Hongrie : tensions en marge du transfert de deux prisonniers de guerre ukrainiens originaires de Transcarpathie

Péter Szijjártó, ministre hongrois des Affaires étrangères et du Commerce, est en discussion depuis plusieurs jours avec le Kremlin, car en raison de la guerre d’Iran et de la crise énergétique liée à ce conflit, Budapest souhaite obtenir l’assurance que Moscou sera en mesure de fournir à son pays les quantités de gaz naturel et de pétrole brut prévues par les contrats signés par les deux protagonistes, aux prix fixés avant les événements.

En marge de ces échanges, le ministre a également demandé la libération de deux Hongrois originaires de Transcarpathie (oblast d’Ukraine). Ces hommes possédant la double citoyenneté hongroise et ukrainienne avaient intégré l’armée ukrainienne dans le cadre de la mobilisation des hommes en âge de combattre, avant d’être détenus par les forces russes. Depuis le début de la guerre d’ampleur, le gouvernement hongrois critique l’enrôlement « forcé » de ces doubles nationaux résidant habituellement en Ukraine.

A la suite de ces discussions, Viktor Orbán et Vladimir Poutine ont directement échangé par téléphone le 4 mars sur le sort des deux militaires et, plus largement, sur celui de la minorité hongroise de Transcarpathie. Selon la presse russe, V. Poutine a proposé à son interlocuteur de libérer les deux prisonniers, ce qui a abouti à un accord de transfert des deux intéressés vers la Hongrie et non vers l’Ukraine. Le 5 mars, V. Orbán a déclaré avoir rendu visite aux deux prisonniers, précisant qu’ils étaient « enfin en sécurité », sous la « protection » de la Hongrie, sans donner d’information sur le site où il étaient pris en charge.

Le même jour, Kyiv, maintenu à l’écart de l’échange et sans nouvelle précise de ses ressortissants, a condamné avec force ce qu’il qualifie d’atteinte à la convention de Genève, car les deux militaires sont également de citoyenneté ukrainienne et appartiennent à l’armée de ce pays. Le gouvernement ukrainien a rappelé qu’en 2023, un échange similaire de 11 prisonniers de guerre ukrainiens avait été réalisé entre la Russie et la Hongrie sans l’aval de Kyiv. Considérant qu’il s’agit d’une provocation des autorités hongroises largement bienveillantes à l’égard du Kremlin, l’Ukraine a exigé que le gouvernement hongrois l’informe sur le lieu et les conditions d’accueil de ses soldats et sur leur état de santé.

Cet incident est intervenu alors que la tension monte depuis le 4 mars entre Kyiv et Budapest à la suite du blocage du plan européen d’aide financière à l’Ukraine de 90 milliards d’euros, dont Volodymyr Zelenski tient V. Orban et son gouvernement pour responsables.

Sources : Kozter, Mandiner, Tenyek, Info Start, Radio Svoboda.