Bulgare : panégyrique de Delyan Peevski… en son absence

Les années 1980 ont été marquées en Bulgarie par le processus de régénération nationale, niant la spécificité des identités culturelles des minorités roms et turques de Bulgarie, le régime socialiste souhaitant homogénéiser par la force la société civile. Le 26 décembre 1984 dans le village de Moguilyani (commune de Kirkovo, dans le district de Kardzhali), des manifestations avaient alors opposé des soldats à des membres de la communauté turque. Les militaires avaient fait feu sur les villageois, tuant six femmes et un homme, et provoquant un mouvement de foule qui avait entraîné la mort d’un enfant âgé d’à peine 17 mois.

Depuis, chaque année, des membres du DPS (Mouvement pour les Droits et la Liberté) se réunissent auprès du monument érigé en 1990 pour commémorer ces événements et rappeler les tragédies provoquées par la politique d’assimilation forcée du Parti communiste.

Le 26 décembre 2025, en l’absence de son dirigeant Delyan Peevski (récent vainqueur du duel l’opposant depuis 2023 à Ahmed Dogan pour le leadership au sein de l’ancien DPS), les cadres du DPS Nouveau départ ont participé au traditionnel rassemblement. A leurs côtés se tenaient des habitants de la localité, ainsi que de nombreux autres politiciens dont les coprésidents de la formation Oui Bulgarie, Ivaylo Mirchev et Bozhidar Bojanov. Iskra Mihaylova, vice-présidente de la formation de D. Peevski, a rappelé que son parti souhaitait préserver « l’esprit de ceux qui n’ont pas eu peur de la machine communiste, et qui […] ont parlé de droits, d'unité et d’humanité. Ils ont été confrontés à la haine, et certains même à la mort ». Plusieurs cadres du DPS Nouveau départ ont ensuite profité de l’occasion pour encenser leur leader. Ainsi, Nejmi Ali, maire de Dzhebel (près de 21 000 hab.), a déclaré que sa formation avait « choisi son leader, et qu’il s’appelle Delyan Peevski », un politicien qui a selon lui transformé et « dynamisé toutes les institutions en Bulgarie ». Erol Mumun, maire du chef-lieu du district, Kardzhali (près de 41 000 hab.), également vice-président du parti, après avoir appelé à l’unité, a précisé qu’au cours des deux dernières années, le DPS, sous la direction de D. Peevski, avait démontré comment « mener une politique constructive », sortant ainsi le parti de sa « léthargie » persistante. Il a également souligné que la voix du DPS commençait désormais « à être entendue » et « les problèmes à être résolus ». Notant que les municipalités DPS se développaient rapidement, il a laissé entendre que le crédit en revenait principalement à D. Peevski.

Pour rappel, les manifestations ayant entraîné la démission du gouvernement actuel ciblaient également D. Peevski, l’homme politique actuellement le plus détesté du pays, ce qui peut expliquer son absence ce 26 décembre : mieux valait laisser ses partisans s’exprimer.

Sources : Mediapool, DW, Facebook.