Les « commissionnaires » bulgares, des rabatteurs acteurs de la vie agricole moissagaise

En haute saison agricole, la population bulgare de l’arrondissement de Castelsarrasin dépasse désormais régulièrement le millier de personnes, conséquence d’un fort besoin de main-d’œuvre que la population autochtone n’est pas en mesure de satisfaire.

Depuis plusieurs années, une poignée de membres de la communauté bulgare profite de ces mobilités en se faisant rétribuer pour conduire, souvent en fourgon ou minibus, des saisonniers de Bulgarie en France, ou d’autres régions de France (Bordeaux, Toulouse) vers l’arrondissement de Castelsarrasin. Ils se chargeraient ensuite de les mettre en relation avec des exploitants locaux en échange de rémunération de la part de leurs compatriotes, d’où le sobriquet de « commissionnaires » (« komisioneri » en bulgare).

La « commission » s’élève habituellement à 150 euros mensuels. Près d’une trentaine de camionnettes ou de microbus immatriculés en Bulgarie sont ainsi régulièrement stationnés dans la région uvale. Une partie de ces véhicules serviraient à ce que certains membres de la communauté bulgare n’hésitent plus à qualifier de « trafic d’êtres humains ». Quelques rabatteurs utilisent également leur berline pour aller discrètement chercher des saisonniers bulgares empruntant l’un des bus reliant Sofia à l’Espagne et descendant à la gare routière de Toulouse. Ces pratiques sont souvent claniques. Ainsi, des enfants bulgares scolarisés sur la commune sont parfois impliqués dans le cadre d’un accompagnement : ils servent d’interprètes dans la vie de tous les jours.

Cette exploitation révolte une partie de la communauté, notamment les plus religieux qu’ils soient évangéliques, adventistes ou Témoins de Jéhovah. Le renouvellement de main-d’œuvre permet aux « commissionnaires » de conserver une position dominante dans la communauté et de profiter chaque année de recrues serviles. Les victimes de ces abus ne souhaitent pas déposer plainte, car elles craignent d’être pénalisées ensuite dans leurs expériences de migration économique communautaire.

Les exploitants recourent surtout à ces rabatteurs lorsqu’ils doivent faire face à des besoins urgents de main-d’œuvre : en effet, il semble que seuls ces intermédiaires arrivent à leur procurer, souvent sans surcoût, plusieurs dizaines de saisonniers agricoles au pied levé. Quelques commissionnaires se sont désormais installés dans l’arrière-pays moissagais, craignant les prochaines initiatives de la nouvelle mairie de Moissac, dirigée depuis juillet 2020 par un ancien proche de Marion Maréchal Le Pen.

Sources : CIReB (Rapports n° 2 du 9 décembre 2019), entretiens avec des membres de la communauté bulgare (Moissac, Toulouse), observations recueillies dans l’arrondissement de Castelsarrasin.

2+