Les services de renseignement lituaniens ont procédé le 6 février à la présentation annuelle de leur évaluation des menaces pesant sur le pays et la région : ils estiment que, si un cessez-le-feu intervenait demain entre la Russie et l’Ukraine et que les sanctions occidentales contre la Russie étaient levées, alors Moscou pourrait être en mesure de lancer un conflit militaire limité dans la région baltique d’ici 1 à 2 ans et un conflit militaire à grande échelle d’ici 6 à 10 ans. « Tant que la Russie devra consacrer la plupart de ses ressources à la guerre, sa capacité à représenter une menace militaire pour d’autres pays restera limitée », estiment les services.
Les services de renseignement lituaniens précisent que, bien qu’en état de guerre, la Russie procède actuellement à des réformes militaires qui lui permettent de renforcer ses forces armées dans la région de Kaliningrad et le long du flanc Est de l’OTAN : en cas de conflit limité contre les pays baltes, la Russie pourrait bénéficier d’un avantage régional, au moins dans une phase initiale. Le Kremlin pourrait partir de l’hypothèse d’une réaction tardive de l’OTAN lui permettant de prendre l’avantage, la dissuasion nucléaire servant de garantie.
Les plans militaires russes annoncés en décembre 2022 sont bien en cours de mise en œuvre : les brigades stationnées le long des frontières de l’OTAN sont transformées en divisions (c’est le cas également à Kaliningrad, où une brigade marine devient division), tandis que de nouvelles formations militaires sont créées. En revanche, les composantes terrestres de Kaliningrad ont été largement dirigées vers l’Ukraine et il ne resterait actuellement dans l’enclave qu’une majorité de conscrits, accompagnés d’un petit nombre de soldats professionnels.
Selon le rapport, l’industrie de guerre russe se prépare par ailleurs à une nouvelle phase de développement, l’une des priorités russes étant l’indépendance vis-à-vis des technologies étrangères. A ce stade, la dépendance de la Russie vis-à-vis des composants électroniques reste toutefois importante.
Les services de sécurité pointent également la capacité de nuisance hybride de la Russie et, notamment, le ciblage dans la région baltique des opposants au Kremlin qui ont quitté la Russie. Bénéficiant d’appuis moins nombreux désormais dans les pays baltes, les services russes tendent à utiliser les personnes qui traversent les frontières avec la Russie et le Bélarus pour raisons personnelles ou professionnelles et se trouvent parfois objets de pressions.
Sources : Vsd.lt, The Baltic Times, Lrt.lt.