La catastrophe de Tchernobyl et ses suites

Les conséquences de l`explosion, il y a 35 ans, de l`un des réacteurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl, ont largement dépassé les frontières de l`Union soviétique (Russie, Biélorussie, Ukraine). Les pays du nord de l`Europe (Finlande, Suède, Norvège) ont été exposés à une partie significative des radiations qui se sont échappées du bloc 4 de la centrale ukrainienne le 26 avril 1986. Plus de 500 000 personnes ont participé à la « liquidation » des conséquences de cet accident majeur, certaines ont succombé rapidement, l'espérance de vie de beaucoup d`autres a été réduite. Aujourd`hui encore, souligne une ancienne élue de Briansk, une des régions les plus touchées en Russie, on enregistre dans les zones irradiées une surreprésentation des maladies et des malformations liées à cet accident nucléaire.

L’ampleur de cette catastrophe s’explique en partie par l’attitude des autorités soviétiques qui, dans l’atmosphère de secret et de rumeurs qui prévalait alors, l’ont dans un premier temps minimisée. Pendant des jours, le régime a maintenu un embargo sur les informations, empêchant la prise de mesures de précaution, en URSS et à l’étranger, et l’évacuation des zones les plus concernées. Ainsi, à Kiev, les fêtes du 1er mai s’étaient déroulées comme à l’habitude. Les responsables - comme l`académicien Valeri Legassov, qui s`est suicidé deux ans après – qui ont dénoncé les carences du secteur nucléaire soviétique et du réacteur RMBK ont été critiqués par le pouvoir. Tchernobyl  a joué un rôle majeur dans l’avènement de la « glasnost », et dans l’émergence d`une conscience écologique dans certaines républiques soviétiques (Ukraine, Lituanie) ainsi que dans le reste du monde. Cela a contribué à hâter la disparition du système soviétique, mettant à jour ses déficiences structurelles et ternissant sérieusement son prestige.

Sergi Plokhi, professeur à Harvard, expose en détails dans son ouvrage Chernobyl: history of a tragedy (2018) la nature bureaucratique du système soviétique qui a notamment eu pour conséquence de beaucoup retarder l`évacuation de la ville de Pripiat, située à proximité de la centrale. L'historien d'origine ukrainienne souligne aussi le rôle joué par cette tragédie dans le processus qui a conduit à l’émancipation de l’Ukraine, symbolisé par la personnalité de Vladimir Iavorivski, leader de la protestation anti-Tchernobyl (récemment décédé), qui est aussi celui qui a lu la proclamation d`indépendance du pays. Avant la catastrophe, l'énergie atomique faisait la fierté des élites et de la société ukrainiennes, qui pouvaient se prévaloir d’appartenir au « club nucléaire ». Mais le choc provoqué par l’accident a renversé cette image positive et a accentué le courant nationaliste, observe S. Plokhi.

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