Le discret, mais régulier, retour des travailleurs saisonniers bulgares en Occitanie

À l’heure où 120 à 200 000 expatriés ont rejoint le territoire bulgare pour s’y mettre à l’abri de la pandémie de Covid-19, d’autres de leurs compatriotes (bien moins nombreux) ont quitté discrètement la Bulgarie pour partir travailler en Europe de l’Ouest. Il s’agit le plus souvent d’actifs appartenant aux minorités nationales (Roms, Turcs).

Alors que l’Allemagne et le Royaume-Uni attendent avec impatience l’arrivée des travailleurs saisonniers est-européens (Roumains, Polonais, Bulgares…) pour procéder au ramassage et à la cueillette des récoltes du printemps 2020, plusieurs dizaines de membres de la communauté rom du district de Pazardžik (Bulgarie du Sud) ont récemment rejoint des localités midi-pyrénéennes pour y chercher un emploi, comme chaque année à la même période. Outre le fait qu’elles interviennent en période de confinement national, ces mobilités concernent des populations sous surveillance du point de vue du risque sanitaire (en raison du non-respect des gestes barrières) dans leur pays d’origine.

Ce qui rend également ce léger flux migratoire inhabituel, c’est l’usage du transport aérien (Sofia-Paris) pour rejoindre le Tarn-et-Garonne : les familles de saisonniers bulgares utilisent d’ordinaire le véhicule familial pour traverser l’Europe, mais la fermeture des frontières les a obligées à changer de mode de transport. À Moissac, principal lieu d’ancrage de cette communauté, cinq personnes sont arrivées au début du mois d’avril, suivies une semaine après de onze autres, puis encore de huit autres le 13 avril... Désormais, près d’une cinquantaine auraient rejoint Moissac, sans cependant trouver de travail dans l’immédiat, les emplois proposés pour les récoltes de fraises et d’asperges étant pourvus. D’autres Bulgares devraient les rejoindre au cours des prochaines semaines et attendre la mi-mai, période où le déconfinement interviendra en même temps que l’augmentation significative des besoins en main-d’œuvre agricole (cueillette des cerises, palissage, éclaircissage des pommes, etc.) Malgré la faiblesse de la production de fruits d’été attendue pour 2020, ce contexte devrait leur être profitable, car la fermeture des frontières limite le recours aux travailleurs marocains.

Ces mobilités économiques n'ont pas échappé aux acteurs locaux, parfois surpris que la mesure de confinement n’ait pas totalement figé le flux migratoire saisonnier.

Sources : Dunav Most, CIReB, entretiens avec des membres de la communauté bulgare, des acteurs sociaux et du monde rural.

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