La reprise de dialogue initiée par Washington avec Minsk n’en finit pas de susciter des réactions : elle a provoqué une scission entre membres de l’opposition bélarusse en exil, scindée entre partisans du maintien d’une ligne ferme à l’égard du président en exercice Aliaksand Loukachenka et ceux prônant un alignement sur la politique américaine pour raisons humanitaires. Ces divisions atteignent également la Lituanie où le chef du parti social-démocrate Mindaugas Sinkevičius, favorable à la reprise d’un dialogue, vient de déclarer que le Président et le gouvernement lituaniens devraient s'accorder sur une stratégie à l'égard du Bélarus.
Ces propos ont provoqué des réactions assez fermes de la part des responsables du gouvernement mais aussi de l’opposition, qui ont fait valoir l’absence de modification du comportement de Minsk à l’égard de Vilnius et exclu de ce fait toute perspective de détente bilatérale. Vilnius subit en effet depuis des années les attaques hybrides de Minsk, dont les migrations illégales orchestrées par le Bélarus et l’intrusion de ballons de contrebande dérivant dans l’espace aérien lituanien. Récemment, les garde-frontières lituaniens ont arrêté 18 migrants qui avaient pénétré le territoire lituanien via un tunnel creusé sous la frontière dans la région de Varėna.
Pour M. Sinkevičius au contraire, certains changements sont perceptibles, notamment depuis la visite à Minsk de l’envoyé spécial américain John Coale en mars 2026 : ce dernier a alors invité la Lituanie à échanger avec le Bélarus au niveau vice-ministres, notamment en vue de rétablir le transit d’engrais bélarusses via la Lituanie, et ce malgré le fait qu’un mois plus tôt l’UE ait prolongé ces sanctions d’un an.
Le président lituanien Gitanas Nausėda ne voit en revanche aucune amélioration dans les relations entre les deux pays. Quant à la Première ministre Inga Ruginienė, elle a laissé une porte entrouverte, n’excluant pas des échanges au niveau technique si le Bélarus cessait de provoquer des incidents avec ses ballons de contrebande et ses flux migratoires mais aussi s’il laissait passer les camions lituaniens retenus à la frontière côté bélarusse. Quant au ministre lituanien des Affaires étrangères Kęstutis Budrys, il estime que les problèmes avec le Bélarus s’accumulent plutôt que diminuent. Et de citer les questions de sécurité à la centrale nucléaire d’Astravets, qui inquiète depuis longtemps la Lituanie : elle ne voit pas d’un bon œil le projet d’installation d’un troisième réacteur et d’une infrastructure de stockage des déchets à sa frontière.
Sources : Lrt.lt, BNS, Censor.net.