Kosovo : après dix-neuf mois de crise, le Parlement élit une nouvelle présidente

Après plus de dix-neuf mois de blocage institutionnel, le Parlement du Kosovo a élu, dans la nuit du 6 au 7 octobre 2026, Justina Shiroka-Pula à la présidence de la République. L’économiste et universitaire de 73 ans a obtenu 81 voix sur les 120 députés, soit une voix de plus que la majorité qualifiée requise. Son élection, intervenue à l’issue du délai fixé par la Cour constitutionnelle, permet au pays d’éviter un nouveau scrutin législatif anticipé.

Cette nomination intervient après une succession de crises politiques et électorales. Depuis les législatives de février 2025, le mouvement Vetëvendosje (Autodétermination), dirigé par le Premier ministre Albin Kurti, a rencontré des difficultés à obtenir les majorités parlementaires nécessaires au fonctionnement des institutions. De nouvelles élections législatives ont été organisées en juin 2026, sans mettre fin aux désaccords entre les principales formations politiques.

La situation s’est aggravée avec l’expiration, en avril, du mandat de la présidente Vjosa Osmani. La présidente du Parlement, Albulena Haxhiu, assurait depuis lors l’intérim, limité constitutionnellement à six mois. L’incapacité des députés à élire un nouveau chef de l’État avant le 6 octobre aurait entraîné une nouvelle dissolution parlementaire.

La désignation de J. Shiroka-Pula résulte d’un compromis entre Vetëvendosje et le Parti démocratique du Kosovo (PDK), formation d’opposition. Cet accord s’accompagne d’une controverse concernant les amendements à la législation encadrant les Chambres spécialisées pour le Kosovo, tribunal établi à La Haye pour juger des crimes commis pendant la guerre de 1998-1999. Les modifications envisagées, visant notamment à limiter certaines prérogatives de cette juridiction, ont suscité des manifestations et des préoccupations concernant l’indépendance de la justice.

Ancienne ministre de l’Énergie et des Mines entre 008 et 2011 et présidente de l’Académie des sciences et des arts du Kosovo, J. Shiroka-Pula devient la troisième femme à accéder à la présidence du pays depuis son indépendance proclamée en 2008.

Si son élection permet d’éviter un nouveau retour aux urnes, elle ne résout pas l’ensemble des tensions politiques. Le compromis conclu entre majorité et opposition soulève notamment la question des rapports entre stabilité institutionnelle, justice transitionnelle et État de droit. Dans un contexte de relations toujours difficiles avec la Serbie et de rapprochement européen, la capacité des institutions kosovares à maintenir un fonctionnement durable demeure un enjeu central.

Sources : Reuters, Associated Press, Bulgarian News Agency, Euronews.