Le destin des candidats à l’exil

À 25 ans, Andrej Golic était sacré meilleur passeur du championnat français de handball 1999. Né à Banja Luka, en Bosnie-Herzégovine, l'histoire de Golic n'est pourtant pas exceptionnelle. Car les sportifs venus de l'Est ont acquis une solide tradition d'expatriation. Analyse de carrières réussies.


Qu'ils soient originaires de Russie, de Serbie ou de Géorgie, plusieurs centaines de sportifs évoluent aujourd'hui sous les couleurs de drapeaux occidentaux. À l'instar de l'ex-Yougoslavie, ces pays sont devenus de véritables pépinières de jeunes talents, dans des disciplines aussi diverses que le foot, la natation, ou le handball. Pour Daniel Costantini, l'ancien entraîneur de l'équipe de France de hand, les Yougoslaves ont imprégné en profondeur la discipline. "Même dans un club de Nationale 3, en banlieue parisienne, on trouve un Yougoslave".

En août dernier, le handballeur serbe Nebojsa Stojinovic, qui jouait jusqu'à présent au Monténégro, était transféré au club d'Istres, en France. Le transfert s'était élevé à 18 200 euros. Une opération financière lourde pour le club, mais aussi un placement sûr. Car si les athlètes d'ex-Yougoslavie ont acquis la réputation d'un jeu de qualité, ils ont surtout, jusqu'à présent, révélé une solide capacité d'intégration. Preuve en est la réussite du handballeur bosniaque Andrej Golic, naturalisé français en 1998. Arrivé en France pour la première fois en 1991, alors que la situation se dégradait en ex-Yougoslavie, Golic avait évolué pendant un an dans un club de D2 de handball, avant de signer à Montpellier. Après ses trois titres de champion acquis depuis 1995, Golic a été sacré meilleur passeur du championnat français en 1999.

Le flux de sportifs originaires d'Europe de l'Est, au sein de l'Union européenne, pourrait même bénéficier d'une nette augmentation. C'est en tout cas ce que laisse envisager, à long terme, un arrêt de la Cour Administrative d'Appel de Nancy rendu il y a près de deux ans. Le 3 février 2000, dans le cadre de l'affaire de la basketteuse Polonaise Lilia Malja, la justice française avait étendu la liberté de circulation des sportifs professionnels à l'Europe de l'Est et au Maghreb. Cette décision annulait alors un jugement du tribunal administratif de Strasbourg qui interdisait à la basketteuse polonaise de porter les couleurs du RC Strasbourg Basket Pro Féminin en raison du dépassement du nombre de joueuses étrangères. L'arrêt "Malja" autorisait la basketteuse à évoluer en tant que joueuse de l'Union européenne.

Terre d'exil

Parmi les principaux pays d'accueil des sportifs venus de l'Est, l'Australie occupe elle-aussi une place prédominante. Alors que les quotas de remise de passeports australiens ont été récemment revus à la baisse, les athlètes de haut niveau y bénéficient de nombreux privilèges. Car l'Australie manque cruellement de sportifs. Leur expatriation est même indispensable pour maintenir sa présence sur la scène sportive internationale.

Les effectifs des équipes australiennes se voient gonflés par l'arrivée de Slaves et Caucasiens. L'équipe australienne d'haltérophilie est ainsi composée pour moitié d'anciens Russes, Bulgares et Arméniens. Leur naturalisation a permis de décupler l'ambition, jusqu'alors modeste, de l'équipe.

Aux championnats du monde d'athlétisme de 1999, à Séville, ce sont deux des quatre médailles australiennes, qui avaient été remportées par des athlètes fraîchement naturalisés. Dimitri Markov, perchiste d'origine biélorusse, célébrait ainsi sa première sélection en s'offrant la deuxième place. Trois années lui avaient été nécessaires pour échanger son passeport, mais la lenteur des démarches était plus le fait de son ancien pays réticent à le laisser partir, que des services australiens. Le témoignage de Tatiana Grigorieva, médaillée de bronze du saut à la perche, est tout aussi parlant. "La Russie m'a laissée partir car personne ne croyait alors à mon potentiel d'athlète. Et l'Australie m'a accueillie sans la moindre difficulté". Son passeport lui avait, en effet, été délivré à quelques semaines à peine du début des championnats du monde.

A ces naturalisations, s'ajoute un autre type d'expatriation, celui adopté par le champion russe de natation Alexandre Popov. Depuis plus de six ans, il vit et s'entraîne à Canberra. Son fils y est même né. Mais, Popov a toujours refusé de changer de nationalité. L'Australie, quant à elle, le regrette.

La République tchèque menacée par l'expatriation

Au risque de briser certaines images véhiculées par les médias sur l'impétueuse nécessité économique qui poussent les sportifs à s'expatrier, certains transferts se font au détriment des pays d'origine. L'exemple de la République tchèque est à ce titre révélateur.

Alors que ses meilleurs joueurs de football sont recrutés par les grands clubs européens de la Lazio, de Liverpool ou de Fiorentina, le championnat national s'est réduit en une concurrence pragoise entre les deux seuls, mais non moins prestigieux, clubs du Slavia et du Sparta. Tous les jeunes talents tchèques quittent les petits clubs du pays pour se faire recruter par les deux clubs de la capitale. Ainsi, ils seront sûrs de jouer la Ligue des champions, et auront peut-être l'opportunité de se faire remarquer par un club européen. Une filière qui marche bien, mais qui ne fait que creuser l'écart entre Prague et la province tchèque.

Par Célia CHAUFFOUR
Vignette : Andrej Golić, former French handball player on August 20th, 2012 in Ehingen (Germany), during the EVFH-Cup (formerly known as Schlecker Cup) - Armin Kübelbeck
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