Mathieu_Lemoine-1024x768.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Old_Bukhara_Mahalla_Mathieu_Lemoine-768x576.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Old_Bukhara_Mahalla_Mathieu_Lemoine-1536x1152.jpg 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/07/26-07-27-Old_Bukhara_Mahalla_Mathieu_Lemoine.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 756px) 100vw, 756px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Mahalla dans le vieux Boukhara (© Mathieu Lemoine)</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ni musée soviétique, ni ville sans mémoire</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les capitales centrasiatiques ne sont pas engagées dans un effacement uniforme de l’URSS. Elles sélectionnent des héritages, en réhabilitent certains et en sacrifient d’autres. Les critères se mêlent : récit national, prestige politique, développement immobilier, tourisme, état des bâtiments, mobilisation des habitants et, de plus en plus, contraintes environnementales.</p>
<p style="text-align: justify;">Le débat ne consiste donc pas à choisir entre la conservation intégrale de la ville soviétique et une modernisation sans limites. Il porte sur la capacité à reconnaître plusieurs couches d’histoire dans un même paysage. Une mosaïque, une tchaïkhana, un cinéma ou une mahalla peuvent survivre sans devenir des sanctuaires. Ces lieux et ces œuvres peuvent être restaurés, réaffectés et intégrés à une ville contemporaine.</p>
<p style="text-align: justify;">À Tachkent comme à Douchanbé, la vraie bataille n’oppose pas le passé à l’avenir. Elle oppose une ville conçue comme une succession de vitrines à une ville capable d’accumuler les époques. Or, lorsqu’une couche disparaît entièrement, ce ne sont pas seulement des murs qui s’effacent : ce sont aussi des usages, des souvenirs et parfois des solutions urbaines dont les cités de demain pourraient encore avoir besoin.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p><strong>Sources principales :</strong></p>
<p>« <a href="https://whc.unesco.org/en/tentativelists/6708/"><em>Tashkent Modernist Architecture. Modernity and Tradition in Central Asia</em></a> », liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco.</p>
<p>Oliver Wainwright, « <a href="https://www.theguardian.com/artanddesign/2025/apr/28/cosmic-metros-ufo-circus-tops-mesmerising-architecture-tashkent"><em>Cosmic Metros, UFO Circus Tops and a 3,000° Sun Gun</em></a> », <em>The Guardian</em>, 28 avril 2025.</p>
<p>« <a href="https://meduza.io/en/feature/2025/04/07/farewell-to-the-rohat"><em>Dushanbe Demolishes Iconic Rohat Teahouse</em></a> », <em>Meduza</em>, 7 avril 2025.</p>
<p>Banque mondiale, <a href="https://openknowledge.worldbank.org/entities/publication/f6568521-d5e8-5c08-b9eb-3c51313311b9"><em>Resilient Tashkent</em></a>, 2022.</p>
<p>Banque mondiale, <a href="https://thedocs.worldbank.org/en/doc/09a6e5c1e53c4d9be5739c02266cb4ba-0080012023/original/Fact-Sheet-CARL-Cities-2023-en.pdf"><em>Central Asia Resilient and Low-Carbon Cities</em></a>, 2023.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Vignette</strong> : Bazar Chorsu, Tachkent (© Mathieu Lemoine)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* Mathieu Lemoine a travaillé plusieurs années en Asie centrale pour l’OSCE, l’USAID et le PNUD. Il est président de Novastan France.</p>
<p><strong>Pour citer cet article :</strong> Mathieu LEMOINE (2026), « Effacer l’URSS ? La bataille de la mémoire urbaine en Asie centrale », <em>Regard sur l'Est</em>, 20 juillet.</p>
<p><a href="https://doi.org/10.5281/zenodo.21475048"><img decoding="async" id="record-doi-badge" title="Get the DOI badge!" src="https://zenodo.org/badge/DOI/10.5281/zenodo.21475048.svg" alt="10.5281/zenodo.21475048" data-target="[data-modal='10.5281/zenodo.21475048']" /></a></p>
<p><a href="#h1"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-12741" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png" alt="244x78" width="244" height="78" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-768x246.png 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-1024x328.png 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1.png 1634w" sizes="auto, (max-width: 244px) 100vw, 244px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
</div>
</div></div></div></div></div><div style="display:flex; gap:10px;justify-content:center" class="wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend">
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			</item>
		<item>
		<title>Arménie : le projet de Musée national du tapis arménien prend forme</title>
		<link>https://regard-est.com/armenie-le-projet-de-musee-national-du-tapis-armenien-prend-forme</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 07 Jun 2026 09:45:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Brève]]></category>
		<category><![CDATA[Type indépendant]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://regard-est.com/?p=19767</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le style des tapis du Caucase est internationalement reconnu pour son originalité, sa facture raffinée à la main, mais cette tradition semble menacée par des [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/armenie-le-projet-de-musee-national-du-tapis-armenien-prend-forme">Read More</a></span></p>
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	<p style="text-align: justify;">Le style des tapis du Caucase est internationalement reconnu pour son originalité, sa facture raffinée à la main, mais cette tradition semble menacée par des productions plus industrielles, notamment en Arménie. Pour mettre en valeur ce patrimoine ancestral, le ministère de la Culture avait annoncé en novembre 2023 son intention d’ouvrir un musée du tapis réunissant des œuvres rares et de grande qualité.</p>
<p style="text-align: justify;">L’entrepreneur Lévon Vartan Der Bedrossian, lui-même collectionneur de tapis, souhaitait également ouvrir un musée privé dans la commune de Garni, située à proximité d’Erevan (21km) et jouissant déjà d’un patrimoine historique attractif, grâce au temple ionique éponyme.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour apporter sa contribution au projet national, le bienfaiteur qui a partagé sa vie entre le Liban et les États-Unis, a fait don le 22 mai de l’ensemble de sa collection personnelle ainsi que du bien immobilier destiné à son projet de musée à Garni à la République d’Arménie. Zhanna Andreasyan, la ministre de l’Éducation, des Sciences, de la Culture et des Sports, a qualifié cette initiative « <em>patriotique » </em>d’<em>« inestimable</em> » et a signé avec l’entrepreneur un protocole d’entente. Une telle collaboration entre un acteur de la diaspora et l’Arménie ne pourra, selon L. Vartan Der Bedrossian, que les rapprocher. Les autorités ont expertisé le bâtiment transmis à L’État : celui-ci a été jugé exploitable après quelques travaux mineurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Les pouvoirs publics espèrent que ce musée sera visité par des centaines de milliers de touristes, contribuant à la renommée des tapis traditionnels arméniens. Ils souhaitent y ouvrir également une importante plateforme éducative et culturelle pour organiser sur place diverses expositions thématique contribuant au rayonnement de l'établissement.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Sources</strong> : <em>Armenpress, Factor, Norharatch.</em></p>
</div>
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		<title>Russie : l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences dans la tourmente</title>
		<link>https://regard-est.com/russie-linstitut-de-philosophie-de-lacademie-des-sciences-dans-la-tourmente</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 May 2026 00:48:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Brève]]></category>
		<category><![CDATA[Type indépendant]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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	<p style="text-align: justify;">Le 19 mai, les locaux de l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences de Russie ont fait l’objet d’une perquisition dans le cadre d’une affaire de détournement de fonds alloués à la traduction des œuvres complètes d’Aristote. Dix chercheurs ont été emmenés au Comité d’enquête, où ils ont été interrogés avant qu’on ne perde leur trace durant plusieurs jours. L’un des collaboratrices de l’Institut, Svetlana Mesiats, responsable scientifique du projet de nouvelle édition complète des œuvres d’Aristote, a été placée en détention, accusée de fraude : le 21 mai, l’audience relative à son cas aurait révélé une erreur dans la comptabilité du projet, ce qui lui vaut depuis d’être placée en résidence surveillée. L’accusée récuse tout détournement et rappelle que ses pouvoirs s’arrêtaient à la responsabilité scientifique du projet.</p>
<p style="text-align: justify;">La philosophe et correspondante de l’Académie des sciences de Russie Ioulia Sineokaïa, qui a quitté la Russie, estime que l’accusation de complot en vue de détournement de fonds publics portée à l’encontre de ses collègues n’est qu’un prétexte. Derrière, se cacherait un conflit entre membres actuels et passés de la direction de l’Institut de philosophie, sur fond de soutien à l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine et de promotion des prétendues valeurs « <em>traditionnelles</em> » russes.</p>
