Anna Filimonova, aux confins de l’univers

Née le 7 janvier 1967 à Saint-Pétersbourg, Anna Filimonova vit et travaille depuis 1992 en France; deux lieux, des milliers d'impressions, des couleurs tranchées, des matériaux divers, tout comme cette vie qui a vu l'ouverture du pays d'origine et a ainsi permis un épanouissement et une maturité si vivement déclinés.


Itinéraire d'une enfant douée

Titulaire dès 1989 du diplôme de conférencier des musées nationaux en langue française de Saint-Pétersbourg, Anna Filimonova poursuit ses études pour obtenir en 1991 le diplôme de l'académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. Ses efforts et sa persévérance trouvent vite leur récompense par l'obtention, en 1993, d'une bourse du gouvernement français pour un séjour à la Cité Internationale des Arts et à l'Ecole du Louvre. 1995 sera l'année de la bourse et du DEA de philosophie de l'art à l'université Paris I, éléments qui viennent logiquement couronner le cheminement de cet enfant russe prise de passion pour la France et pour Paris, lieu de rêves, de découvertes, qui, par son atmosphère éclectique, fertile, donne de l'inspiration à l'artiste.

Depuis 1987, Anna Filimonova ne cesse d'exposer ses œuvres (pas moins de neuf expositions personnelles) en France et en Russie, récoltant à de nombreuses reprises des prix ou des récompenses (Prix " jeune créateur du Lion's Club de Saint-denis Basilique et de Fontenay sous-Bois, exposition au "Jardin d'été", etc.) qui témoignent de l'engouement naissant provoqué par ces toiles aux teintes chromatiques et aux couleurs chatoyantes.

Dans la jungle des villes…

La peinture d'Anna Filimonova est une jungle luxuriante, variée, colorée; jungle au sens premier du terme avec ses animaux exotiques - la girafe, familiers et symboliques - le cheval, ou purement féeriques - la licorne. Mais la jungle se retrouve également dans la manière de présenter les thèmes et les plans qui, le plus souvent s'enchevêtrent et se superposent, mélangeant habilement une verticalité tout urbaine avec ses tours, ses coupoles, ses clochers ou ses flèches staliniennes et l'horizontalité du paysage, les horizons lointains peuplés de tertres et de promontoires brumeux.

La ville ou plutôt les villes sont présentées dans leur aspect symbolique, via les monuments les plus célèbres qui les évoquent au sein du puissant imaginaire collectif: ainsi, sur un même tableau figureront, par plans interposés, une statue de la liberté, une tour Eiffel, des coupoles russes ou un pont suspendu; la tour verticale tranche, par sa silhouette droite, rectiligne et rappelle sans cesse le mélange des cultures, des religions, une véritable tour de Babel, si souvent décrite mais jamais point ressentie avec une telle acuité. La combinaison de matières et de supports divers ajoute au relief des toiles et contribue à renforcer l'impression de brassage: un brassage des origines, des cultures, des inspirations et des vécus.

Jungle enfin, par le savant dosage employé dans les couleurs et par les techniques picturales choisies; le jaune criard des taxis new-yorkais renvoie et appelle étrangement la voiture aux couleurs ternes, figée dans la brume grisâtre d'une banlieue russe, présentée sur le mode du pochoir. Les collages de tracts avertissent le spectateur de cette ambiance urbaine sans foi ni loi: par ces jeux de matières et de couleurs Anna Filimonova met en avant et stimule notre imagination, notre sens de la féerie, notre perception du mélange des inspirations.

Par François VILALDACH
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