Moldavie : un nouveau Premier ministre toléré par les communistes

Par Horia-Victor Lefter (sources : Transitions Online, UNIMEDIA, Balkan Insight, Realitatea.md, ziare.com, In Profunzime, Radio Free Europe, Contributors.ro, Le petit journal, Independent.md, moldavie.fr)

Après les élections législatives de novembre 2014, la coalition moldave pro-européenne a été reconduite de justesse. Le vote du 23 janvier 2015 qui a porté le député démocrate Andrian Candu à la présidence du Parlement a d’ailleurs montré combien cette coalition est fragilisée: en effet, le jour même, le Parti démocrate (PD) et le Parti libéral-démocrate (PLDM) sont parvenus à un accord sur la constitution d’une nouvelle coalition minoritaire, devant composer sans le Parti libéral, ce dernier ayant quitté le groupe en raison d’une mésentente sur la distribution des portefeuilles ministériels.

Dès lors, le gouvernement proposé par le Premier ministre Iurie Leanca au nom de la coalition minoritaire a subi un vote de défiance. Le chef du gouvernement a conclu: «Le vote du Parlement a soulevé des questions quant au fonctionnement de l’accord entre PLDM et PD». Pour lui, les négociations entre les trois partis pro-européens ont manqué de transparence. Devant l’impératif de soumettre une deuxième proposition dans un délai de 45 jours –à défaut de quoi de nouvelles élections législatives devaient être organisées–, il a appelé les trois formations à initier des discussions en vue de créer une majorité parlementaire.

Cependant, dès le 14 février, le Président Nicolae Timofti a nommé Chiril Gaburici au poste de Premier ministre. Proposé par le PLDM, cet ancien directeur des compagnies de téléphonie mobile Moldcell et Azercell, âgé de trente-huit ans, a été considéré par le parti comme la solution contre la corruption qui gangrène le pays. Même le leader communiste Vladimir Voronine applaudit des deux mains : «Un Premier ministre issu du milieu des affaires apportera du changement.» Cette nomination a donc été confirmée par le Parlement quatre jours plus tard, notamment parce que tolérée par le Parti communiste, celui-là même qui avait été écarté du pouvoir six ans auparavant par les protestations de la jeunesse moldave. Le leader socialiste Igor Dodon, lui, a voté contre cette nomination et a jugé que le nouveau Premier ministre «soit ne sait pas où il met les pieds, soit joue le jeu des oligarques». Si certains voient cet homme providentiel comme la solution à la crise politique qui bloque le pays depuis deux mois et demi, Ch.Gaburici n’est reste pas moins à la tête d’un gouvernement minoritaire, fortement dépendant de la volonté des communistes.

À l’issue de cette crise, le Président roumain K.Iohannis s’est enfin rendu à Chisinau pour conseiller aux dirigeants moldaves de suivre le modèle roumain en matière de lutte contre la corruption, problème selon lui le plus grave auquel un État peut se heurter.

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