<p style="text-align: justify;">En 2024, Olga Zinovieva, veuve du philosophe et écrivain Alexandre Zinoviev, avait demandé un contrôle de l’Institut afin de vérifier sa « <em>loyauté envers les autorités russes</em> ». Elle qualifiait alors l’établissement de « <em>dernier refuge des scélérats, traîtres, agents de l’étranger, transfuges, russophobes et extrémistes qui trompent notre peuple et la direction de notre pays </em>».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Sources</strong> : <em>Meduza, Mediazona, Novaya Gazeta Evropa, iphras.ru, Rbk.</em></p>
</div>
</div></div></div></div></div><div style="display:flex; gap:10px;justify-content:center" class="wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend">
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		<title>Russie : les artistes de rue en résistance</title>
		<link>https://regard-est.com/russie-les-artistes-de-rue-en-resistance</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 May 2026 00:31:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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	<p style="text-align: justify;">En Russie, le street art n’est pas un simple décor urbain mais une forme de protestation vitale, là où le dialogue public est systématiquement étouffé. Entre 2022 et 2026, sous une répression sans précédent, ce mouvement a basculé de l’expression monumentale à la clandestinité totale. Malgré les murs effacés et les artistes traqués, la « protestation des solitaires » persiste pour rendre l'invisible visible.</p>
</div>
</div></div></div></div><div id="pg-19717-1"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19717-1-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19717-1-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="1" ><div
			
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	<hr />
<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19729" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-V04-RU-Chevchuk-Mikhail-Oger-1-300x200.jpeg" alt="Mikhaïl Oger" width="300" height="200" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-V04-RU-Chevchuk-Mikhail-Oger-1-300x200.jpeg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-V04-RU-Chevchuk-Mikhail-Oger-1-1024x682.jpeg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-V04-RU-Chevchuk-Mikhail-Oger-1-768x512.jpeg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-V04-RU-Chevchuk-Mikhail-Oger-1-272x182.jpeg 272w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-V04-RU-Chevchuk-Mikhail-Oger-1.jpeg 1280w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" />Ce texte, né des échanges avec <strong>Mikhaïl Oger</strong>, curateur et producteur culturel, raconte ce basculement radical : quand l'art urbain cesse d'être une esthétique pour devenir un acte de survie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Avant 2022, l’ère de la « zone grise »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Avant l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, le street art russe fonctionnait selon un principe de tolérance stratégique : l'État utilisait les grands festivals muraux pour afficher une image de modernité internationale, tandis que les artistes en profitaient pour occuper l'espace public et tester les limites du dicible.</p>
<p style="text-align: justify;">Les années 2010 marquent la naissance d'une véritable résistance underground pluridisciplinaire, inscrite dans une tradition bien plus ancienne et mêlant graffiti, musique, théâtre de rue et actionnisme. Comme le souligne Mikhaïl Oger, la culture urbaine en Russie a vécu au cours de cette décennie une véritable percée, portée par un sentiment de liberté, permettant aux artistes d'être reconnus bien au-delà des frontières. Une consécration historique pour la scène locale fut la venue à Moscou en 2016 de la légendaire photographe américaine Martha Cooper dans le cadre de la biennale Artmosfera.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19727 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Non-a-la-guerre-Vlada-MV-Pictures-300x200.jpg" alt="Non à la guerre" width="758" height="505" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Non-a-la-guerre-Vlada-MV-Pictures-300x200.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Non-a-la-guerre-Vlada-MV-Pictures-272x182.jpg 272w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Non-a-la-guerre-Vlada-MV-Pictures.jpg 700w" sizes="auto, (max-width: 758px) 100vw, 758px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Non à la guerre - Vlada MV Pictures </em></p>
<p style="text-align: justify;">Cette effervescence a été favorisée par une politique d'État relativement tolérante : à l'époque, le pouvoir se concentrait sur d'autres priorités, laissant le street art dans une forme d'angle mort bienveillant. M. Oger explique qu'il était alors possible de travailler de manière transparente avec les autorités, qui cherchaient à promouvoir la culture, tout en menant en parallèle des projets beaucoup plus radicaux, comme l’exposition dédiée à Oleg Navalny (frère de l'opposant russe Alexeï Navalny)<sup>(1)</sup>. Ce grand écart entre soutien institutionnel et engagement politique était alors l'essence même de cette « zone grise ».</p>
<p style="text-align: justify;">Cette dualité est illustrée, par exemple, par l'action du groupe « Voïna » (guerre) en 2010 à Saint-Pétersbourg : les artistes avaient dessiné un phallus géant sur le pont qui, une fois levé, se dressait directement face aux fenêtres du siège local du FSB, action s’inscrivant là encore dans une tradition d’actions opérées à la fin de l’ère soviétique. Malgré des arrestations et une caution (pour laquelle Banksy a aidé à récolter les fonds), l'affaire avait été classée sans suite, prouvant qu'une provocation pouvait encore déboucher sur un non-lieu.</p>
<p style="text-align: justify;">De même, au sein de galeries d'art contemporain, les pressions sont jusqu’en 2022 restées ponctuelles, prenant souvent la forme de convocations de routine par la police. En somme, cette période n'était pas un espace de liberté pure, mais une zone de négociation constante. Les artistes pouvaient aborder des thèmes sociaux (écologie, violence policière) sans risquer la prison.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19724 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Andrei-Tozhe-Briser-si-necessaire--300x152.jpg" alt="Andreï Tozhe - Briser si nécessaire" width="758" height="384" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Andrei-Tozhe-Briser-si-necessaire--300x152.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Andrei-Tozhe-Briser-si-necessaire--1024x520.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Andrei-Tozhe-Briser-si-necessaire--768x390.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Andrei-Tozhe-Briser-si-necessaire--1536x779.jpg 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Andrei-Tozhe-Briser-si-necessaire-.jpg 1750w" sizes="auto, (max-width: 758px) 100vw, 758px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Briser si nécessaire - Andreï Tozhe</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>24 février 2022 : la rupture absolue</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie a déclenché une onde de choc sans précédent. Ce n'est plus le temps des métaphores : la rue devient alors une plateforme capable de dire l'urgence. Connus ou anonymes, les artistes lancent une « mobilisation visuelle ». Partout dans les villes russes, des slogans, des colombes ensanglantées et des <em>messages de paix apparaissent en quelques heures.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Par un geste symbolique fort, </em><em>l’artiste Philippenzo scelle ce basculement : il recouvre lui-même sa fresque colorée « </em>La Jeunesse c'est maintenant<em> » d’un aplat argenté uniforme, sur lequel il inscrit : « </em>La GUERRE c'est maintenant<em> ».</em><em> En effaçant sa propre création, il signifie l’impossibilité de l’art face à la tragédie. Connu pour ses œuvres radicales, l'artiste a été contraint à l'exil après l'ouverture d'une enquête pénale pour « vandalisme motivé par la haine politique ». Depuis son émigration, son engagement s'est intensifié : en 2024, il s'est rendu dans la région de Donetsk, du côté contrôlé par l'Ukraine, pour y réaliser une œuvre frappante représentant des croix funéraires marquées du symbole « </em>Z<em> ». Ce passage au front ukrainien illustre radicalement le destin de l'art contestataire russe, désormais banni de son propre territoire.</em></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19719 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Philippenzo-La-jeunesse-cest-maintenant-La-guerre-cest-maintenant--300x278.jpg" alt="Fresque de Philippenzo (La jeunesse c'est maintenant / La guerre c'est maintenant)." width="756" height="701" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Philippenzo-La-jeunesse-cest-maintenant-La-guerre-cest-maintenant--300x278.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Philippenzo-La-jeunesse-cest-maintenant-La-guerre-cest-maintenant--1024x948.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Philippenzo-La-jeunesse-cest-maintenant-La-guerre-cest-maintenant--768x711.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Philippenzo-La-jeunesse-cest-maintenant-La-guerre-cest-maintenant-.jpg 1056w" sizes="auto, (max-width: 756px) 100vw, 756px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Philippenzo - La jeunesse, c'est maintenant / La guerre, c'est maintenant</em></p>
