Après le gel des cultures françaises, à quoi doivent s’attendre les saisonniers bulgares ?

Depuis 2007, des milliers de ressortissants bulgares ont progressivement pris la place des saisonniers espagnols et marocains dans les exploitations agricoles françaises. En 2020, le nombre de ces ouvriers est-européens était estimé entre 20 000 et 25 000 par le Centre d’informations et de Recherches sur les Balkans (CIReB), pour un nombre total d’expatriés évalué entre 50 000 et 70 000 en France métropolitaine. Ils travaillent dans les pays de la Loire et la Touraine, les localités de Thouars (en saison – près de 3 000 personnes), de Moissac et de son arrière-pays (jusqu’à 2 000 individus), le Nord toulousain, le Beaujolais, le Bordelais…

Si une partie de ces saisonniers est encore recrutée et placée auprès des exploitations par l’intermédiaire d’agences d’intérim (françaises et bulgares) qui prennent en charge leur logement, la plupart d’entre eux sont désormais employés par des agriculteurs qui ont réussi à fidéliser cette main-d’œuvre. De plus, l’activité agricole a évolué et bon nombre de ces ouvriers, qui venaient travailler pour quelques mois à peine chaque année, résident désormais au moins la moitié de l’année en France, s’adaptant ainsi à l’allongement de la durée des saisons agricoles et participant à plusieurs récoltes successives, ainsi qu’à des activités d’entretien des cultures, comme la taille.

Or, après l’épisode de gel survenu en France en avril, une grande partie des cultures (notamment les vignes et l’arboriculture) ont été décimées, ce qui va induire une baisse significative de la production agricole. Les besoins en main-d’œuvre devraient donc être bien moins important en 2021 qu’en 2020, notamment au cœur de l’été, saison où est observé un pic de présence des saisonniers bulgares. Ainsi, cette calamité n’affecte pas seulement les producteurs et les consommateurs ; elle a également des conséquences sur la main-d’œuvre étrangère et sur les villages bulgares, qui dépendent de la manne financière réinvestie dans l’économie locale. Dans le Tarn-et-Garonne, habituellement très dépendant de la main-d’œuvre bulgare, de nombreuses familles sont déjà reparties pour chercher du travail ailleurs, les pruniculteurs leur ayant signifié qu’ils n’auraient pas besoin d’elles cette année.

Seul léger espoir pour l’ancrage territorial de ces ouvrier agricoles bulgares, les effets du gel sur les pommeraies vont nécessiter une activité inhabituelle d’éclaircissage à la main à partir de la fin du mois de mai, qui s’ajoutera à d’autres travaux d’entretien des exploitations.

Sources : CIReB, entretiens avec des agriculteurs, employés d’agence d'intérim et de travail détaché, saisonniers de la communauté bulgare expatriés en France.

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