Pologne : une élection présidentielle marquée par le déclin de la gauche

Par Marta Bogiel (sources : Polska The Times, Gazeta Wyborcza)

Si elle a gouverné la Pologne durant quatre décennies de communisme et est restée, après l’effondrement de l’empire soviétique, une force politique potentielle, la gauche vient de voir son déclin peut-être définitif confirmé à l’occasion de l’élection présidentielle qui s’est déroulée le 10 mai 2015.

En effet, alors qu’elle aurait pu saisir l’occasion de ce scrutin pour se rassembler en vue des élections législatives qui se dérouleront à l’automne, la gauche a enregistré le pire score qu’elle ait connu dans l’histoire de la Pologne post-communiste, avec 2,4% pour Magdalena Ogórek, la candidate soutenue par l’Alliance de la gauche démocratique (SLD), et 1,5% pour Janusz Palikot, le candidat de Ton mouvement (Twoj Ruch).

Les problèmes auxquels la gauche polonaise doit faire face ne sont pas nouveaux. Le SLD, en partie composé d’anciens apparatchiks communistes convertis à la social-démocratie, a formé deux gouvernements après 1989, au grand dam des militants anti-communistes du mouvement Solidarité. Mais il est en déclin depuis qu’il est passé dans l’opposition, en 2005, à la suite d’un scandale politique. De son côté, la gauche libérale et anticléricale incarnée par Twoj Ruch, parti dirigé par l’entrepreneur excentrique Janusz Palikot, a atteint son apogée en 2011, lorsque le parti est arrivé troisième aux élections législatives, avec 10%. Mais la plupart de ses députés ont depuis abandonné la partie, essentiellement à cause du leadership instable de J.Palikot. En mars, le parti a dissous son caucus parlementaire, car il n’a plus le minimum de 15 députés nécessaire.

«C’est le résultat de la division de la gauche», a déclaré dans une interview Aleksander Kwaśniewski, président de la Pologne de 1995 à 2005. À l’origine, il y avait d’ailleurs plus de deux candidats de gauche: les autres n’ont tout simplement pas réussi à recueillir les 100.000 signatures de soutien nécessaires pour se présenter à l’élection.

Ce sont donc encore les deux partis de centre-droit qui dominent la vie politique polonaise, à savoir la Plateforme civique (PO, avec le Président sortant Bronisław Komorowski) et le parti conservateur d’opposition Droit et Justice (PiS, Andrzej Duda). Pour ceux qui cherchent une alternative, celle-ci était limitée aux candidats de droite et d’extrême droite se prétendant «antisystème», au premier rang desquels Paweł Kukiz qui, avec un peu plus de 20% des voix, est arrivé 3e au premier tour.

Loin du traditionnel clivage gauche/droite présent dans la plupart des autres pays européens, la division en Pologne se situe en référence à l’année 1989. La PO estime qu’elle incarne la renaissance de la Pologne en tant que pays indépendant, ce que le PiS considère comme une imposture, jugeant en outre Solidarité comme une formation corrompue et les apparatchiks ex-communistes comme les véritables acteurs du spectacle qui se déroule en coulisses.

Les résultats du 10 mai prennent évidemment une valeur particulière dans la perspective du scrutin parlementaire à venir, vote clé pour l’exercice du pouvoir en Pologne puisque le pouvoir présidentiel y est relativement limité.

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