Après l’intense semaine diplomatique vécue par l’Arménie, qui a successivement accueilli entre le 4 et le 6 mai le 8e sommet de la Communauté politique européenne, le 1er sommet UE-Arménie et une visite officielle du Président français, le Président russe a repris ses mises en garde : le 9 mai, lors de la conférence de presse qu’il a organisée à l’issue du modeste défilé de la Victoire sur la Place rouge, Vladimir Poutine a multiplié les menaces.
Selon lui, les autorités arméniennes devraient organiser un référendum sur la question de l’adhésion du pays à l’Union européenne, que le Premier ministre Nikol Pachinian à déclaré vouloir atteindre. À ceci près que Erevan, qui se veut réaliste, ne se fixe aucune échéance et n’est pas dupe quant à cet objectif lointain. V. Poutine, lui, a fait semblant de prendre cet horizon pour un engagement : « Il serait juste », a-t-il estimé, « tant envers la population qu’envers nous en tant que principal partenaire économique, de se prononcer le plus tôt possible, par exemple en organisant un référendum. Ce n’est pas notre affaire mais il serait logique d’organiser un référendum et de demander aux citoyens arméniens quel sera leur choix. »
Tour à tour doucereux (« on pourrait alors s’engager sur la voie d’une séparation douce, intelligente et mutuellement avantageuse ») et ouvertement menaçant (la guerre contre l’Ukraine aurait commencé « avec l’adhésion ou la tentative d’adhésion du pays à l’UE » -sic-), il a invité chacun, Russie et Arménie, à faire ses calculs. Il a annoncé que les projets de l’Arménie concernant son adhésion à l’UE pourraient faire l’objet de discussions lors du prochain sommet de l’Union économique eurasiatique (UEE), dont l’Arménie est membre.
Le Parlement arménien a adopté au printemps 2025 une loi visant à lancer le processus d’adhésion du pays à l’UE et N. Pachinian a déjà évoqué une possible sortie du pays de l’UEE, cette appartenance n’étant pas compatible avec celle à l’UE. Mais il a également précisé que la décision qui s’impose serait prise « lorsque le moment sera venu de faire un choix définitif ». C’est-à-dire ni aujourd’hui, ni demain.
Confirmant l’agacement de Moscou à l’égard de Erevan, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov à quant à lui estimé que la Russie « s’attendrait tout de même à des explications de la part de Erevan », jugeant « anormal » que l’Arménie ait offert au président ukrainien Volodymyr Zelensky, présent au sommet de la CPE, « une tribune pour tenir des propos résolument anti-russes ». Selon lui, cela « ne cadre pas avec l’esprit de nos relations avec Erevan ».
Sources : The Moscow Times, Kremlin.ru, ArmenPress, CivilNet.