<p style="text-align: justify;">L'État a industrialisé la censure : les caméras à reconnaissance faciale identifient les auteurs en quelques minutes, tandis que des brigades municipales effacent toute trace de dissidence en temps réel. Ce n’est plus le vandalisme qui est pourchassé, mais l’opinion. Le gris est devenu la signature visuelle du contrôle<em>.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L'arsenal juridique de la répression</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La répression est devenue systématique et utilise plusieurs outils juridiques pour criminaliser l'expression artistique. En voici quelques exemples :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Discrédit de l’armée : toute œuvre évoquant la paix peut mener à des condamnations pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement. L’artiste <strong>Vladimir Ovchinnikov</strong> a été condamné à une amende pour des peintures anti-guerre, ses images ont ensuite été détruites.</li>
<li>Statut d’« agent de l’étranger »<strong> :</strong> certains artistes, comme <strong>Slava PTRK</strong>, ont été inscrits sur cette liste, entraînant l’interdiction d’exposer, la rupture de contrats avec les galeries et l’obligation de mentionner ce statut sur chaque œuvre.</li>
<li> Vandalisme politique : des artistes comme Philippenzo ont vu leur travail considéré comme un crime politique, avec des perquisitions et des enquêtes pénales ouvertes contre eux.</li>
<li>Perquisitions et rafles de masse : en mars 2024, à une semaine de l’élection présidentielle, les forces de l'ordre ont mené des raids coordonnés visant plus d'une trentaine d'artistes dans plusieurs villes. Ces artistes ont subi des interrogatoires concernant l’affaire pénale contre <strong>Piotr Verzilov</strong>, fondateur de <em>Mediazona</em> et membre de Pussy Riot, accusé de haute trahison, alors même que beaucoup ne le connaissaient pas.</li>
</ul>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19726 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-La-Crimee-nest-pas-a-nous-Artistes-anonymes-300x182.jpg" alt="La Crimée n'est pas à nous - Artistes anonymes" width="753" height="457" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-La-Crimee-nest-pas-a-nous-Artistes-anonymes-300x182.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-La-Crimee-nest-pas-a-nous-Artistes-anonymes.jpg 710w" sizes="auto, (max-width: 753px) 100vw, 753px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>La Crimée n'est pas à nous - Artistes anonymes</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>L'artiste </em><em><a href="https://regard-est.com/russie-dispersion-dune-manifestation-artistique-consacree-a-sacha-skotchilenko"><strong>Sacha Skotchilenko</strong></a></em><em> est devenue le </em><em>symbole de cette cruauté, condamnée d’abord à sept ans de prison pour avoir remplacé des étiquettes de prix dans un supermarché par des messages dénonçant le siège de Marioupol. De même, <strong>Pavel Krissevitch</strong> a été condamné à cinq ans de prison pour une performance sur la Place Rouge. <strong>Alexeï Moskaliov</strong> a été condamné à deux ans de prison à cause d'un dessin anti-guerre réalisé à l'école par sa fille <strong>Macha </strong>(12 ans). Qu'il s'agisse de peinture, d'actionnisme ou de performance : tout geste artistique dissident est désormais traité comme un crime de droit commun.</em></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19720 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Philippenzo-Donbass-300x225.jpg" alt="Fresque de Philippenzo dans le Donbass" width="760" height="570" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Philippenzo-Donbass-300x225.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Philippenzo-Donbass-1024x768.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Philippenzo-Donbass-768x576.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Philippenzo-Donbass.jpg 1080w" sizes="auto, (max-width: 760px) 100vw, 760px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Fresque de Philippenzo dans le Donbass</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Émigration forcée et mutation de l'art</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sous la pression, de nombreux artistes sont obligés de quitter la Russie. Ils continuent leur travail à Berlin, Tbilissi ou Paris, mais perdent leur support originel, les murs russes. Certains, ne pouvant se résoudre à l’exil, créent anonymement ou sous pseudonyme, diffusant leur art <em>via</em> réseaux sociaux, galeries et expositions à l’international. Cette création en exil devient un acte de résistance, portant la voix de ceux qui restent dans le pays.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>L'œuvre de <strong>Slava PTRK</strong> (il réside désormais en France) illustre cette transition : lors de la </em><em>mobilisation de l’automne 2022 en Russie, il a transformé un bâtiment délabré trouvé dans une forêt à Tivat (Monténégro) en une réplique d’un commissariat militaire russe : cet objet d'art prend la forme d'un bâtiment en ruines, entouré de détritus, symbolisant l'absurdité de la machine de guerre.</em></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19721 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Slava-PTRK-installation-Commissariat-militaire-de-la-ville-de-Tivat-Montenegro-300x121.jpg" alt="Slava PTRK - Installation sur le site du commissariat militaire de Tivat (Montenegro)" width="761" height="307" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Slava-PTRK-installation-Commissariat-militaire-de-la-ville-de-Tivat-Montenegro-300x121.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Slava-PTRK-installation-Commissariat-militaire-de-la-ville-de-Tivat-Montenegro-1024x412.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Slava-PTRK-installation-Commissariat-militaire-de-la-ville-de-Tivat-Montenegro-768x309.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Slava-PTRK-installation-Commissariat-militaire-de-la-ville-de-Tivat-Montenegro-1536x618.jpg 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Slava-PTRK-installation-Commissariat-militaire-de-la-ville-de-Tivat-Montenegro.jpg 1754w" sizes="auto, (max-width: 761px) 100vw, 761px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Slava PTRK</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Que reste-t-il aujourd’hui ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Face à la surveillance totale, l'art urbain a muté pour devenir invisible aux algorithmes tout en restant présent pour le citoyen.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette transformation s'opère d'abord par une résistance capillaire : les artistes abandonnent la bombe aérosol, trop voyante, pour le crayon, le marqueur ou le petit autocollant. Ces micro-interventions investissent l'infra-ordinaire : étiquettes de supermarché, boutons d’ascenseur, sièges de métro ou toilettes de centres commerciaux, pour toucher le citoyen là où la police ne regarde pas. Parallèlement, des zones franches se créent dans l'ombre des forêts ou des usines désaffectées. L’œuvre y est installée, photographiée, puis diffusée anonymement sur des canaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour contourner la censure, les créateurs redécouvrent la langue d’Ésope, une tradition russe de métaphores et de non-dits. En parlant de sujets banals, ils dénoncent le système de manière détournée. Cette « esthétique de l'absence » utilise des ombres d'objets disparus ou des dates symboliques. C'est au spectateur de décoder le message dans son esprit.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19730 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/Andrei-Akouzine-Choisis-la-vie-refuse-le-front-300x300.jpg" alt="Andreï Akouzine - Choisis la vie, refuse le front" width="755" height="755" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/Andrei-Akouzine-Choisis-la-vie-refuse-le-front-300x300.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/Andrei-Akouzine-Choisis-la-vie-refuse-le-front-150x150.jpg 150w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/Andrei-Akouzine-Choisis-la-vie-refuse-le-front-768x768.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/Andrei-Akouzine-Choisis-la-vie-refuse-le-front.jpg 800w" sizes="auto, (max-width: 755px) 100vw, 755px" /></p>
<p style="text-align: justify;">Andreï Akouzine - Choisis la vie, refuse le front</p>
<p style="text-align: justify;">Les réseaux sociaux ne sont plus un simple outil de partage mais un espace d'action en soi, lieu du méta-artivisme. En migrant vers le numérique, les artistes occupent des espaces où la censure n'a pas de prise directe. Le Web, tant que son accès n’est pas bloqué du moins, permet de créer des galeries virtuelles indestructibles et des projets collaboratifs entre l'exil et la Russie.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Le rêve de tout artiste de graffiti est de peindre les murs du Kremlin<strong>, </strong>souligne Mikhaïl Oger à propos du projet digital </em><strong>A War Is Not The Answer</strong><em>, dont il a été le curateur. Ce projet de méta-artivisme utilise le numérique pour contourner la censure. Il s'agit d'une Place Rouge virtuelle où les murs du Kremlin deviennent un espace d'expression libre pour des artistes engagés. Alors que toute trace de contestation est immédiatement effacée dans les rues de Moscou, cette plateforme permet au street art de documenter la résistance visuelle face à la propagande.</em></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-19728 alignleft" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Non-a-la-guerre-Archive-de-Mikhail-Oger-1-300x196.jpg" alt="Non à la guerre" width="755" height="493" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Non-a-la-guerre-Archive-de-Mikhail-Oger-1-300x196.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Non-a-la-guerre-Archive-de-Mikhail-Oger-1-1024x669.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Non-a-la-guerre-Archive-de-Mikhail-Oger-1-768x502.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/05/26-04-RU-Chevchuk-Non-a-la-guerre-Archive-de-Mikhail-Oger-1.jpg 1496w" sizes="auto, (max-width: 755px) 100vw, 755px" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Non à la guerre - Archives de Mikhaïl Oger</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un mouvement brisé mais persistant</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La répression a profondément fracturé la scène urbaine russe, instaurant un climat de peur et d’autocensure qui a contraint ses figures majeures à l’exil, tandis que ceux qui demeurent actifs se réfugient dans un anonymat absolu. Entre l’intensification des arrestations et l’effacement systématique des œuvres sous le « carré gris » administratif, les réseaux de coordination autrefois vivants se sont dissous.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour que cette forme de résistance subsiste, le soutien international est devenu indispensable : il passe par la mise en lumière médiatique de ces créations, le soutien financier aux artistes russes anti-guerre contraints à l’exil, ainsi que par la documentation numérique rigoureuse des œuvres, avant leur disparition matérielle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p><strong>Notes</strong> :</p>
