Hongrie : quand les héritiers de V. Orbán découvrent les vertus de la rue

Le 5 septembre 2026, la place Kossuth à Budapest a offert une scène inattendue : des figures proches de l’ancien pouvoir Fidesz manifestaient contre le gouvernement de Péter Magyar. Sous le mot d’ordre « Ne féljetek! 2.0 » (« N’ayez pas peur ! 2.0 »), elles dénonçaient « l’arbitraire », les atteintes à l’État de droit et les évictions à la tête d’institutions publiques.

Après seize années au pouvoir, la droite d’Orbán se découvre donc une vocation de contre-pouvoir. Le renversement est savoureux alors que, pendant des années, les mobilisations contre Viktor Orbán furent présentées par le Fidesz comme l’œuvre d’activistes manipulés ou d’une opposition incapable de gagner par les urnes. Désormais, ses anciens soutiens occupent les places, allument des bougies « pour la démocratie » et dénoncent la toute-puissance de la majorité.

Le choc électoral d’avril 2026 explique cette métamorphose. Tisza a obtenu 53,18 % des suffrages de liste contre 38,61 % au Fidesz-KDNP et remporté 141 des 199 sièges. Le parti qui avait façonné les institutions et les règles du jeu doit maintenant apprendre les contraintes de l’opposition.

L’apprentissage reste hésitant. Selon 444.hu, environ un millier de personnes ont participé au rassemblement. Le contraste entre le discours et les slogans était saisissant : alors que les organisateurs promettaient un « pays de l’amour », des « traîtres à la patrie ! » ont retenti à l’évocation de Tisza. Huth Gergely, ancien rédacteur en chef de Pesti Srácok, a même promis que « l’heure de la revanche » viendrait bientôt.

Cette manifestation dit pourtant quelque chose de profond de l’après-Orbán. Le Fidesz reste une force majeure, avec 52 députés et un électorat solide, mais il ne contrôle plus l’agenda. La rue qu’il regardait hier avec suspicion devient l’un de ses instruments. L’alternance oblige les anciens maîtres du pouvoir à réapprendre la démocratie depuis l’autre côté de la barricade.

 

Sources : 444.hu, telex.hu, Nemzeti Választási Iroda.