Bulgarie-Grèce : le retour des restes du tsar Samuil, symbole d’une réconciliation historique

Plus de mille ans après la mort de ce dernier, les restes attribués au tsar bulgare Samuil (997-1014) ont été officiellement remis à la Bulgarie par la Grèce le 3 octobre. Conservés jusqu’alors au Musée de la culture byzantine de Thessalonique, ils ont été accueillis à Sofia lors d’une cérémonie d’État avant d’être déposés dans la basilique Sainte-Sophie. Leur retour clôt plusieurs décennies de négociations entre Sofia et Athènes.

Découverts en 1969 par l’archéologue grec Nikolaos Moutsopoulos dans la basilique Saint-Achille, sur une île du lac Prespa, les restes avaient été identifiés comme ceux du souverain médiéval qui dirigea le Premier Empire bulgare dans sa lutte contre Byzance.

La Grèce a également remis à Sofia des restes provenant de deux autres sarcophages, attribués au tsar Gavril Radomir et à d’autres membres de la famille royale.

La restitution s’inscrit dans un accord patrimonial réciproque. En contrepartie, la Bulgarie remet à la Grèce 48 objets religieux – icônes, croix, objets liturgiques et un trône épiscopal - provenant notamment de monastères et d’institutions ecclésiastiques de la région de Serrès et transférés en Bulgarie pendant la Première Guerre mondiale. Les ministres de la Culture des deux pays avaient préalablement signé un mémorandum encadrant le transfert mutuel de biens historiques, religieux et culturels.

À Thessalonique, les Premiers ministres Roumen Radev et Kyriakos Mitsotakis ont présenté l’accord comme un exemple de dépassement des différends historiques par la coopération. R. Radev a estimé que Samuil, autrefois associé aux affrontements entre les deux peuples, contribuait désormais à les rapprocher et à renforcer leur partenariat stratégique. K. Mitsotakis a, de son côté, exprimé l’espoir que cette restitution réciproque ouvre la voie au retour d’autres biens culturels dans les deux pays.

L’accord possède enfin une dimension européenne plus large, alors que les restitutions patrimoniales restent un sujet sensible. K. Mitsotakis a lui-même rapproché cette initiative de la revendication grecque concernant les sculptures du Parthénon conservées au British Museum. Athènes demande depuis plusieurs décennies leur réunification avec les éléments conservés au musée de l’Acropole. Les discussions avec Londres restent cependant difficiles, notamment en raison du désaccord sur leur propriété et sur la formule juridique d’un éventuel transfert. L’échange entre Sofia et Athènes offre ainsi un exemple de coopération bilatérale permettant de résoudre, par la négociation et la réciprocité, des contentieux patrimoniaux anciens.

Sources : Bulgarian News Agency, Associated Press, Al Jazeera, Bulgarian News Agency.