Les commerçants bulgares de Moissac ciblés par une ‘chasse aux sorcières’?

Depuis le début de 2020, la communauté rom bulgare de Moissac a été l’objet d’actes malveillants, d’une surmédiatisation et de rumeurs mal intentionnées, voire xénophobes. La situation ne s’améliore pas depuis que le maire, Romain Lopez, a convoqué une réunion des commerçants de la ville le 23 septembre, sans convier les gérants bulgares des deux épiceries moissagaises distribuant des produits balkaniques. Selon la mairie, il ne s’agirait que d’une maladresse. Cette « erreur » n’étonne cependant personne, car la rencontre fut l’occasion pour l’édile de confier aux commerçants présents qu’il n’avait pas « envie de compter cinq ou six épiceries bulgares, d’ici deux ans, en centre-ville de Moissac ». L’élu a également fait savoir sur les réseaux sociaux que « la multiplication des projets d’ouverture de commerces roms pose problème ».

Amers, les épiciers bulgares ont découvert les propos tenus par le maire dans le journal. Ils ne comprennent pas l’attitude hostile du maire : leurs commerces sont ouverts à l’ensemble des Moissagais, qui y sont bien sûr les bienvenus. De plus, ils veillent à entretenir de bonnes relations avec les commerçants voisins, se montrent habituellement respectueux de la législation en vigueur, ainsi que des mesures sanitaires actuelles. Selon l’un d’entre eux, la seule explication à ce comportement jugé inamical serait une forme de jalousie.

La concurrence que se livrent les deux épiceries bulgares depuis le début de 2020, bien loin de léser ces commerces, les a obligés à proposer une meilleure offre de produits, en termes de fraîcheur et de prix, ce qui a dopé leurs ventes. Quant à la relation que ces commerçants entretiennent entre eux, elle est à la fois respectueuse, conviviale et solidaire. Si certains opposants à la présence bulgare avaient un temps espéré que l’ouverture de la seconde épicerie serait à l’origine de dissensions au sein de la communauté, il n’en est rien.

Les « commissionnaires », qui rabattent des Bulgares du district de Pazardzik, organisent leur arrivée dans l’arrondissement de Castelsarrasin, les logent clandestinement et ponctionnent une partie substantielle de leur salaire, ne sont quant à eux pas inquiétés par la municipalité. Pour l’heure, elle préfère s’attaquer aux aspects visibles de cette migration. Ainsi, une famille bulgare qui projetait d’ouvrir, en marge du cœur de ville, un restaurant servant des spécialités espagnoles s’est récemment vu refuser l’autorisation d’installer une terrasse, un droit pourtant accordé au restaurateur précédent.

En ciblant les commerces tenus par des Bulgares, Romain Lopez sait qu’il pourra s’attacher durablement le vote d’électeurs hostiles à la présence de ces ressortissants est-européens.

Sources : CIReB, page Facebook de l’édile, La Dépêche, entretiens avec des membres de la communauté bulgare (Moissac, Toulouse).

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