<p>(1) Oleg Navalny a été condamné à 3,5 ans de prison ferme dans l'affaire Yves Rocher, un verdict qualifié d'arbitraire par la CEDH et perçu comme une mesure de pression contre son frère Alexeï. En 2019, une exposition a mis en lumière son travail artistique réalisé en cellule : il créait des esquisses de tatouages pour des demandeurs du monde entier, qui les faisaient ensuite tatouer en signe de solidarité.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Vignette</strong> : Mikhaïl Oger</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* Olga Shevchuk, militante, est chargée de mission auprès de l’association <a href="https://russie-libertes.org/">Russie-Libertés</a>.</p>
</div>
</div></div></div></div></div><div style="display:flex; gap:10px;justify-content:center" class="wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend">
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			</item>
		<item>
		<title>Les communautés juives d’Europe centrale sont-elles en voie d’extinction?</title>
		<link>https://regard-est.com/les-communautes-juives-deurope-centrale-sont-elles-en-voie-dextinction</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Mar 2026 00:59:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 1939, plus de 70 % des Juifs dans le monde vivaient en Europe centrale et orientale. Quatre-vingts ans après la Shoah, la situation a profondément changé. [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/les-communautes-juives-deurope-centrale-sont-elles-en-voie-dextinction">Read More</a></span></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="pl-19469"  class="panel-layout" ><div id="pg-19469-0"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19469-0-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19469-0-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="0" ><div
			
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	<p style="text-align: justify;">En 1939, plus de 70 % des Juifs dans le monde vivaient en Europe centrale et orientale. Quatre-vingts ans après la Shoah, la situation a profondément changé. L’Europe dans son ensemble ne représente que 5 % du total et l’Europe centrale 1,3 %. Ce chiffre très faible pose la question de la pérennité des communautés juives à terme dans cet espace.</p>
</div>
</div></div></div></div><div id="pg-19469-1"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19469-1-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19469-1-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="1" ><div
			
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	<hr />
<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19470" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/03/26-03-Pop-juives-ECO-Seys-300x189.jpg" alt="Synagogue de Trenčín (Slovaquie). Copyright : François-Olivier Seys." width="300" height="189" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/03/26-03-Pop-juives-ECO-Seys-300x189.jpg 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/03/26-03-Pop-juives-ECO-Seys-1024x647.jpg 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/03/26-03-Pop-juives-ECO-Seys-768x485.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/03/26-03-Pop-juives-ECO-Seys-800x500.jpg 800w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/03/26-03-Pop-juives-ECO-Seys.jpg 1145w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" />Le 9 novembre 2025, la communauté juive de Slovaquie organisait la re-consécration de la synagogue de Trenčín après quatre-vingts ans d’interruption. Cette manifestation symbolique s’est faite dans un pays où la communauté juive semble résiduelle et, surtout, dans une ville où elle a quasiment disparu. Cela cache l’aboutissement d’un processus historique qui semble inéluctable.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant la Seconde Guerre mondiale, plus de 70 % de la population juive mondiale vivait en Europe centrale et orientale. La Shoah puis la création de l’État d’Israël ont profondément modifié cette réalité, que l’instauration des régimes communistes avait gelée pendant quarante-cinq ans. Depuis trois décennies, on a pu observer une transformation de la situation des communautés juives. La possibilité d’émigrer en a réduit les effectifs mais ce n’est pas le cas dans tous les pays et il y a eu parfois une immigration de populations juives vers l’Europe centrale. Par contre, elles sont souvent atteintes d’un degré de vieillissement important, ce qui amène la question logique de leur survie à terme. Les communautés juives d’Europe centrale sont-elles en voie d’extinction ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Définir les populations juives</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Définir ce que sont les populations juives est très complexe car c’est la définition qui va induire la taille des communautés. Quand on analyse la littérature, les définitions sont nombreuses. Deux semblent ressortir, qui semblent opposées mais qui donnent des effectifs comparables.</p>
<p style="text-align: justify;">La définition la plus utilisée est celle formulée par Sergio Della Pergola<sup>(1)</sup> qui publie un annuaire de la Population juive mondiale édité par l’université Hébraïque de Jérusalem. Pour lui, être Juif peut avoir quatre significations différentes, de la plus restrictive à la plus large :</p>
<ul style="list-style-type: disc;">
<li style="text-align: justify;">PJB (<em>Population Juive de Base)</em> : il s’agit du groupe qui considère le judaïsme comme son cadre d'identification mutuellement exclusif, y compris ceux qui considèrent la religion comme un moyen pertinent d'identification.</li>
<li style="text-align: justify;">PPJ (<em>Population ayant des Parents Juifs)</em> : cela comprend les personnes qui se disent partiellement juives parce que leur identité est partagée mais ont au moins un parent juif.</li>
<li style="text-align: justify;">PJE (<em>Population Juive Elargie)</em> : ce sont les personnes qui déclarent avoir des origines juives mais pas de parent juif, ainsi que tous les membres non juifs vivant dans des foyers avec des Juifs.</li>
<li style="text-align: justify;">PLR (<em>Population relevant de la Loi du Retour) </em>: la loi du retour est l'instrument juridique de l'État d'Israël qui détermine l'éligibilité des Juifs et de leurs familles à l'immigration et à la citoyenneté.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Certains États d’Europe centrale posent la question religieuse lors des recensements. En Slovaquie<sup>(2)</sup> en 2021, cela apparaissait sous forme de menu déroulant avec une première question : « quelle est votre religion ? » Deux réponses étaient possibles : avec religion ou sans religion. Si on répondait avec, 21 religions apparaissaient et il était possible d’afficher son appartenance à la <em>Židovská Obec na Slovensku (Communauté Juive de Slovaquie). </em>Dans tous les recensements depuis l’indépendance, la question a été posée sous cette forme. Le chiffre de 1991, environ 1 000, est probablement sous-estimé car, juste après la Révolution de velours, certains citoyens ont probablement gardé le réflexe de la période antérieure de ne pas se déclarer Juifs. Au XXIe siècle, les chiffres montrent une communauté juive de Slovaquie avec un effectif voisin de 2 000 personnes.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui dans l’ensemble de l’Europe centrale, la question religieuse n’est pas posée à tous les citoyens lors des recensements. Elle l’est en Pologne, en Allemagne ou en Roumanie par exemple mais elle ne l’est plus en République tchèque et elle l’était en Autriche jusqu’en 2001. Cela rend la comparaison difficile entre les pays mais donne, pour les pays ayant encore cette question dans les recensements, des résultats proches de celui des PJB.</p>
<p style="text-align: justify;">Outre le fait que leur chiffre est calculé pour tous les pays et annuellement, les données concernant les PJB offrent probablement l’estimation la plus proche de la réalité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En Europe centrale, des populations juives désormais très peu nombreuses</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis 1950, la population juive mondiale a augmenté de 34 % pour arriver 15 166 200 en 2021, ce qui représente une croissance d’environ 0,5 % par an. Cette croissance cache une répartition très différente d’une région à l’autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Les populations juives sont aujourd’hui beaucoup plus concentrées qu’elles ne l’étaient au XXe siècle. À eux deux, Israël et les États-Unis rassemblent 85 % des Juifs dans le monde, avec respectivement 45 et 40 % du total. 15 % des Juifs vivent dans le reste du monde et seulement 5 % dans les pays de l’Union européenne. L’Union européenne rassemble environ 785 000 Juifs au sens de la PJB. La France à elle seule abrite 57 % des Juifs européens. L’Europe centrale et orientale est devenue un espace avec des effectifs peu importants et seuls trois pays enregistraient, en 2021, une communauté supérieure à 10 000 personnes : l’Allemagne, la Hongrie et l’Autriche.</p>
