Le 19 mai, les locaux de l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences de Russie ont fait l’objet d’une perquisition dans le cadre d’une affaire de détournement de fonds alloués à la traduction des œuvres complètes d’Aristote. Dix chercheurs ont été emmenés au Comité d’enquête, où ils ont été interrogés avant qu’on ne perde leur trace durant plusieurs jours. L’un des collaboratrices de l’Institut, Svetlana Mesiats, responsable scientifique du projet de nouvelle édition complète des œuvres d’Aristote, a été placée en détention, accusée de fraude : le 21 mai, l’audience relative à son cas aurait révélé une erreur dans la comptabilité du projet, ce qui lui vaut depuis d’être placée en résidence surveillée. L’accusée récuse tout détournement et rappelle que ses pouvoirs s’arrêtaient à la responsabilité scientifique du projet.
La philosophe et correspondante de l’Académie des sciences de Russie Ioulia Sineokaïa, qui a quitté la Russie, estime que l’accusation de complot en vue de détournement de fonds publics portée à l’encontre de ses collègues n’est qu’un prétexte. Derrière, se cacherait un conflit entre membres actuels et passés de la direction de l’Institut de philosophie, sur fond de soutien à l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine et de promotion des prétendues valeurs « traditionnelles » russes.
En 2024, Olga Zinovieva, veuve du philosophe et écrivain Alexandre Zinoviev, avait demandé un contrôle de l’Institut afin de vérifier sa « loyauté envers les autorités russes ». Elle qualifiait alors l’établissement de « dernier refuge des scélérats, traîtres, agents de l’étranger, transfuges, russophobes et extrémistes qui trompent notre peuple et la direction de notre pays ».
Sources : Meduza, Mediazona, Novaya Gazeta Evropa, iphras.ru, Rbk.