République tchèque : quand une machine de recyclage produit des jouets

Par Zuzana Loubet del Bayle (sources : idnes.cz, tyden.cz)

L’aéroport Vaclav Havel de Prague se lance d’une manière très originale dans le développement durable: il a installé à l’intérieur de l’un de ses terminaux une machine qui transforme les bouteilles en plastique en «céčka», ces petits jouets en plastique très prisés à l’époque communiste dont l’assemblage permet de faire des colliers. Par son aspect ludique, la machine doit inciter les passagers à trier les bouteilles en plastique en leur offrant une deuxième vie. En 2014, 55 tonnes de déchets ont été produits dans les deux terminaux de l’aéroport, dont 42 tonnes ont été recyclés: le métal, le papier, le plastique, le verre et les canettes. La machine de recyclage des bouteilles en plastique vient donc compléter ce dispositif.

Il suffit d’aplatir la bouteille à la main, de la glisser dans la machine qui la coupe en petits morceaux et recrache quelques secondes plus tard des «céčka». Seul petit bémol: cette transformation ne réussit pas à chaque fois. «Certains en récupèrent beaucoup et d’autres rien du tout», se plaint un utilisateur, tout en souriant. Malgré cela, on voit que la machine rencontre un vif succès: plus de 800 bouteilles en plastique finissent chaque jour dans ses entrailles, permettant de produire plusieurs milliers de «céčka».

Ce morceau de plastique d’environ 1,5 cm est emblématique de la Tchécoslovaquie des années 1980. À l’origine, il devait servir comme morceau de chaîne pour tenir les portes, mais il est vite devenu l’objet le plus prisé des adolescents de l’époque. Les premiers modèles avaient la forme de la lettre C, d’où leur nom, mais d’autres formes ont bientôt suivi: des E, D, S, 8 ou §. Ils sont devenus un véritable phénomène de société: les collectionner est devenu une obsession, les petits bouts de plastique ont même joué le rôle de monnaie d’échange. «On pouvait les échanger contre tout. Celui qui n’en avait pas était, en quelque sorte, en marge de la société», explique Marek Junek, historien au Musée national de Prague. Ce dernier expose d’ailleurs des «céčka» depuis 2007, confirmant ainsi leur statut d’objet typique du régime communiste.

Produit prisé car rare, on en trouvait peu dans les magasins. «Leur manque constant et le fait que l’offre n’arrivait pas à s’adapter à la demande en dit long sur la situation économique de la Tchécoslovaquie de l’époque», poursuit M.Junek. En effet, les «céčka» étaient souvent vendus «sous le comptoir», réservés par le marchand à des clients de choix. «Ce sont des objets dont la valeur nominative est quasiment nulle mais qui sont représentatifs du mode de vie de la société de l’époque», explique l’historien. En 2010, les «céčka» sont revenus sur le marché des jouets tchèques, ce qui permet aux enfants d’aujourd’hui de découvrir le jouet préféré de leurs parents.

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