Hongrie : le journaliste d’investigation Panyi Szabolcs accusé d’espionnage par le clan Orban

Panyi Szabolcs, journaliste d’investigation de Direkt36 et VSquare, enquête depuis plusieurs années sur les ingérences russes et leur impact sur la politique hongroise. Actuellement, il travaille sur une affaire impliquant d’importants flux financiers en provenance de Russie et à destination de la Hongrie, impliquant probablement des membres de l’appareil d’État et des acteurs gouvernementaux.

Le 23 mars, le journal Mandiner a publié un enregistrement audio dans lequel on entend le journaliste évoquer ses contacts avec une agence d’État d’un pays de l’Union européenne. Selon la presse, P. Szabolcs aurait communiqué le numéro de téléphone de Péter Szijjártó (Fidesz), le ministre des Affaires étrangères et du Commerce, à un service de renseignement étranger. Le même jour, le Premier ministre Viktor Orbán (président du Fidesz) a ordonné au ministre de la Justice, Bence Tuzson, d’enquêter immédiatement sur les informations concernant des écoutes téléphoniques ayant ciblé Péter Szijjártó.

Le député Gergely Gulyás (Fidesz) a annoncé qu’une plainte pour espionnage en collaboration avec un État étranger avait été déposée contre P. Szabolcs. Ce dernier s’est aussitôt défendu en postant sur les réseaux sociaux un message intitulé « Annonce et appel à témoins » dans lequel il nie être lié de près ou de loin avec des écoutes téléphoniques ciblant P. Szijjártó. Il qualifie l’accusation portée à son encontre de « totalement infondée » et explique que, dans la conversation révélée par Mandiner, il « frimait » auprès de sa correspondante (une source confidentielle apparemment mise sur écoute par les services de renseignement) en étalant ses relations (notamment Anita Orbán, experte en politique étrangère du parti Tisza de centre-droit) dans l’espoir d’obtenir des informations de sa part, afin de pouvoir avancer dans ses investigations. Le journaliste dit enquêter depuis 2023 sur les contacts potentiellement « illégaux » de P. Szijjártó avec des responsables russes et souligne qu’« accuser des journalistes d’investigation d’espionnage est totalement inédit au XXIsiècle de la part d’un État membre de l’Union européenne » et que « c’est bien typique de la Russie de Poutine, du Bélarus et des régimes similaires ».

Cette affaire survient alors que l’UE a, selon les confidences recueillies par Politico, exclu la Hongrie de négociations sensibles par crainte que le gouvernement hongrois ne divulgue des informations à la Russie.

Sources : Telex, Mandiner, réseaux sociaux, Euronews.