<p style="text-align: justify;">La possibilité d’émigrer a modifié la donne à partir de 1989. Le cas emblématique est celui de la Roumanie dont la communauté s’est réduite très rapidement. Il restait, en 1990, environ 70 000 Juifs en Roumanie ; en 2021, ils n’étaient plus que 8 800. Cet exode s’est fait pour environ deux tiers vers Israël et un tiers vers les États-Unis et l’Europe de l’Ouest.</p>
<p style="text-align: justify;">Les communautés juives sont globalement en baisse en Europe centrale par solde naturel et solde migratoire négatifs. Elles sont vieillissantes et on observe généralement plus de décès que de naissances. De plus, elles subissent un déficit migratoire avec des départs qui ont été assez nombreux dans les années 1990. Ce sont les jeunes adultes qui sont essentiellement partis, ce qui renforce le vieillissement. Comme en Roumanie, Israël représente la première destination de départ. Les départs se sont taris au XXIe siècle quand la situation économique s’est améliorée. Dans l’ensemble, les communautés juives d’Europe centrale ont vu leurs effectifs baisser de 0,2 % à 0,5 % par an depuis 1990 (exception faite de l’Autriche, de la Hongrie et, surtout, de l’Allemagne).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L'Allemagne ou le scénario optimiste</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans les années 1960, il y avait environ 20 000 Juifs en RFA et très peu en RDA. Des communautés existaient à Berlin, Munich ou Düsseldorf…. À partir de 1990, des lois ont été votées permettant l'immigration juive en Allemagne.</p>
<p style="text-align: justify;">Une immigration de Juifs s’est donc mise en place et environ 100 000 Juifs sont arrivés, principalement de l'ex-URSS, entre 1990 et 2021. De plus, dans les années 2010, un nouveau phénomène est apparu : une immigration d'Israël vers l'Allemagne de 2 500 à 3 000 personnes par an. Ce sont des Juifs d’origine germanique qui reviennent pour mener une vie plus paisible et pour lesquels l'Allemagne offre des opportunités professionnelles. Ce sont essentiellement des personnes hautement qualifiés et jeunes. Cette communauté nouvelle s’installe dans les grandes villes. L’exemple emblématique est Leipzig, qui comptait 10 Juifs en 1989 ; ils étaient 1 200 en 2021. Cette communauté jeune continue en outre d’augmenter par accroissement naturel. Depuis le 7 octobre 2023, la tendance migratoire s’est accentuée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Hongrie et Autriche, ou le scénario moyen</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les communautés juives y sont de taille moyenne mais concentrées. Après avoir baissé, leurs effectifs sont en légère croissance depuis le début du siècle. En Autriche, la communauté juive regroupe 10 300 personnes, dont 80 % résident à Vienne. Il subsiste par ailleurs quelques petites communautés à Graz, Salzbourg et Wiener Neustadt. Cette population est en croissance (1,1 % par an) et elle comptait 8 140 personnes en 2001. Sa croissance est naturelle et migratoire avec un âge médian de 53,7 ans. L’immigration est faible, en provenance d’Europe centrale et d’Israël essentiellement.</p>
<p style="text-align: justify;">En Hongrie, la communauté est plus nombreuse mais présente des caractéristiques semblables. Elle comprend 46 800 personnes dont 84 % vivent à Budapest, le reste résidant à Pécs, Szegéd et Miskolc. La population juive a connu une émigration importante dans les années 1990, juste après la chute du régime communiste, mais ce processus s’est arrêté eu XXIe siècle avec un taux de croissance de 0,8 % par an, d’origine migratoire et naturelle. L’âge médian est de 54,6 ans.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La Pologne ou le scénario pessimiste</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En 2021, en PJB, on dénombrait 4 500 Juifs en Pologne quand le recensement de 2011 donnait un chiffre de 7 508 ans. C’est une communauté en contraction rapide – avec un taux de (dé)croissance de -1,7 % par an – et vieillie – avec un âge médian de 64,5 ans. Si on se base sur l’espérance de vie à 60 ans pour l’ensemble de la Pologne, la moitié de la communauté devrait avoir disparu en 2030 et plus de trois quarts d’ici 2050. Le constat est simple : sans immigration, la communauté juive de Pologne est en train de disparaître rapidement</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<table>
<tbody>
<tr>
<td colspan="5" width="604"><strong>Typologie de la situation des communauté juives en Europe centrale</strong></td>
</tr>
<tr>
<td width="78"></td>
<td width="67"><strong>Effectifs 2021</strong></td>
<td width="67"><strong>Age médian</strong></td>
<td width="196"><strong>Niveau de croissance démographique</strong></td>
<td width="196"><strong>Statut de la Communauté</strong></td>
</tr>
<tr>
<td width="78">Allemagne</td>
<td width="67">118 000</td>
<td width="67">40-50</td>
<td width="196">Croissance forte</td>
<td width="196">Solide et en développement</td>
</tr>
<tr>
<td width="78">Autriche</td>
<td width="67">10 300</td>
<td width="67">50-60</td>
<td width="196">Croissance faible</td>
<td width="196">En développement lent mais fragile</td>
</tr>
<tr>
<td width="78">Hongrie</td>
<td width="67">46 800</td>
<td width="67">50-60</td>
<td width="196">Croissance faible</td>
<td width="196">En développement lent mais fragile</td>
</tr>
<tr>
<td width="78">Pologne</td>
<td width="67">4 500</td>
<td width="67">60-70</td>
<td width="196">Décroissance rapide</td>
<td width="196">En voie d’extinction</td>
</tr>
<tr>
<td width="78">Rép. tchèque</td>
<td width="67">3 900</td>
<td width="67">50-60</td>
<td width="196">Décroissance rapide</td>
<td width="196">En voie d’extinction</td>
</tr>
<tr>
<td width="78">Slovaquie</td>
<td width="67">2 600</td>
<td width="67">60-70</td>
<td width="196">Décroissance rapide</td>
<td width="196">En voie d’extinction</td>
</tr>
<tr>
<td width="78">Croatie</td>
<td width="67">1 700</td>
<td width="67">50-60</td>
<td width="196">Décroissance rapide</td>
<td width="196">En voie d’extinction</td>
</tr>
<tr>
<td width="78">Roumanie</td>
<td width="67">8 800</td>
<td width="67">60-70</td>
<td width="196">Décroissance rapide</td>
<td width="196">En voie d’extinction</td>
</tr>
<tr>
<td width="78">Bulgarie</td>
<td width="67">2 000</td>
<td width="67">-</td>
<td width="196">Décroissance rapide</td>
<td width="196">En voie d’extinction</td>
</tr>
<tr>
<td width="78">Slovénie</td>
<td width="67">100</td>
<td width="67">-</td>
<td width="196">Décroissance rapide</td>
<td width="196">Presque éteinte</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p style="text-align: justify;">Dans l’ensemble de l’Europe centrale, et exception faite de l’Autriche, de la Hongrie et de l’Allemagne, les communautés juives sont donc devenues peu nombreuses, en décroissance rapide et sont souvent vieillies. Cela signifie qu’elles sont globalement en voie d’extinction. La communauté slovène l’est quasiment déjà. Dans les autres pays, elles sont en voie d’extinction et devraient disparaître vers 2050-60. Sans immigration importante, cette tendance semble inéluctable. Malgré ce constat démographique, on peut observer ce qui peut apparaître comme un paradoxe : <a href="https://regard-est.com/dossier-58-le-renouveau-du-monde-juif-en-europe-centrale-et-orientale-2">la culture juive reste vivace en Europe centrale et orientale</a>. Elle l'est bien souvent dans le cadre d'une mise en avant du patrimoine matériel et immatériel juif par les autorités locales comme élément d'attractivité. Elle l'est souvent, aussi, avec l'aide de la diaspora qui, originaire d'Europe centrale, vit maintenant essentiellement en Israël ou aux Etats-Unis.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Notes</strong> :</p>
<p>(1) Sergio Della Pergola, « World Jewish Population, 2021 », <em>in</em> Arnold Dashefsky &amp; Ira M. Sheskin (Ed.), <em>The American Jewish Year Book, Vol. 121, </em>Cham, SUI: Springer, 2021, pp. 313-412.</p>
<p>(2) <a href="http://www.scitanie.sk"><em>Sčítanie obyvateľov, domov a bytov</em></a> [Recensement des habitants, des maisons et des appartements].</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Vignette</strong> : Synagogue de Trenčín (Slovaquie). Copyright : François-Olivier Seys.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* François-Olivier Seys est Professeur des Universités en Géographie au laboratoire TVES à l’université de Lille. Il travaille sur la démographie et la géographie de la population dans le monde post-communiste depuis plus de 30 ans.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
</div>
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		<title>Moldavie : une ‘roumanité’ à nuancer?</title>
		<link>https://regard-est.com/moldavie-une-roumanite-a-nuancer</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Céline Bayou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Feb 2026 00:16:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec la victoire majeure du parti pro-européen PAS aux élections législatives de septembre 2025, la Moldavie a confirmé le choix de l’Europe face aux partis pro-russes. [&#8230;] <span class="read-more-link"><a class="read-more" href="https://regard-est.com/moldavie-une-roumanite-a-nuancer">Read More</a></span></p>
