À Moissac, une campagne électorale centrée sur l’immigration bulgare

Depuis 2007, les agriculteurs de l’arrondissement de Castelsarrasin emploient une importante main-d’œuvre bulgare appartenant à la communauté rom et originaire du district de Pazardjik (Bulgarie du Sud). L’offre de travail a entraîné l’accroissement de la présence de ces ressortissants de l’UE sur ce petit territoire, et notamment dans la ville de Moissac, où les intéressés ont pu louer des logements vétustes dans le centre-ville. La saisonnalité de l’emploi implique que leur nombre y varie de moins de 200 personnes en hiver jusqu’à plus d’un millier en été.

Cette visibilité a occupé une place centrale dans la campagne électorale en vue des élections municipales de mars 2020. Le candidat du Rassemblement national, Romain Lopez (ancien assistant parlementaire de Marion Maréchal), en a fait un de ses chevaux de bataille pour conquérir une mairie encore occupée par une majorité LR. Habilement, le mot « Bulgare » n’a quasiment jamais été prononcé par le candidat, mais les sujets évoqués ont fait directement référence aux difficultés rencontrées par les Moissagais avec ces populations.

La liste de R. Lopez a obtenu 47,3 % le 15 mars. Deux autres listes sont en position de se maintenir au second tour, celle du collectif TEMS (divers gauche), arrivé en deuxième position, et celle de la majorité sortante.

Dès le soir de l’élection, la panique s’est emparée de quelques familles bulgares, dont certaines ont affirmé vouloir s’inscrire sans tarder à des cours de français afin d’attester leur volonté d’intégration. Nombreux sont ceux qui, au sein de la communauté rom bulgare de Moissac, craignaient depuis plusieurs mois l’élection d’un nouveau maire, plus hostile au maintien de leur présence dans la ville. Si certains membres de la communauté ont marqué un certain intérêt en visitant les permanences de candidats divers droite et divers gauche durant la campagne, globalement, la motivation leur a toutefois manqué pour effectuer les démarches nécessaires pour s’inscrire sur les listes électorales.

Sources : CIEMI, entretiens avec des membres de la communauté bulgare.