Les établissements d’enseignement supérieur russes se voient désormais attribuer des quotas d’étudiants qu’ils doivent envoyer dans des unités militaires de dronistes. L’université russe d’Etat pour les sciences humaines (RGGOu) va ainsi devoir recruter 200 étudiants qui seront intégrés à la brigade de drone « Grom Kaskad », avec laquelle le doyen de la faculté d’études orientales, Nikita Filine, entretient des liens étroits, l’approvisionnant régulièrement en provisions diverses.
Cette pratique se répand sur l’ensemble du territoire. Au moins 91 établissements d’enseignement supérieur et 112 établissements d’enseignement secondaire professionnel recruteraient actuellement pour les unités de dronistes, créées en 2025. Les recruteurs assurent aux étudiants qu’ils seront démobilisés au bout d’un an, leur promettent des rémunérations élevées, le maintien de leur place dans leur établissement d’enseignement et même la possibilité de passer leurs examens en ligne.
Le vice-recteur de l’université d’économie Plekhanov est venu faire campagne directement en cours, promettant aux étudiants menacés d’exclusion une réintégration automatique et une admission prioritaire en master. Un étudiant de 2e année de l’université d’agriculture Morozov de Leningrad a affirmé que l’établissement avait refusé de lui accorder la possibilité de repasser ses examens et l’avait enjoint à conclure un contrat avec le ministère de la Défense, ce qui lui assurerait 2 millions de roubles et… un diplôme avec mention.
Les pressions exercées sur les étudiants seraient fortes : le doyen de l’université d’Etat des technologies de l’ingénierie de Voronej, Alexeï Skrypnikov, aurait traité les étudiants hésitants de « lâches » et les aurait invités à « retirer leurs pantalons pour enfiler des jupes » (sic). La directrice du collège des technologies de transports de Novossibirsk, Maria Kirsanova, aurait reproché aux étudiants leur peur des « cercueils de zinc » et les aurait enjoints à se rendre en Ukraine pour « défendre la patrie ».
Les défenseurs des droits humains, eux, affirment que conformément au décret afférent signé par V. Poutine, les contrats sont en réalité prolongés automatiquement. Le projet « Idite Lessom » (organisation de défense des droits humains opposée à la guerre et qui aide les Russes à éviter la conscription ou à déserter), fait donc campagne pour inviter les étudiants à ne pas se laisser entraîner dans une trajectoire dont en réalité ils ne peuvent plus sortir ensuite. D’autant que les pilotes de drones sont des cibles notoires sur le front (ils accompagnent les groupes d’assaut).
Sources : The Moscow Times, Viortska, T-Invariant.