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	<p style="text-align: justify;"><strong><a id="h1"></a>Avec la victoire majeure du parti pro-européen PAS aux élections législatives de septembre 2025, la Moldavie a confirmé le choix de l’Europe face aux partis pro-russes. Dans les semaines qui ont suivi, la presse locale roumanophone s’est demandé si la question transnistrienne, ce territoire séparatiste pro-russe de plus en plus isolé, ne serait pas bientôt réglée avec une réintégration dans l’État moldave, permettant de tourner la page d’un conflit gelé qui dure depuis plus de trente ans, voire celle d’une interrogation identitaire fondamentale.</strong></p>
</div>
</div></div></div></div><div id="pg-19311-1"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19311-1-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19311-1-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="1" ><div
			
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<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-19312" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/01/26-02-09-MOLD-Roumanite-Map_of_RDM-1917-Alexis-Nour-252x300.jpg" alt="carte de la Bessarabie en 1917 (copyright ; Alexis Nour/Wikipedia)." width="252" height="300" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/01/26-02-09-MOLD-Roumanite-Map_of_RDM-1917-Alexis-Nour-252x300.jpg 252w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/01/26-02-09-MOLD-Roumanite-Map_of_RDM-1917-Alexis-Nour-861x1024.jpg 861w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/01/26-02-09-MOLD-Roumanite-Map_of_RDM-1917-Alexis-Nour-768x914.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/01/26-02-09-MOLD-Roumanite-Map_of_RDM-1917-Alexis-Nour-1291x1536.jpg 1291w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2026/01/26-02-09-MOLD-Roumanite-Map_of_RDM-1917-Alexis-Nour-1722x2048.jpg 1722w" sizes="auto, (max-width: 252px) 100vw, 252px" />Les questionnements de la Moldavie sur son identité sont en réalité bien plus anciens que son indépendance en 1991. Pays roumanophone, héritier de la plus grande Principauté du même nom puis conquise par l’Empire russe en 1812 et progressivement russifiée, la Moldavie est un territoire à l’histoire complexe, dont la « roumanité » n’est peut-être pas si évidente que l’on pourrait le croire. L’« âge d’or » du monde roumanophone, à savoir l’Entre-deux-guerres et la période de la Grande Roumanie, peut sans doute aider à éclaircir la définition de cette mystérieuse identité moldave.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’Entre-deux-Guerres, un âge d’or contrasté</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Traditionnellement, la Moldavie portait un autre nom : la Bessarabie, une langue de terre située entre le Prout et le Dniestr, lequel se jette dans la mer Noire. En 1920, le protocole de Paris, garanti par la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et le Japon, confirme le rattachement de la Bessarabie au Royaume de Roumanie. La ratification du texte sera l’un des principaux axes de la diplomatie roumaine, en particulier au cours de la décennie 1920. <span style="box-sizing: border-box; margin: 0; padding: 0; text-align: left;">L’URSS étant alors en guerre civile, c’est l’autodétermination des Moldaves lors du Conseil du Pays (<em>Sfatul Țării</em>) qui acte leur intégration à la Roumanie en 1919.</span> Évidemment, l’Union soviétique n’aura de cesse de nier la souveraineté roumaine sur le territoire bessarabe, et c’est avec l’ultimatum d’août 1940 qu’elle s’étendra de nouveau jusqu’aux rives du Prout.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Entre-deux-Guerres est pour la Roumanie une époque contrastée. Elle est marquée tout à la fois par le parachèvement des rêves romantiques du XIXe siècle – mouvement du <em>pașoptism</em><a href="#n1"><sup>(1)</sup></a> –, par l’unification des trois Principautés historiques – Valachie, Moldavie et Transylvanie – et par la montée de tensions extrêmes : la politique intérieure est assez instable, surtout dans les années 1930, la modernisation économique du pays accuse un certain retard, les tensions sociales sont fortes autour de la réforme agraire et les frontières du Royaume sont remises en cause par trois de ses voisins – Hongrie, URSS et Bulgarie.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce contexte, le sentiment bessarabe à l’égard du nouvel administrateur n’est pas dénué d’ambiguïté. Certes, la Bessarabie est une terre historiquement roumanophone. Mais la culture roumaine n’est pas la seule à s’y être développée. L’administration tsariste s’est en effet appliquée à russifier la région à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, notamment par l’enseignement scolaire en russe et l’adoption de l’alphabet cyrillique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un espace « dichotomique » et une intégration difficile dans la Grande Roumanie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">À partir de 1871, la politique de « dénationalisation » de la Bessarabie s’est en effet accélérée. Le russe devient la langue de l’administration, l’installation de populations russophones est encouragée et le roumain est laissé pour compte. Progressivement, la Bessarabie est marquée par une situation de diglossie, c’est-à-dire la cohabitation inégale de deux langues sur un territoire, l’une bénéficiant d’un prestige social plus important. La chercheuse <a href="https://www.ceeol.com/search/article-detail?id=1265115">Mihaela-Andra Andrei</a> résume ainsi la situation : « <em>Une “élite urbaine” russifiée et une paysannerie moldave</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant l’Entre-deux-Guerres, la Roumanie peine à intégrer la région et à assimiler les populations locales. L’administration est confrontée à une région extrêmement rurale où l’analphabétisme règne et où les populations non-roumanophones se montrent réticentes à cette politique d’assimilation. De plus, l’incertitude quant au statut international du pays, qui subit de temps à autres de petites incursions soviétiques, participe d’un état d’anxiété permanente, délétère pour une intégration efficace. Finalement, l’assimilation de la Bessarabie se révèle superficielle et précipitée<a href="#n2"><sup>(2)</sup></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Les statistiques roumaines de l’époque manquent de clarté<a href="#n3"><sup>(3)</sup></a>. Cependant, il apparaît que, en 1918, la proportion de Moldaves roumains se situait entre 56 et 66 %, soit 1,8 million de personnes. Des mouvements de populations se sont produits, à l’image des Ukrainiens et des Russes qui fuyaient la collectivisation des terres. Les étudiants, du fait de l’absence d’université à Chisinău, partaient à Cluj, Iași et Bucarest. Enfin, les fonctionnaires qui étaient mutés en Bessarabie le vivaient comme une punition et une dégradation de leur prestige social.</p>
<p style="text-align: justify;">La Bessarabie était perçue comme une région reculée et pauvre par rapport aux standards du reste du pays. Le contraste politique est particulièrement frappant si on la compare à la Transylvanie, elle aussi une région nouvellement rattachée : la Bessarabie se caractérisait alors par la faiblesse des partis politiques régionaux et des mouvements défendant les minorités, alors que les Magyars et les Allemands disposaient d’un parti en Transylvanie. Les Ukrainiens de Bessarabie, pourtant deuxième minorité, ne se sont jamais organisés en partis politiques stables et puissants, tandis que les Juifs se sont éparpillés dans de petits partis communautaires quand ils ne s’engageaient pas dans les partis nationaux, en particulier le parti communiste.</p>
<p style="text-align: justify;">Le sentiment nationaliste, lui aussi, se révèle complexe à cette période. Du fait de la diglossie mentionnée plus haut, les élites roumanophones étaient peu nombreuses et la présence des Roumains dans les villes restait discrète. De plus, l’analphabétisme rendait difficile la circulation des idées par le biais de journaux imprimés en Roumanie. Il y eut bien des tentatives au début du XX<sup>e</sup> siècle, en particulier après la révolte de 1905 en Russie, cependant leur influence a été ténue. C’est surtout vers la fin de la Première Guerre mondiale que les idées du panroumanisme se sont développées dans la région.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Aujourd’hui encore, une identité brouillée</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En 1940, Staline découpe la Bessarabie en deux : une partie est rattachée à la République socialiste d’Ukraine, l’autre devient la République socialiste de Moldavie. En 1991, peu après l’indépendance vis-à-vis de Moscou, la guerre civile consacre l’existence <em>de facto</em> de la Transnistrie, peuplée en majorité de russophones. En 2014, un statut d’autonomie est en outre accordé à la Gagaouzie, territoire situé au sud du pays et peuplé par des turcophones orthodoxes.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle nation pour ce pays ? Quelle identité ? On l’a vu, la politique de russification du territoire a apporté un brouillage durable dans l’identité moldave : tout d’abord, le détachement des élites urbaines des campagnes paysannes par le fait de la langue au temps du Tzar, puis la création <em>ex nihilo</em> d’une république dont la langue ne serait pas le roumain, mais le « moldave », une langue à part entière. Mais il ne suffit pas d’accuser la Russie d’avoir « corrompu » l’identité roumaine de la Moldavie/Bessarabie. L’étude de la « roumanité » de la région durant l’Entre-deux-Guerres montre bien un aspect plus nuancé : la Grande Roumanie n’a visiblement pas été à la hauteur de son ambition nationaliste et assimilationniste.</p>
