Estonie : rendre le service militaire obligatoire pour les femmes?

Pour la directrice de l’Agence estonienne des ressources de la défense (KRA) Anu Rannaveski, l’extension de la conscription militaire obligatoire aux femmes n’est qu’une question de temps : bientôt, en raison d’un taux de natalité trop faible depuis longtemps, il n’y aura plus assez d’hommes pour assurer la sécurité du pays.

En effet, il naît actuellement 4 à 5 000 garçons chaque année en Estonie, contre environ 15 000 pour la génération précédente. Or, les plans de défense tablent sur 4 100 places annuelles pour les conscrits. A. Rannaveski estime que, d’ici 2040, le problème sera évident. Si les conditions restent les mêmes, l’Estonie pourra tenir encore 14 ans en n’appelant que les jeunes hommes sous les drapeaux. Mais c’est aujourd’hui qu’il faut réfléchir à ce qui suivra ensuite, souligne-t-elle, précisant en outre que chaque citoyen estonien a le devoir de défendre l’indépendance de l’Estonie !

Depuis 2023, tous les lycéens, quel que soit leur sexe, suivent un enseignement de défense nationale, ce qui est censé les aider d’une certaine façon à réfléchir à la conscription, qui, dure 11 mois. Mais cela ne semble pas avoir eu d’effet réel à ce stade sur l’appétence des jeunes femmes : en 2022, elles étaient 60 à décider de faire leur service militaire, contre 50 en 2023, 49 en 2024 et 45 en 2025. En revanche, les volontaires manifestent une forte motivation durant leur service.

Pour certains, comme l’avocate et membre de la Ligue de défense estonienne Karin Madisson, la question de l’engagement physique devrait être abordée : il n’est pas possible d’éliminer des candidates en raison des capacités physiques, alors que certains services comme les garde-frontières, les services de secours ou la police seraient parfaitement en mesure de les accueillir.

Le Commandant en chef des Forces armées estoniennes Andrus Merilo, lui, estime que le service des femmes devrait être encouragé mais pas rendu obligatoire. Son propos porte sur la capacité de l’Estonie à gagner une guerre dès sa phase initiale. Or, pour parvenir à la dissuasion, il faut que l’Estonie revoie la préparation classique au combat : « Nous devons travailler chaque jour et faire les choses plus vite, mieux et différemment que ce que nous pensions nécessaires il y a cinq ou six ans », a-t-il récemment déclaré.

 

Sources : Err.ee, mil.ee, Postimees.