L’inquiétude des familles bulgares de Moissac à l’issue des élections municipales

Depuis la fin des années 2000, une partie des habitants de Moissac observe avec un œil suspicieux l’installation régulière de familles bulgares dans leur centre-ville. Ces nouveaux migrants économiques appartiennent à la communauté rom du district de Pazardjik (Bulgarie du Sud). Ils forment le principal vivier de main-d’œuvre saisonnière, auquel recourent de nombreux exploitants agricoles de la région. Leur activité est essentielle à la vie économique locale.

À l’écoute du mécontentement populaire, Romain Lopez, responsable de la 2ème circonscription du Tarn et Garonne pour le Rassemblement National et chef de file de la liste « Retrouvons Moissac », a su capter les voix de l’électorat opposé à la présence de cette population étrangère. Arrivé largement en tête au premier tour des élections municipale en mars 2020, il a conservé cette avance au second tour le 28 juin, remportant une large victoire avec 62,5 % des suffrages, face à la liste du collectif TEMS (divers gauche). Cette large victoire s’explique en partie par l’intense couverture médiatique de la presse locale et nationale, qui a contribué à focaliser l’attention des électeurs sur ces familles bulgares et à les placer, bien malgré elles, au centre du débat électoral. Une autre explication de cette conquête électorale est la forte mobilisation d’un électorat plus âgé (expliquant l’affaiblissement de l’abstention, passées de 50,8 % en mars à 42,21 % en juin) et plus conservateur, sensible aux rumeurs, souvent sans fondement, circulant sur la population bulgare.

Les ressortissants bulgares de l’arrondissement de Castelsarrasin sont désormais inquiets pour leur avenir. Les saisonniers de Pazardjik ont souvent du mal à comprendre pourquoi ils font l’objet d’une hostilité grandissante et quelques-unes de ces familles, ferventes chrétiennes, ont trouvé une forme d’apaisement en s’en remettant à Dieu. Malgré l’adversité à laquelle elles font face, les intéressées n’envisagent aucunement de quitter ce territoire rural. Un certain nombre d’entre elles y vivent avec leurs enfants, leurs parents déjà âgés et n’ont plus de famille en Bulgarie. Quant à la tête de liste de « Retrouvons Moissac », Romain Lopez, beaucoup de Bulgares l’assimilent pour l’heure à Volen Siderov, l’emblématique dirigeant d’Ataka (mouvement nationaliste et xénophobe de l’extrême-droite bulgare) ; un amalgame qui contribue à attiser leurs craintes.

Le collectif Vivre ensemble à Moissac, récemment fondé par des entrepreneurs et chefs de famille bulgares, a renouvelé son intention de fonder prochainement une association loi 1901 incluant certains de leurs concitoyens non bulgares afin de favoriser le dialogue interculturel. Dernièrement, quelques-uns de ses membres ont avec civisme sensibilisé leurs compatriotes aux modalités du ramassage des encombrants.

 

Sources : CIReB, entretiens réalisés auprès de la communauté bulgare et du collectif « Vivre (tous) ensemble à Moissac ».

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