D #19 : Edito

L'actualité nous amènerait à nous pencher sur la situation dans le Caucase. La mise à feu et à sang de la Tchétchénie ne laisse personne indifférent dans une autre périphérie de l'Empire qui a fait flancher le pouvoir central - soviétique à l'époque - en réclamant son indépendance. Les Etats baltes sont-ils si loin de Grozny?

Le moins que l'on puisse dire est qu'ils se sentent non seulement concernés par tout regain du nationalisme russe relativement aux enveloppes extérieures mais aussi qu'ils sont souvent solidaires des Tchétchènes, comme en témoignent des parlementaires lettons guidés par Juris Vidins qui mènent actuellement une campagne internationale de dénonciation qualifiant Vladimir Poutine de criminel de guerre.

Le ton a été donné lors de la réunion de l'OSCE à Istanbul en novembre dernier: aussi bien le premier ministre estonien Mart Laar que son homologue letton Andris Skele ou encore le président lituanien Valdas Adamkus se sont érigés contre la folie militariste russe. Cette solidarité des "petits peuples" tient à peu de chose: en 1988, c'était précisément Dzhokar Dudaev, alors commandant de division soviétique à Tartu, qui avait fait en sorte qu'on ne noie pas la Révolution Chantante de l'Estonie dans le sang, comme ce fut le cas en revanche pour ses deux voisines. Dix ans après et malgré le regain fréquent de tensions entre Moscou, Tallinn et Riga sur la question des minorités russophones, l'apaisement a gagné la rive orientale de la Baltique. Les Baltes sont parvenus à sortir de la sphère d'influence de la Russie, malgré la persistance d'une certaine forme de dépendance, qui se manifeste sur la question du transit par les ports baltes des matières premières russes ou celle de l'augmentation des flux illicites utilisant leur territoire comme plate-forme commerciale.

Car ces petites républiques (8 millions d'habitants à elles trois) sont bien devenues des interfaces entre l'Est et l'Ouest, le Nord et le Centre de l'Europe. La perspective du dossier de ce numéro est géopolitique: montrer comment les pays baltes se voient dans l'Europe et examiner la stratégie adoptée par les trois pays, pas toujours aussi unis que le terme de "Maison Balte" pourrait laisser croire, pour rejoindre l'Union européenne. Prendre les Baltes dans leur contexte régional, c'est porter un regard neuf sur un espace en recomposition, un "pont" qui tire le centre de gravité de l'Europe vers le Nord et sert les besoins de la transition balte: la région de la mer Baltique.