Serbie : le mémorandum sur le Kosovo, facteur de division au sein du mouvement anti-corruption

Le milieu étudiant serbe dénonce la corruption du régime depuis la chute de l’auvent de la gare de Novi Sad, le 1er novembre 2024, et le décès de 16 victimes de cette catastrophe. Réunie à Kragujevac, l’assemblée des étudiants serbes contestant le régime d’Aleksandar Vucic a adopté et mis en ligne à la mi-mai 2026 le Mémorandum sur le Kosovo et Métochie. Dans ce document, les auteurs déclarent que « le Kosovo et la Métochie (sud-ouest du Kosovo) sont une partie inaliénable et intégrale de la République de Serbie », car cette région est « une composante de l’identité nationale serbe », sans elle la culture et l’histoire serbes « perdent à la fois leur origine et leur sens », voire leur « mémoire collective ».

Une frange de la contestation anti-corruption, composée de soutiens de la contestation étudiante, a été scandalisée par ces mots qui résonnent chez elle comme un discours nationaliste proche de celui du gouvernement Macut. Ces citoyens modérés et progressistes ont accepté l’indépendance du Kosovo (2008) et souhaitent une normalisation des relations avec leur voisin. Mais, pour la majorité de la population serbe, la prise de position estudiantine n’apparaît pas nationaliste, car elle prend en compte non seulement l’attachement traditionnel des habitants de Serbie au territoire kosovar mais aussi la position de la minorité serbe du Kosovo, qui se sent menacée du simple fait de son identité serbe.

Certains analystes politiques expliquent le positionnement estudiantin par la volonté du mouvement de conserver l’appui de l’opinion publique serbe afin de continuer à mobiliser largement et de garder le pouvoir sous pression. En effet, cette jeunesse sait qu’elle sera moins soutenue par la population si elle admet publiquement l’indépendance du Kosovo. Les étudiants motivent leur choix pour le Kosovo, non par une forme de nationalisme similaire à celui porté par le gouvernement actuel, mais par une forme de patriotisme inclusif, rationnel, pacifique, visant à protéger la population serbe restée au Kosovo.

Malgré ces arguments, cette démarche a suscité beaucoup d’incompréhension sur les réseaux sociaux. Elle ne convainc pas les européistes, nombre d’intellectuels pour qui le mouvement étudiant ne peut vaincre le régime avec une politique nationaliste et pourrait même, selon eux, compromettre les perspectives d’adhésion à l’Union européenne.

Sources : Danas, N1, NIN, Radio Svoboda Evropa.