<p style="text-align: justify;">La Moldavie n’a pas fini de définir son identité. La tension constatée dans les scrutins nationaux depuis la première victoire de la présidente moldave Maia Sandu en 2020 témoigne de cette hésitation entre deux franges du pays aux visées antagonistes. Le rapprochement avec la Russie, d’un côté, signe le détachement vis-à-vis de la Roumanie et l’enracinement dans une défiance à l’égard de l’Occident. De l’autre, les victoires pro-européennes marquent une direction affirmée en faveur de la démocratie libérale et du mouvement civilisationnel européen. La Roumanie est par ailleurs le plus fervent allié de la « nation sœur » moldave, la soutenant sur les volets diplomatiques, économiques et sécuritaires de son intégration européenne.</p>
<p style="text-align: justify;">La Moldavie est donc un pays unique et tiraillé. Décidément distincte de sa grande sœur roumaine, elle ne lui témoigne pas moins une affection marquée. Convoquer la période d’Entre-deux-Guerres permet néanmoins de constater que l’occupation russe a profondément affecté sa composition ethnique et, partant, la manière dont elle se perçoit, mais également que la Grande Roumanie ne s’est pas donné les moyens d’une véritable intégration. L’histoire politique contemporaine du pays témoigne d’une oscillation identitaire durable qui pourrait toutefois progressivement se clarifier, avec les choix à venir des populations qui le composent.</p>
<p><strong>Notes</strong> :</p>
<p><a id="n1"></a>(1) Le <em>pașoptism</em> est un courant intellectuel, politique et littéraire roumain qui naît autour de la révolution de 1848. Il s’agit d’un nationalisme romantique visant à l’unification des Principautés de Valachie et de Moldavie ainsi qu’à la fin du système féodal. Cette unification se concrétise en 1859, avec la « Petite Union » (<em>Uniunea Mic</em><em>ă</em>).</p>
<p><a id="n2"></a>(2) Alberto Basciani, <em>Dificil</em><em>ă Unire: Basarabia și România Mare: 1918-1940, </em><a href="https://regard-est.com/le-cartier-latin-de-chisinau-entretien-avec-un-editeur-moldave-qui-compte-sur-le-marche-roumain">Cartier</a>, 2018, p. 130.</p>
<p><a id="n3"></a>(3) Matei Cazacu et Nicolas Trifon, <em>Un État en quête de nation – La République de Moldavie,</em> « Histoire de la Bessarabie ou Moldavie orientale », Non lieu, 2010, p. 317.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Vignette</strong> : carte de la Bessarabie en 1917 (copyright ; <a href="https://ro.wikipedia.org/wiki/Fi%C8%99ier:Map_of_RDM-1917.jpg">Alexis Nour/Wikipedia</a>).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* Alexandre Hogu est assistant de recherche à l’Institut Thomas More.</p>
<p><strong>Pour citer cet article :</strong> Alexandre HOGU (2026), « Moldavie : une ‘roumanité’ à nuancer ? », <em>Regard sur l'Est</em>, 9 février.</p>
<p><a href="#h1"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone  wp-image-12741" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png" alt="244x78" width="244" height="78" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-300x96.png 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-768x246.png 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1-1024x328.png 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2020/10/flèche-bleue-2-png-1.png 1634w" sizes="auto, (max-width: 244px) 100vw, 244px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
</div>
</div></div></div></div></div><div style="display:flex; gap:10px;justify-content:center" class="wps-pgfw-pdf-generate-icon__wrapper-frontend">
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		<title>Ukraine: ‘It is essential to recall that Russia understands only the balance of power’ – Interview with Anastasia Fomitchova</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Assen Slim]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Nov 2025 17:11:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Type à lister]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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	<p><strong><a id="h1"></a>Anastasia Fomitchova is the author of the highly acclaimed <em>Volia</em>. This young Franco-Ukrainian doctor of political science, who had no prior connection to war, recounts her experience as a combat nurse on the front lines. Now committed to supporting Ukraine’s accession to the EU, she reflects on the incredible resilience of Ukrainian society, the imperfect support of Western allies, and the progress of reforms in wartime.</strong></p>
</div>
</div></div></div></div><div id="pg-19174-1"  class="panel-grid panel-no-style" ><div id="pgc-19174-1-0"  class="panel-grid-cell" ><div id="panel-19174-1-0-0" class="so-panel widget widget_sow-editor panel-first-child panel-last-child" data-index="1" ><div
			
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<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-18938 alignright" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2025/10/25-11-03-Couverture-Volia-225x300.jpg" alt="Couverture du livre Volia." width="225" height="300" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2025/10/25-11-03-Couverture-Volia-225x300.jpg 225w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2025/10/25-11-03-Couverture-Volia-768x1024.jpg 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2025/10/25-11-03-Couverture-Volia-1152x1536.jpg 1152w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2025/10/25-11-03-Couverture-Volia-1536x2048.jpg 1536w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2025/10/25-11-03-Couverture-Volia.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px" />This was not the first such experience for Franco-Ukrainian researcher Anastasia Fomitchova: in 2017, at the age of 23, she had already chosen to join the Donbass as a combat nurse, responsible for first aid. Immediately after 24 February 2022 and Russia’s large-scale invasion of Ukraine, she suspended her PhD. She decided to return to her native Ukraine as a medic, participating in the defence of Kyiv, the eastern front, and the Kherson counter-offensive. In her recently published book, she recounts this experience, combining personal accounts with reflections on Ukrainian resilience, or Volia, which she defines as <em>“the strength nourished by the love we have for our country and our freedom,”</em> in the face of a Russia that continues to question the foundations of its own identity.</p>
<p style="text-align: justify;">Anastasia Fomitchova kindly agreed to answer questions from <em>Regard sur l’Est</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>In your book, you recount your successive commitments between 2017 and 2022, the rupture this personal choice entailed, the fear you may have felt, and the need to go to the front line... How do you assess Ukrainian society’s ability to hold out in the long term, given that Russia is deliberately waging a war of attrition?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Anastasia Fomitchova</strong>: To fully understand Ukrainian society’s capacity to hold out in the long term, we must go back to the roots of the armed mobilisation in 2014. After the fall of Viktor Yanukovych’s regime, in a context marked by two decades of budget cuts, the sale of arms stocks on Ukrainian soil, and an apparent lack of willingness on the part of the political and economic elites to invest in the defence sector, it was ordinary citizens who took charge of organising it. In 2022, as in 2014, civil society joined the ranks of the army. Resistance to the invasion, therefore, relies above all on these powerful social ties between the military and society.</p>
<p style="text-align: justify;">It should be remembered that the war is very costly for Ukrainian society, which is about to enter its fourth winter of war and, in February 2026, its fifth year of total conflict. Every Ukrainian family has at least one relative who has joined the army, been wounded, or killed on the front line, or in a bombing raid behind the lines. This creates a firm moral commitment to refuse to give in to Russian aggression. Russia targets energy infrastructure as a priority and does not hesitate to target other civilian infrastructure – schools, supermarkets, hospitals, churches – in complete violation of international humanitarian law, with the aim of “breaking the morale” of the population and undermining the war effort. But this strategy of terror is having the opposite effect. Ukrainian society has developed remarkable resilience: public services are functioning, engineers are repairing the damage caused by night-time strikes, and municipalities have set up “invincibility points” where people can heat themselves and recharge their electronic devices during power cuts. Thus, from the point of view of civil society, continuing to live in cities despite massive attacks and water and electricity cuts, and keeping the economy running, is a form of resistance to Russia’s desire to destroy the country.</p>
