Environ un quart des exportations russes de blé transitent traditionnellement par le canal Azov-Don. Les deux principales régions céréalières russes, l’oblast de Rostov et le kraï de Krasnodar, sont riveraines de la mer d’Azov et c’est dans la région du détroit de Kertch que se situe le deuxième plus grand port russe du bassin de la mer Noire.
Or, la Russie vient de suspendre la navigation sur ce canal qui relie le fleuve Don à la mer d’Azov, en raison des attaques répétées de drones ukrainiens : au cours des derniers jours, une trentaine de navires russes (dont des pétroliers) situés en mer d’Azov ont en effet été la cible des engins ukrainiens, avec un succès indéniable.
Par ailleurs, le service russe des frontières (qui dépend du FSB) aurait informé les compagnies maritimes qu’il ne traitera plus les demandes de passage par le détroit de Kertch, qui relie la mer d’Azov à la mer Noire, jusqu’à une date indéterminée. En cas de fermeture prolongée de la navigation, les navires civils des ports russes de la mer d’Azov (Taganrog, Rostov-sur-le-Don, Azov) vont se trouver coupés des routes maritimes internationales. D’ores et déjà, les images de longues files d’attente de camions chargés de céréales ont été diffusées.
L’intensification des attaques ukrainiennes contre les navires russes en mer d’Azov et contre les raffineries de pétrole a entraîné la plus grave crise énergétique que la Russie ait jamais connue. Ce blocage maritime vient donc s’ajouter aux difficultés liées au manque de carburant, qui affecte déjà largement le secteur agricole russe en saison de récolte. Le 10 juillet, les cours du blé sur la bourse européenne Euronext ont augmenté de 4 %.
Des alternatives existent pour sortir les céréales russes, via les mers Caspienne et Baltique notamment mais, pour permettre de compenser, cette réorganisation demanderait du temps et de l’argent.
Cette situation marque une victoire stratégique ukrainienne notable, alors que la Russie s’efforce depuis des années de couper l’Ukraine de ses façades sur les mers Noire et d’Azov. Les exportations ukrainiennes de céréales via la mer Noire ont été gravement perturbées par l’invasion à grande échelle du pays par la Russie. Durant l’été 2022, un accord sur les céréales de la mer Noire a été trouvé, grâce à la médiation de l’ONU et de la Turquie, permettant à l’Ukraine d’exporter 33 millions de tonnes de céréales en un an, jusqu’à ce que la Russie se retire de l’accord, en juillet 2023.
Sources : The Moscow Times, Novaya Gazeta Evropa.