Russie/Estonie : vers un entretien (historique) entre les deux Présidents

La nouvelle est tombée le 2 avril, et c’est un événement : lors de sa visite de travail en Russie le 18 avril 2019 à l’occasion de la réouverture du bâtiment rénové de l’Ambassade d’Estonie à Moscou, la Présidente estonienne Kersti Kaljulaid rencontrera son homologue Vladimir Poutine.

Les observateurs avaient bien noté ce déplacement à Moscou et le fait que la partie estonienne n’avait dans un premier temps manifesté aucun souhait de rencontrer une autorité politique russe. C’est chose faite. Et acceptée.

La dernière visite d’un chef de l’État estonien en Russie remonte à 2011, lorsque Toomas Hendrik Ilves s’était rendu à Saint-Pétersbourg pour la réouverture de l’Église luthérienne Saint-Jean. Mais le dernier entretien entre chefs de l’État des deux pays remonte, lui, à 2008, lorsque T. H. Ilves et le Président Dmitri Medvedev avaient échangé en marge du Congrès mondial finno-ougrien.

D’emblée, la Présidente estonienne a fait savoir qu’elle souhaiterait évoquer avec le Président russe la relation bilatérale, la coopération transfrontalière, mais aussi la situation de l’Ukraine et celle de la Géorgie.

Le contexte de cette rencontre est très particulier, alors que l’Estonie devrait se doter sous peu d’une nouvelle coalition qui, très vraisemblablement, va voir le parti d’extrême-droite EKRE accéder au gouvernement. Le 5 avril, le tout juste élu président du Parlement estonien, le chef de file adjoint d’EKRE Henn Polluaas, s’est insurgé contre ce projet d’entretien avec le Président d’une Russie qui « ne respecte pas les accords internationaux » et est « un agresseur ».

Il sera intéressant, notamment, de savoir si les deux présidents évoqueront la ratification, toujours pas réalisée, de l’accord frontalier entre leurs pays.

Du côté russe, la circonspection est de mise : aucun résultat concret n’est attendu de cette entrevue, a précisé le 6 avril le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Il s’agira tout juste de « dissiper les craintes de l’Estonie en matière de sécurité ». Or ces craintes, non fondées, ne peuvent être dissipées que par l’échange mutuel.

Le média russe qui couvre les États baltes, Rubaltic.ru, lui, a réagi par l’ironie à cette annonce de rencontre : très condescendant, il note que la Présidente estonienne est un « petit oiseau » pour V. Poutine.

Sources : Postimees, ERR.ee, BNS, The Baltic Times, Izvestiâ, RuBaltic.Ru.

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