<p style="text-align: justify;">From a military perspective, the situation is no longer the same as it was in 2022. The development of the defence sector – Ukraine now has the capacity to produce large quantities of drones and its own long-range missiles to strike military targets in Russia, such as logistics centres, weapons depots and refineries supplying the Russian armed forces – has helped to rebalance the balance of power on the ground. It should be remembered that, since 2022, the Russian army has advanced only about 1% into Ukrainian territory, compared to the areas conquered before and during 2022. Thus, both on the front lines and behind them, Ukrainians have developed the capacity to withstand Russian aggression not only from a military standpoint but also through social and moral cohesion. In a context where Russia is banking on attrition, Ukrainian society continues to resist to ensure the existence of the Ukrainian state.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-18939" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2025/10/25-11-03-Portrait-A-Fomitchova-240x300.jpg" alt="Portrait d'A. Fomitchova." width="736" height="920" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2025/10/25-11-03-Portrait-A-Fomitchova-240x300.jpg 240w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2025/10/25-11-03-Portrait-A-Fomitchova.jpg 512w" sizes="auto, (max-width: 736px) 100vw, 736px" /></p>
<p style="text-align: justify;">Anastasia Fomitchova (© JF PAGA).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>In your book, you denounce the discrepancy between the procrastination of Ukraine’s allies and the urgency of the situation on the ground: beyond the daily issue of arms deliveries, what leverage do you think European countries have today to force Vladimir Putin to enter into sincere negotiations?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">The timing of European countries' decision-making does not align with the war on the ground. By refusing to react in 2014 and setting red lines, Europe has placed itself in a position of weakness. From 2022 onwards, the reluctance to supply arms reflected a lack of political will, giving Russia a strategic advantage over European countries, which, for fear of escalation, had long limited themselves to supplying defensive weapons. This excessive caution, which Moscow fully understood and exploited, allowed it to continue its offensives.</p>
<p style="text-align: justify;">Since 2014, and even more so since 2022, Western countries have refused to engage in confrontation with Russia due to its blackmail regarding the use of nuclear weapons. Already in 2014, Vladimir Putin declared himself ready to use nuclear weapons in the event of Western intervention during Russian operations in Crimea. In 2015, the Minsk agreements froze the conflict in eastern Ukraine but did not address the peninsula’s reintegration. This refusal to take any position other than a policy of compromise towards Moscow paved the way for the large-scale invasion of February 2022.</p>
<p style="text-align: justify;">It is nevertheless essential to recall that Russia understands only the balance of power. Despite political initiatives, the issue of sending troops to Ukraine remains, even today, a source of disagreement among Ukraine’s allied countries. In the absence of direct engagement on the ground, apart from the promise of deploying reassurance troops envisaged following a ceasefire, Western countries nevertheless already possess concrete levers: immediately strengthening the air defence of Ukrainian cities; relaunching the production and delivery of strategic weapons, in particular long-range missiles; investing massively in Ukraine’s defence sector; improving the implementation, monitoring and coordination of sanctions targeting key sectors of the Russian economy. Another decisive lever concerns the seizure of frozen Russian assets as collateral for a reparations loan, which could be used to enhance the Ukrainian army’s defensive capabilities while sending a strong signal to Moscow. It must be noted that today, Russia still refuses a ceasefire, and that it is, above all, targeted strikes on Russian territory that make it possible to rebalance the military situation on the ground. In other words, there is no other way to compel Vladimir Putin to engage in a genuine negotiation process than by intensifying economic pressure on Russia and placing Ukraine in a position of military strength. Apart from prisoner exchange agreements, no diplomatic effort launched since January 2025 has succeeded.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>You write that this war will allow Ukraine to break free from old patterns of corruption and lay the foundations for a new era. But you also mention the demographic losses since 2014 and the fact that Ukraine has lost its <em>“brightest elements on the front line.”</em> How do you see the future of this battered country? You now live in Kyiv and are involved in projects related to Ukraine’s integration into the European Union. </strong><strong>What European future do you envisage for Ukraine, and on what timeframe?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">While it remains challenging to project oneself on the question of accession, since this is also linked to the EU’s ability to overcome its internal blockages, Ukraine’s entry into this process has unquestionably accelerated the implementation of specific reforms. In June 2022, the granting of EU candidate country status led the European Commission to define a set of prerequisites for opening negotiations. These recommendations focused in particular on a profound reform of the judicial system, the strengthening of the fight against corruption, especially at the highest level, the “de-oligarchisation” of the system, and the adaptation of legislative frameworks to European standards in the areas of combating money laundering, media regulation, and the protection of national minorities.</p>
<p style="text-align: justify;">Several notable advances should be highlighted in this respect. At the legislative level, Ukraine took a significant step forward in September 2025 by completing the assessment of the conformity of its legislation with European standards, which began in July 2024 as part of the accession negotiations. In the field of anti-corruption, the full-scale war and pressure from Western partners have enabled the relaunch of specific reforms that had stalled since 2019 and limited oligarchs' influence on the political scene.</p>
<p style="text-align: justify;">Indeed, since the mid-1990s, Ukraine has been suffering from systemic corruption fuelled by a deeply entrenched oligarchic system, with business people using institutions to protect and expand their economic capital. Before 2022, many reforms were thus blocked by political actors acting in the service of their private interests. In the context of the full-scale war, alongside the strengthening of institutions, the political authorities have launched a vast campaign of “de-oligarchisation,” profoundly altering the balance of power with these economic actors. Some have been arrested, others have left the country, and all have seen their economic capital significantly reduced, notably due to the destruction or loss of control over numerous industrial infrastructures.</p>
<p style="text-align: justify;">Finally, beyond the pressure exerted by Western partners, it is essential to highlight the central role of civil society in these developments. Last summer, <a href="https://regard-est.com/ukraine-soumettre-un-nouveau-projet-de-loi-au-parlement-nest-quune-premiere-etape-et-non-une-solution-entretien-avec-olena-halushka">an attempt by the executive power to restrict the independence of two key institutions, the National Anti-Corruption Bureau (NABU) and the Anti-Corruption Prosecutor’s Office (SAPO), triggered a strong reaction from civil society</a>, which led the authorities to reverse their decision. This mobilisation illustrated the central role that civil society continues to play, alongside international actors, in pursuing and consolidating reforms linked to the European integration process. In sum, despite the context of war and attempts at obstruction, Ukraine has managed to maintain a dynamic of institutional transformation within the framework of European integration. The success of this endeavour, therefore, now rests on maintaining a balance among political will, international pressure, and civil society’s capacity to ensure respect for the independence and integrity of institutions.</p>
<p><a href="https://regard-est.com/ukraine-il-est-essentiel-de-rappeler-que-la-russie-ne-comprend-que-le-rapport-de-force-entretien-avec-anastasia-fomitchova">Link to the French version of the article</a></p>
<p>Translated from French by Assen SLIM (<a href="http://assenslim.unblog.fr/2013/02/22/assen-slim/">Blog</a>)</p>
<p><strong>To cite this article:</strong> Céline BAYOU (2025), “Ukraine: ‘It is essential to recall that Russia understands only the balance of power’ – Interview with Anastasia Fomitchova,” <em>Regard sur l’Est</em>, 3 November.</p>
<p><a href="https://doi.org/10.5281/zenodo.18077274"><img decoding="async" id="record-doi-badge" title="Get the DOI badge!" src="https://zenodo.org/badge/DOI/10.5281/zenodo.18077274.svg" alt="10.5281/zenodo.18077274" data-target="[data-modal='10.5281/zenodo.18077274']" /></a></p>
<p><a href="#h1"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-14825" src="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2022/01/flèche-bleue-2-png-ENGLISH-300x96.png" alt="250x80 (English)" width="250" height="80" srcset="https://regard-est.com/wp-content/uploads/2022/01/flèche-bleue-2-png-ENGLISH-300x96.png 300w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2022/01/flèche-bleue-2-png-ENGLISH-768x246.png 768w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2022/01/flèche-bleue-2-png-ENGLISH-1024x328.png 1024w, https://regard-est.com/wp-content/uploads/2022/01/flèche-bleue-2-png-ENGLISH.png 1634w" sizes="auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px" /></a></p>
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