Russie : les sanctions provoquent une crise majeure du secteur métallurgique

Le combinat métallurgique de Magnitogorsk, l’un des plus grands producteurs d’acier de Russie, a dû réduire de plus de moitié ses capacités de production, a cessé tout investissement et toute opération de maintenance de ses équipements et s’apprête désormais à licencier 10 % de son personnel de direction. : les capacités de production des métallurgistes russes sont en effet deux fois plus élevées que les besoins du marché et aucune reprise de la demande n’est attendue en 2026, a expliqué le directeur général de l’entreprise Pavel Chiliaev devant son personnel.

Ce combinat créé en 1932 dans la région de Tcheliabinsk a joué un rôle central dans l’histoire économique de l’Union soviétique puis de la Russie. Pour P. Chiliaev, si la situation du secteur sidérurgique est si compliquée aujourd’hui, il faut en chercher les causes du côté des « événements de politique étrangère » et de la pression exercée par les sanctions internationales. Tous les secteurs consommateurs de métal ont en effet été touchés par ces sanctions, qu’il s’agisse de la construction mécanique, du bâtiment ou des secteurs pétrolier et gazier. Jusqu’à pousser ce fleuron de l’industrie russe à mettre hors service ses unités de production sous-utilisées.

Alors qu’il fournissait traditionnellement 20 % de la production d’acier du marché national, le combinat a ramené sa production à son plus bas niveau depuis 10 ans en 2025, avec seulement 10,2 millions de tonnes. Fin 2025, il a enregistré une perte nette de 14,9 Mds de roubles et le chiffre d’affaires de l’entreprise a reculé de 20 %.

Un rapport du Centre d’analyse des investissements et de recherche macroéconomique (tsSR) publié en janvier 2026 montre que le secteur métallurgique russe, l’un des plus grands secteurs industriels du pays qui emploie traditionnellement environ 700 000 personnes, est en « mode survie » depuis qu’il a perdu ses débouchés à l’étranger et alors que les taux d’intérêt élevés et le ralentissement économique ont fait chuter la demande intérieure. Les aciéries sont ainsi depuis longtemps passées à la semaine de travail réduite, ont mis leurs hauts fourneaux en mode de maintenance à chaud et ont déjà licencié environ 3 000 salariés.

Les responsables du secteur ont eu beau demander au gouvernement des allègements fiscaux, le ministère des Finances leur a opposé une fin de non-recevoir. Au cours des 11 premiers mois de 2025, la production métallurgique en Russie a chuté de 3,8 %, et celle de fonte, d’acier et de ferro-alliage de 4,8 %. Les métallurgistes ont contracté 2 700 Mds de roubles de crédits au cours de l’année, dont une part notable a été consacrée au refinancement à court terme et au maintien des fonds de roulement. Selon le TsSR, compte tenu du maintien de conditions monétaires strictes, de la baisse de la demande et du faible prix des produits, le fort endettement des entreprises métallurgiques ne peut que s’alourdir, ce qui pourrait entraîner une nouvelle vague de restructurations de grande ampleur, visant à éviter trop de faillites.

Sources : The Moscow Times, CSR.ru, Interfax, Forbes.