Russie : difficultés du secteur pétrolier liées aux attaques récurrentes de drones ukrainiens

Les attaques de drones réalisées depuis début 2026 dans la profondeur russe et visant les infrastructures énergétiques ont touché 16 raffineries à travers le pays, plaçant hors service 11 % des capacités de raffinage de pétrole en Russie, selon les estimations de Reuters : 95 000 tonnes de capacités de raffinage primaire auraient été mises à l’arrêt, soit trois fois plus qu’au cours de la même période (janvier-mai) de 2025.

Ces dégâts s’expliquent par la multiplication des frappes contre les raffineries depuis janvier 2026 : 35 installations de raffinage primaire d’une capacité totale de plus de 390 000 tonnes par jour (soit environ 2,85 millions de barils par jour) ont dû être mises à l’arrêt pour des périodes plus ou moins longues, notamment dans de grandes installations comme celles de Kirichi, Nijni-Novgorod, perm, Saratov, Samara, Volgograd et Tuapse.

Ces attaques pèsent sur les exportations russes de produits pétroliers : selon l’AIE, en avril 2026 elles ont reculé de 340 000 barils par jours, pour atteindre leur plus bas niveau jamais enregistré (soit 2,2 millions de barils par jour).

Des drones ont en outre provoqué des incendies sur des réservoirs et stations appartenant à Transneft, qui exploite le réseau d’oléoducs le plus étendu du monde : plusieurs réservoirs d’une capacité de 50 000 m3 ont été entièrement détruits à la station de pompage de Kaleikino au Tatarstan, à celle de Tikhoretsk dans le kraï de Krasnodar, dans le port de Primorsk dans la région de Léningrad ainsi qu’à la station de pompage de Gorki et au terminal de pompage de Perm. Ainsi, les capacités de stockage du pétrole, qui pourrait se trouver excédentaire, ont diminué.

Les compagnies pétrolières sont donc désormais contraintes de réduire leur production : toujours selon l’AIE, en avril, la production a atteint son niveau le plus bas depuis 2020 (8,83 millions de barils par jour. Les conséquences se font sentir sur le marché russe, où les délais de livraison de carburant (AI-95 en particulier) ont augmenté de 2 à 4 semaines début mai et où des pénuries d’essence durant l’été ne sont pas exclues en raison de ces réparations longues sur les raffineries et de la contraction du raffinage primaire.

Le chercheur Sergueï Vakulenko (Centre Carnegie de Berlin) souligne en outre que le coût des réparations n’incite pas aux investissements, ce qui nuit aux perspectives de long terme de la production pétrolière russe, contrainte par ailleurs par la nécessité de mise en valeur de nouveaux gisements.

Sources : Kommersant, Russia Eurasia Center (Carnegie), The Moscow Times, Reuters.