En Russie, les personnes infectées par le VIH sont considérées comme inaptes au service militaire. Pourtant, force est de constater que, depuis le début de la guerre d’invasion de l’Ukraine, les cas de séropositivité se multiplient dans les corps d’armée présents dans les territoires occupés. Alors qu’elles peinent à mobiliser et à enrôler de nouvelles recrues, Les Forces armées ont besoin de nouveaux soldats sur le front dans un conflit qui s’éternise ; dans ce contexte, les médecins militaires sont de moins en moins regardants sur le critère de la séropositivité des effectifs.
Alexeï Lachov, conseiller auprès des programmes de lutte contre le VIH en Russie et qui vit désormais en Allemagne, a déclaré récemment à la Schweizer Radio und Fernsehen (SRF) qu’« il y a une épidémie de VIH en Russie » et que la situation est désormais « très, très mauvaise ». Il l’explique par le recrutement par l’armée à partir de 2022 de dizaines de milliers de prisonniers, souvent toxicomane et séropositifs (1 prisonnier sur 3 est incarcéré à la suite de la Commission d’infractions à la législation sur les stupéfiants). Le nombre de soldats séropositifs aurait été multiplié par 40 et il ne s’agit que des cas déclarés : or, une partie de ces militaires dissimulent probablement leur infection pour poursuivre leur activité (la solde est attractive) sans être inquiétés.
Alexeï Lachov s’inquiète de l’augmentation de la transmission de la maladie sur le front en raison de la consommation de drogues, des rapports sexuels non protégés, des transfusions sanguines régulièrement réalisées dans l’urgence sans test de séropositivité (du fait d’une pénurie de tests) et du manque d’instruments stériles (réutilisation des seringues et matériel médical) pour les opérations et soins apportés aux blessés. En raison de la pénurie de matériel, les règles d’hygiène sont impossibles à respecter sur le front. Le facteur aggravant à cette tendance est l’accroissement de la prostitution dans les territoires ukrainiens occupés.
Selon le ministère russe de la Santé, le pays compterait actuellement un million de séropositifs, ce qui représente 1 % de sa population.
Source : SRF, Dnevnik, Novaya Gazeta.