Estonie : faut-il fermer la frontière avec la Russie?

Fin janvier, Tallinn a décrété une interdiction d’entrée à vie sur le territoire estonien pour 261 militaires russes ayant participé à la guerre contre l’Ukraine et relevant d’unités militaires situées à proximité des frontières de l’Estonie. Ce nombre reste faible comparativement à celui de Russes impliqués dans cette guerre d’ampleur depuis 2022 mais c’est, selon le ministre estonien des Affaires étrangères Margus Tsahkna, une première étape appropriée à la situation actuelle et à son évolution prévisible : d’abord parce que Moscou a déjà mise en œuvre des tactiques de guerre hybride, dont le recours aux « petits hommes verts » (Crimée, 2014), à des « citoyens armés concernés » (Donbass, 2014) ou à des « touristes » un peu perdus (Salisbury, 2018) ; en tant qu’Etat frontalier de la Russie, l’Estonie ne peut ignorer qu’un scénario similaire pourrait lui être appliqué. Ensuite parce que les combattants russes démobilisés commencent déjà à poser des problèmes en Russie même : anciens criminels, soumis à des syndromes post-traumatiques, déclassés, parfois armés… beaucoup contribuent à la hausse de la criminalité constatée en Russie. Dès lors, l’Estonie estime qu’elle doit veiller à ne pas voir les activités de gangs locaux ou de criminels isolés s’étendre au-delà des frontières russes.

Une fermeture totale de la frontière orientale n’est pas exclue, même si le ministre des Affaires étrangères note qu’aucune menace directe pour la sécurité n’est pour le moment constatée. Une fermeture pourrait intervenir en quelques heures si le gouvernement décidait de le faire. A ce stade, le passage frontalier de Narva, point de focalisation, est réservé aux piétons uniquement, et ce depuis près de deux ans : même si la Russie annonce vouloir moderniser le poste-frontière de son côté, Tallinn a déjà annoncé que la circulation automobile ne serait pas rétablie tant que la Russie n’aura pas mis fin à sa guerre en Ukraine. Le 17 décembre, trois gardes-frontières russes auraient traversé illégalement la frontière à proximité de Vaskvarna (au nord du lac Peipus), ce que Moscou nie absolument.

Quoi qu’il en soit, une mesure de fermeture totale des frontières estoniennes n’aurait de sens que si elle s’appliquait simultanément sur l’ensemble de l’espace Schengen.

Sources : Postimees, ERR.ee.